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Posts Tagged ‘naïf’

Don Quichotte mon ami (Guennadi Gor)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2018



Illustration: Pablo Picasso
    
Don Quichotte mon ami
Rejoins-moi à travers les années
Et que les eaux naïves s’écoulent
Aussi claires que tes paroles,
Inoubliable langage de joie.
Don Quichotte mon ami
Traverse l’automne avec ton printemps
Et la tristesse avec ton bonheur affligé
Qu’importe que ce soit difficile,
Pénible et douloureux, qu’importe !
Efface vite l’automne.
Et que les arbres les enfants
Se mettent à chanter comme des oiseaux,
Et qu’un joyeux tonnerre
Illumine notre maison.
Apporte-nous un peu de ta grandeur,
Tes lèvres ayant bu la vérité,
Et nous te pardonnerons ton air ridicule
Et d’avoir pris les moulins pour des géants.
Rejoins-moi Don Quichotte,
Nous boirons dans le même verre,
Et le ruisseau de tes paroles
Comme une eau vive ranimera les morts.
Un sapin m’a soufflé à l’instant :
Don Quichotte c’est le printemps.

***

Друг мой, Дон-Кихот,
Приди ко мне сквозь годы.
И побегут наивные воды
Светлые как твоя речь,
И запомнится радости речь.
Друг мой, Дон-Кихот,
Пронеси весну сквозь осень
И скорбную радость сквозь грусть,
Пусть это трудно, пусть!
Пусть это трудно очень
Вычеркни осень.
И пусть по-птичьи
Запоют деревья и дети,
И веселый гром
Озарит наш дом.
Принеси нам свое величье
И губы пившие правду,
И мы простым тебе смешное обличье,
И то что ты принял мельницу за великана.
Приди Дон-Кихот,
Мы выпьем из одного стакана.
Ручей твоих речей
Живой водою мертвого оживит.
Мне сказала сосна:
Дон-Кихот это весна.

(Guennadi Gor)

 

Recueil: Blocus
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Arrête-toi, enfant (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Arrête-toi, enfant: tes yeux ne sont pas faits pour voir cela,
ferme-les encore un moment, dors en aveugle,
oh encore un moment ignore, et que tes yeux
restent pareils au ciel naïf.

Recueille les oiseaux et la lumière
un temps encore,
toi qui grandis pareille à un tremble scintillant,

ou recule – si tu ne veux pas crier de peur
sous le harpon.

(Philippe Jaccottet)


Illustration: Michel Ogier

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Vois cet arbre sans nom (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2018




    
Vois cet arbre sans nom à présent dépouillé
noir et nu tel un épouvantail
il tremble dans l’orage et le vent,
trait dérisoire sur l’horizon d’hiver.

Ainsi devient cette lucide liberté
cette jeunesse dont nous disions l’avènement.
Ô lumière n’étions-nous au sortir des ténèbres
qu’une cohorte de naïfs hallucinés ?

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

Recueil: Contre-Chants
Traduction:
Editions: Gallimard

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Vous êtes ô Parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration
    
Vous êtes ô Parfums,

D’une ivresse plus délectable et plus choisie
Que la caresse aux yeux, où leur splendeur s’imprègne,
Des chappes raidissant leur moire cramoisie
Et portant, d’or fané, l’agneau blessé qui saigne;

Plus naïfs et plus doux que n’est au crépuscule,
Sous des pins bleuissants embaumant la résine
Où quelque lueur d’astre en frissonnant circule,
Un champêtre duo de flûte et de clarine;

Plus somptueux et lents que le cours de l’Erèbe
Fluant son onde lourde aux plages léthargiques;
Qu’en l’honneur d’un héros, une marche funèbre
Déroulant pesamment son rythme pathétique.

Vous remplissez les coeurs d’un plus triste vertige,
D’un effroi plus aigu que l’aboi spleenitique
Lointainement d’un loup dans la nuit qui s’afflige,
Endeuillant les crénaux des donjons romantiques.

