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Poésie

Posts Tagged ‘naïve’

DANS LES VEINES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016




DANS LES VEINES

Dans les veines, tombes déjà presque vides,
Le désir encore effréné,
Dans mes os qui se glacent le caillou,
Dans l’âme le regret sourd,
L’irrésistible noirceur : dissous-les.

Du remords aboyant sans fin
Dans l’innombrable ténèbre,
Terrible séquestration,
Rachète-moi, et la pitié de tes paupières,
De sur ton long sommeil, soulève-la.

Que ton signe brusque et rose,
Ame féconde, remonte
Et me revienne surprendre;
Inespérée, ressuscite,
Mesure incroyable, paix;

Fais que je puisse, en l’espace calmé,
Réépeler les paroles naïves.

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: Kamrooz Aram

 

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Retouche à la pierre philosophale (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2016



Charles Courtney Curran onshoreoflakeerie [1280x768]

Retouche à la pierre philosophale

l’heure de si belle eau
de ses reflets fait mon âme coquette

l’instant suffit
naïve éternité

(Daniel Boulanger)

Illustration: Charles Courtney Curran

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L’Endormie (Gerard d’Houville)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016



Elle dormait, pareille aux indécentes roses…
Et l’homme contemplait, parmi les grands coussins,
Cette femme, jetée en naïve pose:
Blanche flexible et double où fleurissent les seins.

Ah! comme il se penchait sur cette forme nue
Dont la ligne allongée et le nacré contour
Avaient l’éclat doré des lumineuses nues
Que l’on voit disparaître au soir d’un trop beau jour!

Soeur de la bête libre et des plantes captives,
Esclave de la lune, ondoyant océan,
Un homme est là, courbé sur tes dormantes rives,
Qui guette ton mystère et scrute ton néant.

Oui, dormeuse, le sage interroge ton songe…
Sa raison sur ton être élève sa lueur
Et, dans ta volupté, ta grâce et ton mensonge,
Cherche le vol posé d’une âme sur tes fleurs.

A l’aide de la froide et sévère pensée
Il voudrait te saisir, ô charme de la nuit,
Quand sur la ciel du rêve indolemment bercée
Tu sembles t’éloigner de la terre et de lui…

Douce belle aux yeux clos, on te trahit: Prends garde!
Un homme curieux sur ta couche est penché,
Hostile, il te surprend, te juge, te regarde,
Mélancolique Amour interrogeant Psyché.

… Mais elle, en son sommeil que veille sa malice,
A senti le reflet de ce regard voleur
Et tiré d’un seul coup la couverture lisse
De ce geste ennemi que l’on nomme pudeur;

Car, ainsi qu’il ne peut surprendre la nature
Dans l’auguste candeur de ses cruels secrets,
L’homme doit respecter ton innocence impure,
Femme, et croyant t’aimer, ignorer qui tu es.

(Gerard d’Houville)

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Quand je serre, plein de tendresse (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2015




Quand je serre, plein de tendresse,
Ton corps si svelte et qu’exalté,
Dans mon étreinte je t’adresse
De doux propos énamourés,
Tu fais s’échapper en silence
Ton corps si souple de mes mains:
Un sourire de méfiance,
Est tout ce que de toi j’obtiens.
Ta mémoire étant sans faiblesse
Pour mes nombreuses trahisons
Tu m’écoutes avec tristesse,
Lointaine, sans attention.
Je maudis les ardeurs traîtresses
Dont fut coupable ma jeunesse,
Les attentes pour rencontrer
Quelqu’un le soir sous les ramures.
Je maudis l’amoureux murmure,
Le vers si habile à charmer,
Les baisers des filles naïves,
Leurs larmes, leurs plaintes tardives.

(Alexandre Pouchkine)

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SOMMATION IRRESPECTUEUSE (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2015



Danielle Duer

SOMMATION IRRESPECTUEUSE

Rire étant si jolie,
C’est mal. O trahison
D’inspirer la folie,
En gardant la raison !

Rire étant si charmante !
C’est coupable, à côté
Des rêves qu’on augmente
Par son trop de beauté.

