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Poésie

Posts Tagged ‘narguer’

Franchement je te le dis (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019




    
Franchement je te le dis,
O mon ange :
Chimère et cherry brandy,
Rien ne change !

Là où les Grecs ne rencontrent
Que beauté,
En trous noirs pour moi la honte
Seule bée.

Sur l’onde ils kidnappaient celle
Dite Hélène,
Moi je n’ai qu’écume et sel
Sur les lèvres.

Sur mes lèvres un seul baume :
Le néant ;
La misère ouvre ses paumes,
Me narguant.

Oh, vraiment, suis-je marri ?
Bagatelles !
Bois ton vin, ange Mary,
Tes cocktails !

Franchement je te le dis,
O mon ange :
Chimère et cherry brandy,
Rien ne change.

(Ossip Mandelstam)

***

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Sonnet de printemps (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Sonnet de printemps

Avril met aux buissons leurs robes de printemps
Et brode aux boutons d’or de fines collerettes,
La mouche d’eau sous l’oeil paisible des rainettes,
Patine en zig-zags fous aux moires des étangs.

Narguant d’un air frileux le souffle des autans
Le liseron s’enroule étoilé de clochettes
Aux volets peints en vert des blanches maisonnettes,
L’air caresse chargé de parfums excitants.

Tout aime, tout convie aux amoureuses fièvres,
Seul j’erre à travers tout le dégoût sur les lèvres.
Ah! l’Illusion morte, on devrait s’en aller.

Hélas! j’attends toujours toujours l’heure sereine,
Où pour la grande nuit dans un coffre de chêne,
Le Destin ce farceur voudra bien m’emballer.

(Jules Laforgue)


Illustration: Vladimir Kush

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Les Djinns (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

Wen_M    Anima__Al_Djinn_

Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

(Victor Hugo)

Illustration

 

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ATTENDRE PASSE (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



Illustration: Pascal Baudot
    
ATTENDRE PASSE

Chaleur torride entre les champs de blé.
Là-bas aboie le chien des Breniquet.
On voit stagner sur les bois les nuages
et pas un souffle d’air pour qu’ils voyagent.

Le soleil seul tourne au ciel pas à pas.
Déjà toute ombre a changé de visage.
Le coq sur son clocher n’en revient pas,
mais sans bouger nous narguent les nuages.

Il n’est de crainte ou d’ondée que passante.
Rien ne nous fuit autant que notre attente.

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Nathanaël
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retour en ville (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2018



Retour en ville

La ville disperse
Ses pavillons en meulière
Au milieu des jardins
Et entasse ses immeubles en béton
Dans l’arrogance ou l’humilité

J’entre de nouveau
Dans le ventre de la ville
Et parcours les rues habituelles
Qui se débattent sous la pluie
Et dont les caniveaux se déversent
Dans les eaux livides
D’un fleuve paresseux
Tandis que la triste tour Montjoie
Nargue l’église Saint Maclou.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Effluves (Georges Brassens)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2017




    
Effluves

Le vent qui se promène à travers les buissons
Ne vous chante-t-il pas les joyeuses chansons
Qu’on chantait autrefois, quand on était ensemble ?
Et la pauvre feuille qui tremble
Au vent ne vous rappelle-t-elle pas mon coeur
Qui frissonnait sous vos regards moqueurs ?
Et ce ciel, si noir, si maussade
Ne vous fait-il pas refaire les promenades
Qu’on faisait la main dans la main,
Par les chemins
Et par les rues ?
Il doit rester encore au fond de vous
Un souvenir de cette époque disparue.
Ce souvenir serait-il aussi doux
Que celui qui chante en moi-même,
Soir et matin, pour me narguer :
Ô gué, ô gué,
Tu l’aimes !

(Georges Brassens)

 

Recueil: Les couleurs vagues
Editions: Le Cherche Midi

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Avec des gestes apeurés (Camille Legrand)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
Avec des gestes apeurés
Tu voiles ta beauté frileuse;
Autour de ta taille onduleuse
L’eau fait des grands cercles moirés.
Et narguant tes pudeurs farouches,
Tes chastes yeux emplis d’effroi.
Toutes les fleurs tendent vers toi
Les baisers tièdes de leurs bouches.

(Camille Legrand)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Avec des gestes apeurés (Camille Legrand)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



Illustration: Pierre-Auguste Renoir
    
Avec des gestes apeurés
Tu voiles ta beauté frileuse ;
Autour de ta taille onduleuse
L’eau fait de grands cercles moirés.

Et narguant tes pudeurs farouches,
Tes chastes yeux emplis d’effroi,
Toutes les fleurs tendent vers toi
Les baisers tièdes de leurs bouches.

(Camille Legrand)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Retouche au salon (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 octobre 2016



 

Retouche au salon

tiré d’un arbre à romance
le piano roux drogué d’arpèges
par une fille en espérance
nargue les chaises

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

 

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L’Infini (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2016



L’Infini

Orgueilleux pantins
En terre friable
Qui prétendent
En leurs limites
Rencontrer l’Infini

Nous demeurons
Captifs
D’un temps à nos mesures
Qui s’effrite
Et nous ronge
De journées en saisons

Tandis que l’Infini
En terre absolue
Ne cesse de nous narguer.

(Andrée Chedid)

 

 

 

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