Plus que le son des cors aux ténébreuses fresques
Des forêts déchaînant le hurlement des meutes,
Parfums, vous provoquez, des désirs titanesques,
Dans l’ombre de nos coeurs les rougeâtres émeutes.

Vous êtes, ô parfums, plus comblés d’inertie
Que les violets sourds qui tombent des verrières,
Distributeurs savants de cette ataraxie
Qu’implorent nos douleurs dont le cri s’exaspère;

Plus résignés qu’ils sont en leur torpeur hindoue,
Où tout geste s’est tu, où nul désir ne râle,
Les tons silencieux dont la houle se joue,
Mer extatique, au dallage des cathédrales.

Endormeuse harmonie errante dans l’espace
Et qui bercez d’oubli nos âmes faméliques,
Vous surpassez la paix qui descend des rosaces
Quand s’unit l’orangé aux bleus mélancoliques.

Perçant l’opacité morne où nos sens résident,
Vous êtes, défiant le plus subtil orchestre,
De l’immense inconnu le langage fluide,
La voix de l’au-delà dans sa forme terrestre.

(Marie Dauguet)

 

 

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Aux yeux de faïence (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017


Aux yeux de faïence
Des jolis joujoux
Naïf l’amour d’enfance
Qui finit sans nous

Dans les yeux de brume
Des fantômes noirs
Tout ce que nous fûmes
Est mort sans nous voir

Mais l’azur qui sombre
Sous le poids d’un lys
Abandonne aux ombres
D’effacer l’oubli

Et ses pleurs fiancent
Le ciel qu’il n’est plus
Aux yeux en enfance
Des jours jamais vus

Que ma peine est lente
A suivre sans moi
Les joujoux qui chantent
Mon coeur d’autrefois

L’heure de rosée
Qui fut tout l’amour
De leur voix brisée
Dans mes chants d’un jour

Quand les froids emmènent
Les enfants qu’ils sont
Ils ont de la peine
A porter leurs noms

Si lourds de leur âme
Qu’elle accroît des cieux
Le flot noir qui rame
Au coeur de leurs yeux

Quand les jours se lassent
Des joujoux salis
Leurs yeux noirs s’effacent
Sous des yeux d’oubli

Dans un vol d’abeille
Sous les ors muets
Des maisons qui veillent
S’en vont les jouets

Sous nos pleurs d’une heure
Payer d’un gros sou
Les enfants qui meurent
De nos chants de fous

(Joë Bousquet)


Illustration

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Les béatitudes (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017



 

 
    
Les béatitudes

Bienheureux ceux qui vont cassés et vermoulus
S’appuyer souriants au mur du cimetière,
Sachant qu’ils sont vivants, tous ceux qui ne sont plus;
Certains d’être attendus par eux dans la lumière
Des paradis prochains dont les portes flamboient:
Bienheureux ceux qui croient.

Bienheureux ceux qui sont assis coeur contre coeur
La nuit sur les seuils noirs ou les vieux bancs de pierre
Dans le parfum des lys et de la vigne en fleur,
Partageant simplement l’ivresse de la terre,
Alors que la blancheur des vergers fous essaime:
Bienheureux ceux qui s’aiment.

Bienheureux les naïfs et bienheureux les fous
Dont les trésors sont faits d’un or impondérable:
Caresses de leur chien, cri d’un oiseau, le doux
Murmure qu’ont le soir les branches des érables
Aux souffles languissants du vent qui les soulèvent:
Bienheureux ceux qui rêvent.

Et bienheureux aussi les tendres dont les yeux
Sont humides quand un violon bégaie
Sous l’archet d’un aveugle, ou que vibre amoureux
Le contralto d’un merle à travers la futaie,
Quand parmi les joncs bleus des clartés d’astres meurent:
Bienheureux ceux qui pleurent.

(Marie Dauguet)

 

 

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Leur amour dura par la mémoire liquoreuse des coeurs (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2017


 

Tristan croyait avoir bu la liqueur
qu’Iseut avait cru boire

tous deux rêvaient qu’elle écrirait l’histoire
d’un amour qui ne meurt

ils n’avaient échangé, naïfs buveurs
que des mots illusoires

mais leur amour dura par la mémoire
liquoreuse des coeurs.

