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Poésie

Posts Tagged ‘nappe’

Ne laisse pas l’indicible (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    
Ne laisse pas
l’indicible
te nouer la main
retenir ces mots
qui montent
de la nappe
et ont à entrouvrir
le voile sur ce que tu es
ce que tu éprouves

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Chagrin d’enfant (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: William Blake
    
Chagrin d’enfant

Ma mère gémit, mon père pleura ;
Je sautai dans ce monde dangereux,
Désarmé, nu, pépiant à tue-tête
Comme un démon caché dans un nuage.

Me débattant dans les mains de mon père
Me démenant dans mes langes
Ficelé et las, je préférais
Bouder sur le sein de ma mère.

Quand je vis que la rage était vaine
Que bouder ne servirait de rien
Après bien des espiègleries et des ruses
Je commençai à m’apaiser et à sourire.

Je m’apaisai de jour en jour.
Le moment vint où je tins debout sur le sol
Et je souris nuit par nuit
N’ayant de but que le plaisir.

Et je vis devant moi briller
Des grappes de la vigne sauvage
Et nombreux, des arbres et des fleurs charmants
Étendirent sur moi leur floraison printanière.

Mon père alors, avec les yeux d’un saint,
Un livre saint dans les mains
Prononça des malédictions sur ma tête
Et me lia à l’ombre d’un myrte.

***

INFANT SORROW

My mother groand! my father wept.
Into the dangerous world I leapt:
Helpless, naked, piping loud;
Like a fiend hid in a cloud.

Struggling in my fathers hands:
Striving against my swadling bands:
Bound and weary I thought best
To sulk upon my mothers breast.

(William Blake)

 

Recueil: William Blake
Traduction: Georges Bataille
Editions: Fata Morgana

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Les fleurs du prunier (Buson)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2018


fleurs-de-prunier

J’étale une natte
dans le champ
et regarde les fleurs du prunier

(Buson)

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Vagant (Joseph von Eichendorff)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2018



&

Illustration
nbsp;   
Vagant

I
j’aime pour ma vie liberté errance
vienne que pourra
si je voulais me contraindre
ça ne m’irait pas

et je sais des chansons éternelles
l’hiver sans souliers
dans le froid écoutez-la ma mandoline
mais où coucher

plus d’une belle fille s’étonne
je lui plairais bien
si je n’étais un misérable
propre-à-rien

belle fille Dieu t’accorde
riche mari
si nous étions tous deux ensemble
mon chant cesserait de vivre

2
si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

la nuit mon amour écoute
à sa fenêtre et ne dort pas
comme la nuit serait douce
souhaite-nous la douce nuit

si le soleil brillait l’adorable
soleil du sud tiède et bleu
je prendrais ma mandoline
sur le pré nappe de feu

4
tu es triste éraillé
viens sur mon coeur
fort ôte-moi le souffle
pince taquine
soupirant
joue contre joue
pour mon oreille
chante au fond de la cour
chat et chien hurlent
et le voisin est furieux
mais que nous importe
le monde violon mon doux violon

***

Der wandernde Musikant

I
Wandern lieb ich fir mein Leben,
Lebe eben wie ich kann,
Wollt ich mir auch Mühe geben,
Paßt es mir doch gar nicht an.

Schöne alte Lieder weiß ich,
In der Kälte, ohne Schuh
Draußen in die Saiten reiß ich,
Weiß nicht, wo ich abends ruh.

Manche Schöne macht wohl Augen,
Meinet, ich gefiel’ ihr Behr,
Wenn ich nur was wollte taugen,
So ein armer Lump nicht war. —

Mag dir Gott ein’n Mann bescheren,
Wohl mit Haus und Hof versehn !
Wenn wir zwei zusammen wãren,
Möcht mein Singen mir vergehn.

2
Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

In der Nacht dann Liebchen lauschte
An dem Fenster süß verwacht,
Wünschte mir und ihr, uns beiden,
Heimlich eine schöne Nacht.

Wenn die Sonne lieblich schiene
Wie in Welschland lau und blau,
Ging’ ich mit der Mandoline
Durch die überglänzte Au.