Une chose peut-être
Qui va vous étonner,
C’est qu’à votre fenêtre
Le vent vient frissonner,

Qu’avril commence à luire,
Que la mer s’aplanit,
Et que cela veut dire :
Fauvette, fais ton nid.

Belle aux chansons naïves,
J’admets peu qu’on ait droit
Aux prunelles très vives,
Ayant le coeur très froid.

Vous saurez, attendrie,
Le charme de l’instant
Terrible, où l’on s’écrie :
Ah ! vous m’en direz tant !

Vous saurez, vous qu’on gâte,
Le destin tel qu’il est,
Les pleurs, l’ombre, et la hâte
De cacher un billet.

Oui, — pourquoi tant remettre ? —
Vous sentirez, qui sait ?
La douceur d’une lettre
Que tiédit le corset.

Vous riez ! votre joie
A Tout préfère Rien.
En vain l’aube rougeoie,
En vain l’air chante. Eh bien,

Je ris aussi ! Tout passe.
O muse, allons-nous-en.
J’aperçois l’humble grâce
D’un toit de paysan ;

L’arbre, libre volière,
Est plein d’heureuses voix ;
Dans les pousses du lierre
Le chevreau fait son choix ;

Et, jouant sous les treilles,
Un petit villageois
A pour pendants d’oreilles
Deux cerises des bois.

(Victor Hugo)

Illustration: Danielle Duer

 

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Ce Ruisselet parvule et frais (Saint-Pol Roux)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2015


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Ô l’onde qui file et glisse, vive, naïve, lisse!
Parmi les prairies du songe,
des filles se révèlent parfois la chevelure telle.
Ce Ruisselet parvule et frais,
sans doute est un lézard de désirs purs…
épanoui lézard qu’une étincelle d’oeil ferait s’évanouir?
L’azur inclus est, n’est-ce point?
la perceptible remembrance des prunelles nymphales
qui s’y séduisirent.

(Saint-Pol Roux)

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Mon chien joue dans le foin (Hubert Juin)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2015



 

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Mon chien joue dans le foin. C’est le premier matin.
A La Ronce, le puits a des couleurs d’acier bleu.
La grand’porte est fermée : le soleil fait le tour,
suivi par la forêt, et c’est un nouveau jour
où vous aurez pour moi des paroles naïves,
ma dame,
et des rires d’enfant…

Une cohorte d’anges s’en va pleurer le vent.

(Hubert Juin)

Illustration

 

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Le camp (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2015


La neige tombe sur la mer
durant que dorment lisses
les vierges nues
le camp à mirador
et d’extermination
a détruit des images naïves
chez les cadavres errants
l’un pourtant revoit
le petit tableau d’un musée
du temps de la jeunesse.

(Jean Follain)

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La neige blanche, blanche mange les yeux à faire mal (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2015



Si l’hiver, c’est l’arak et le punch aux yeux bleus,
Pour d’autres c’est le vin parfumé de cannelle,
Et d’autres vont porter dans le gîte fumeux
L’âcre commandement des étoiles cruelles.

Un peu de la chaleur naïve des brebis,
D’une basse-cour un peu de fiente chaude.
Je donnerai tout pour la vie — tant me chaut ce souci
Qu’une allumette sulfureuse me réchauffe.

Regarde : je ne tiens dans la main qu’un pichet,
Mais un froissement d’astres flatte l’ouïe fragile.
Comment ne pas aimer sous cet humble duvet
Le jaune de l’herbe et la chaleur de l’argile ?

Remuer la paille, lisser la laine sans bruit,
Avoir faim, comme un pommier l’hiver sous la bâche,
Sans but et tendrement se tendre vers autrui,
Regarder dans le vide, attendre sans relâche.

Ah ! que les conjurés en troupeau de brebis
Se hâtent dans la neige et que grince le gel !
L’hiver – absinthe et âcre fumée – vers l’abri!
L’hiver – le sel épais des affronts solennels.

Au bout d’un long bâton suspendre le falot,
Partir avec un chien sous le sel des étoiles.
Offrir à la sibylle un coq au fond d’un pot.
La neige blanche, blanche mange les yeux à faire mal.

(Ossip Mandelstam)

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