(Robert Mallet)

 

 

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Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants (Abraham de Vermeil)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



Puisque tu veux dompter les siècles tout-perdants
Par le rare portrait de ses grâces divines,
Frise de chrysoliths ses tempes ivoirines,
Fais de corail sa lèvre, et de perle ses dents ;

Fais ses yeux de cristal, y plaçant au dedans
Un cercle de saphirs et d’émeraudes fines,
Puis musse dans ces ronds les embûches mutines
De mille Amours taillés sur deux rubis ardents ;

Fais d’albâtre son sein, sa joue de cinabre,
Son sourcil de jayet, et tout son corps de marbre,
Son haleine de musc, ses paroles d’aimant ;

Et si tu veux encor que le dedans égale
Au naïf du dehors, fais-lui un corps d’opale,
Et que pour mon regard il soit de diamant.

(Abraham de Vermeil)

Illustration: James Sant

 

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C’ETAIT UN DIMANCHE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



C’ETAIT UN DIMANCHE

Qu’il est loin le jour de notre rencontre !
Pourtant, vois la croix que mon doigt te montre
En face d’un Saint du calendrier ;
Ou si, par hasard, ton cœur se rappelle,
Cherche dans ton cœur ; tu verras, ma belle,
Que c’était encore au printemps dernier…

Refrain

Ce jour-là c’était un jour de dimanche.
Nous étions au bois à courir tous deux ;
Les petits oiseaux chantaient dans les branches…
Nous, dans les sentiers, nous faisions comme eux.

On chantait l’amour, Dieu de la jeunesse,
Qui fleurit les cœurs où luit sa caresse,
Comme le printemps fleurit les buissons…
A leurs becs mignons, à nos lèvres folles
C’était le même air, les mêmes paroles,
Et c’était toujours la même chanson.

Refrain

Ce jour-là c’était un jour de dimanche.
Le soleil de Mai brillait dans les cieux ;
Les petits oiseaux s’aimaient dans les branches…
Nous, sur l’herbe en fleur, on a fait comme eux.

Mais après le temps des extases saintes,
Des baisers brûlants, des folles étreintes,
Nous vîmes venir le dégoût prochain,
L’insipidité des fausses caresses
La stupidité des vaines promesses
Et notre amour mort au bout du chemin.

Refrain

Ce jour-là c’était un jour de dimanche.
La neige tombait tristement des cieux ;
Les petits oiseaux mouraient dans les branches…
Notre pauvre amour avait fait comme eux.

Souvent, maintenant, alors que je songe
Même à nos douleurs, même à tes mensonges
Dans l’ennui profond où je suis tombé
Je rêve qu’un jour prochain nous rapproche
Et souventes fois je fais le reproche
A mon cœur naïf de s’être trompé.

Refrain

Mignonne, aujourd’hui c’est encor dimanche
Si nous allions au bois tous les deux ?
De nouveaux oiseaux chantent dans les branches…
Veux-tu que l’on fasse encore comme eux ?

(Gaston Couté)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Ecoutez la chanson bien douce (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



 


Ecoutez la chanson bien douce

Ecoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire,
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d’eau sur de la mousse !

La voix vous fut connue (et chère ?)
Mais à présent elle est voilée
Comme une veuve désolée,
Pourtant comme elle encore fière,

Et dans les longs plis de son voile,
Qui palpite aux brises d’automne.
Cache et montre au coeur qui s’étonne
La vérité comme une étoile.

Elle dit, la voix reconnue,
Que la bonté c’est notre vie,
Que de la haine et de l’envie
Rien ne reste, la mort venue.

Elle parle aussi de la gloire
D’être simple sans plus attendre,
Et de noces d’or et du tendre
Bonheur d’une paix sans victoire.

Accueillez la voix qui persiste
Dans son naïf épithalame.
Allez, rien n’est meilleur à l’âme
Que de faire une âme moins triste !

Elle est en peine et de passage,
L’âme qui souffre sans colère,
Et comme sa morale est claire !…
Ecoutez la chanson bien sage.

(Verlaine)

 

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