4
Bist du manchmal auch verstimmt,
Drück dich zärtlich an mein Herze,
Daß mir’s fast den Atem nimmt,
Streich und kneif in süßem Scherze,
Wie ein rechter Liebestor
Lehn ich sanft an dich die Wange
Und du singst mir fein ins Ohr.
Wohl im Hofe bei dem Klange
Katze miaut, Hund heult und bellt,
Nachbar schimpft mit wilder Miene —
Doch was kümmert uns die Welt,
Suße, traute Violine !

(Joseph von Eichendorff)

 

Recueil: Poèmes de l’étrange départ
Traduction: Philippe Marty
Editions: Grèges

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Sous le soleil déjà (Emilien Chesnot)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



Illustration: Mathieu Levis

    
sous le soleil déjà
le soleil à peine
chacun est seul
chacun s’atteint
par nappes de lumière

(Emilien Chesnot)

 

Recueil: Faiblesse d’un seul
Traduction:
Editions: Centrifuges

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Si je cesse de vous aimer (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2017



Illustration
    
Si je cesse de vous aimer
c’est que la balance de mon âme
ne peut plus rien retenir ni peser

Vous arrivez trop tard
dans le château illuminé dans l’attente du bal.

Les crapauds marchent sur les nappes
les araignées sont mortes
au centre des cigares de soie
— ô chambellans tombés dans les armures —
le danseur n’est plus qu’un fantôme
la dernière chandelle
s’endort dans la dernière boue du champagne
décor désolé
où votre pas n’éveille plus que poudre.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Le jour était gris tendre (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Claude Monet
    
Le jour était gris tendre, gris comme l’angoisse.
Et le soir était pâle comme une main de femme.

Dans les chambres, le soir, les coeurs se cachaient,
Lassés d’une tendre angoisse infinie.

On se pressait les mains, on fuyait les rencontres,
Les rires s’étouffaient dans les épaules blanches.

La robe échancrée bas, la robe comme un serpent,
L’écaille de la robe plus blanche au crépuscule.

Penchées sur les nappes de la salle à manger,
Les coiffures frôlaient les visages enflammés.

Le coeur bat plus vite, le regard est intense.
Dans les pensées — un jardin, doux, profond, étouffant.

Comme sur un signe, ils s’ébranlent, descendent.
Les robes blanches bruissent en effleurant les marches.

Sans un mot, ils s’abîment à jamais dans le jardin.
La honte doucement éclabousse le ciel.

Peut-être, une étoile rouge a-t-elle roulé bas.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Retouche à l’humeur (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2017



Illustration: Paul Cézanne
    
retouche à l’humeur

Pourquoi ce malaise
devant la nappe sans tache
où le pot de cuivre et l’oeuf
équilibrent leurs deux crépuscules ?
Aucune histoire ne nous est contée
et nous voulions ces nourritures.
Mais l’oeuf et le pot sont dans un cadre
le cadre au Musée
et le Musée ferme le soir
en souvenir des peines du peintre.

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Retouches
Editions: Gallimard

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A la rencontre de l’inconnu masqué (Jean Laude)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



 

Agnès Bockel 66874

A la rencontre de l’inconnu masqué
Qui suis-je à ces confins dépossédés par le sable et le vent,
surpris d’une douceur de cendres ?

Devant la nappe intacte de la mer.

Qui suis-je en cette chambre où je ferme les yeux ?

Une barque s’enfonce en la vase attentive. Happé par l’épaisseur,
je m’ensable et dérive

(Dépossédé par le fer gris de l’eau,
la neige a goût d’étoile entre les dents, nuit du métal amer
étendu dans le vent,
surpris d’une douceur, l’attente me divise, et me retire.)

(Jean Laude)

Illustration: Agnès Bockel

 

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Retouche à l’univers (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2017




    

retouche à l’univers

la nappe le couteau le verre
le sourire et Dieu dans la tranche du pain
et sur un dôme de cuiller
le reflet persan du placard ouvert

dans les détroits du bavardage
la voile blanche du silence
vers des îles

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: De laine et soie Retouches
Editions: Gallimard

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