Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘naïveté’

C’est une étoile dont le coeur noir est un astre (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2019



C’est une étoile dont le coeur noir est un astre.
Et cette étoile étire ses rayons à travers nos regards
et pose son coeur noir sur nos paupières.
Mais cela se passe ailleurs, et ne se fait sur nous qu’en image.
C’est une étoile qui redevient une étoile, et se retrouvant,
nous invente un corps si beau que le nôtre ne s’y reconnais plus.

Pourtant le vieil homme avait gardé un coin de naïveté dans sa chair,
un morceau de pain à partager avec son image la plus belle.
Jamais il ne s’était vu si beau, jamais il ne s’était vu si laid.
Etoile perdue au fond du ciel que tu es.

Le noir aussi est lumière, et voit le noir en s’obscurcissant.
L’étoile s’illumine en reculant en elle les larmes du noir.
Sa clarté c’est celle qu’elle voit.

Le soleil c’est où la lumière se ferme sur sa montée la plus lumineuse.
Une lumière qui se caille comme le sang.
C’est la lumière qui monte à sa tour par un escalier de couleurs.
Et l’étoile, c’est la nuit qui monte à sa tour.

(Joë Bousquet)

Illustration: Renaud Baltzinger

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La bouée (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018




    
La bouée

Je veux vous avouer ce soir, ma chère amie,
Que lorsque je m’ennuie et que j’ai peur de tout,
Lorsque je me sens seul, tout seul, je pense à vous ;
Car vous êtes, je crois, ma plus sincère amie.

Je pense à vous souvent, car souvent je m’ennuie ;
Et dès que je m’égare en un mauvais sentier,
Je fais appel à la merveilleuse amitié
Qui, depuis un grand jour, l’un à l’autre nous lie.

Si j’ai chanté pour vous ce soir ces quelques vers,
C’est que mon pauvre coeur malade s’est ouvert.
S’il vous parlait tout bas, voudriez-vous l’entendre ?

Si avec ses défauts, avec ses qualités,
Ses mauvais sentiments et sa naïveté,
Il se donnait à vous, voudriez-vous le prendre ?

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DRAPEAUX (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



Illustration: Jacques Darras
    
DRAPEAUX

L’heure patriotique du tirage au sort
A fait vibrer le beffroi légal des mairies,
Les gas aux grands yeux bons sont devenus conscrits
Et leur troupeau dévale par les rues
Sous le geste dur des houlettes tricolores.

En les voyant ainsi passer, les filles belles
Qui s’avancent par la paix fleurie des venelles,
Se demandent en leur naïveté, pourquoi
L’on gaspille ainsi bêtement si belle soie.

Holà ! nos galants aimés. Holà ! disent-elles,
Baillez-nous l’étoffe jolie de vos drapeaux,
Nous en ferons des robes bleues, rouges ou blanches
Et nous les froisserons aux danses des dimanches
Contre votre cœur qui s’en montrera plus tendre.

Mais les galants passent et s’en vont sans comprendre
Le bon désir des amantes qui restent seules…
Et demain les drapeaux leur seront des linceuls.

(Gaston Couté)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

A l’ombre d’un myrte (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017




    
A l’ombre d’un myrte

Pourquoi te serai-je lié,
Ô mon myrte charmant ?
L’amour, le libre amour, ne peut être lié
A nul arbre planté en terre.

Ô que j’étais malade et las
Étendu sous mon myrte
Semblable à la bouse sur le sol
Lié à mon myrte.

Souvent mon myrte soupirait en vain,
A contempler ma lourde chaîne ;
Souvent mon père nous vit soupirer
Et rit de notre naïveté.

Ainsi je l’abattis et son sang
Colora les racines issues du myrte.
Mais le temps de la jeunesse a fui
Et des cheveux gris couvrent ma tête.

***

In a Myrtle Shade

Why I should I be bound to thee,
O my lovely Myrtle-tree?
Love, free Love, cannot be bound
To any tree that grows on ground.

O! how sick and weary I
Underneath my Myrtle lie;
Like to dung upon the ground,
Underneath my Myrtle bound.

Oft my Myrtle sigh’d in vain
To behold my heavy chain:
Oft my Father saw us sigh,
And laugh’d at our simplicity.

So I smote him, and his gore
Stain’d the roots my Myrtle bore.
But the time of youth is fled,
And grey hairs are on my head.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sonnet de Porcelaine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017



Sonnet de Porcelaine

LE soir, ouvrant au vent ses ailes de phalène,
Evoque un souvenir fragilement rosé,
Le souvenir, touchant comme un Saxe brisé,
De ta naïveté fraîche de porcelaine.

Notre chambre d’hier, où meurt la marjolaine,
N’aura plus ton regard plein de ciel ardoisé,
Ni ton étonnement puéril et rusé…
O frissons de ta nuque où brûlait mon haleine !

Et mon coeur, dont la paix ne craint plus ton retour,
Ne sanglotera plus son misérable amour,
Frêle apparition que le silence éveille !

Loin du sincère avril de venins et de miels,
Tu souris, m’apportant les fleurs de ta corbeille,
Fleurs précieuses des champs artificiels

(Renée Vivien)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Non (Luc Estang)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2017



Illustration: Henri Rousseau (Le Douanier Rousseau)
    
Non, pas le corail ni le nonchaloir
les naïvetés de chair mise nue,
ou les fruits souillant les doigts de sang noir,
ni les touffeurs de savane inconnue

ne me tentaient : pas même la couleur
de la terre brûlante et diluée
dans la mer comme une vieille douleur
dans les larmes, pas même la suée

virginale des palmes le matin !
Mais seulement ce va-et-vient du Verbe,
ô scansion profonde qui n’atteint
que la rive où baignent les longues herbes.

celles des souvenirs mal immergés
celles des repentirs pris sur les sables
celtes des secrets peut-être en danger ,
celles des espoirs les moins saisissables

(Luc Estang)

 

Editions: Cahiers du Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le Thé (Théodore de Banville)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




 


Le Thé

Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d’or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.

J’aime la folle cruauté
Des chimères qu’on apprivoise:
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.

Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L’extase et la naïveté:
Miss Ellen, versez-moi le Thé.

(Théodore de Banville)

Illustration: Alexandra Levasseur

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :