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LES BOEUFS (Pierre Dupont)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2020




    
LES BOEUFS

J’ai deux grands boeufs dans mon étable,
Deux grands boeufs blancs marqués de roux ;
La charrue est en bois d’érable,
L’aiguillon en branche de houx.
C’est par leur soin qu’on voit la plaine
Verte l’hiver, jaune l’été ;
Ils gagnent dans une semaine
Plus d’argent qu’ils n’en ont coûté.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Les voyez-vous, les belles bêtes,
Creuser profond et tracer droit,
Bravant la pluie et les tempêtes
Qu’il fasse chaud, qu’il fasse froid.
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leurs naseaux,
Et je vois sur leur corne noire
Se poser les petits oiseaux.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Ils sont forts comme un pressoir d’huile,
Ils sont doux comme des moutons ;
Tous les ans, on vient de la ville
Les marchander dans nos cantons,
Pour les mener aux Tuileries,
Au mardi gras devant le roi,
Et puis les vendre aux boucheries ;
Je ne veux pas, ils sont à moi.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Quand notre fille sera grande,
Si le fils de notre régent
En mariage la demande,
Je lui promets tout mon argent ;
Mais si pour dot il veut qu’on donne
Les grands boeufs blancs marqués de roux ;
Ma fille, laissons la couronne
Et ramenons les boeufs chez nous.

S’il me fallait les vendre,
J’aimerais mieux me pendre ;
J’aime Jeanne ma femme, eh bien ! j’aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

(Pierre Dupont)

 

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LE LION ET LE MOUCHERON (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



LE LION ET LE MOUCHERON

« Va-t’en, chétif insecte, excrément de la terre!  »
C’est en ces mots que le Lion
Parlait un jour au Moucheron.
L’autre lui déclara la guerre.
« Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de Roi
Me fasse peur ni me soucie ?
Un boeuf est plus puissant que toi :
Je le mène à ma fantaisie.  »
A peine il achevait ces mots
Que lui-même il sonna la charge,
Fut le Trompette et le Héros.
Dans l’abord il se met au large ;
Puis prend son temps, fond sur le cou
Du Lion, qu’il rend presque fou.
Le quadrupède écume, et son oeil étincelle ;
Il rugit ; on se cache, on tremble à l’environ ;
Et cette alarme universelle
Est l’ouvrage d’un Moucheron.
Un avorton de Mouche en cent lieux le harcelle :
Tantôt pique l’échine, et tantôt le museau,
Tantôt entre au fond du naseau.
La rage alors se trouve à son faîte montée.
L’invisible ennemi triomphe, et rit de voir
Qu’il n’est griffe ni dent en la bête irritée
Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir.
Le malheureux Lion se déchire lui-même,
Fait résonner sa queue à l’entour de ses flancs,
Bat l’air, qui n’en peut mais ; et sa fureur extrême
Le fatigue, l’abat : le voilà sur les dents.
L’insecte du combat se retire avec gloire :
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin
L’embuscade d’une araignée ;
Il y rencontre aussi sa fin.

Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J’en vois deux, dont l’une est qu’entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

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L’OPIUM DE LA FATIGUE (Armand Robin)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2016



L’OPIUM DE LA FATIGUE

Pour mon âme (habitat de nuées errantes)
J’ai trouvé dans la fatigue
Un Bethléem, un Délos d’où commencer
A devenir bond du monde.

J’ai vogué, instants de ruisseaux,
Je n’ai pas su les mettre à jour,
Je reste mêlé d’herbes
Avec des bruits de naseaux demandant aux prairies
Davantage d’oiseaux !

Je sais pourquoi je suis pour tous…
J’ai parlé mon langage isolé, désolé

(Armand Robin)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Tout là-haut c’est la tempête (Tarjei Vesaas)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2016



Tout là-haut c’est la tempête.
Naseaux aplatis dans l’herbe
pour lui échapper.

Précieux jours de la tempête…
On nous appelle à un grand voyage :
viens. Sois-en.

Nous gisons dans nos herbes flétries.
Nous gisons dans nos croyances desséchées.
Tout là-haut les merveilles de nos rêves.

Yeux apeurés
qui cillent sous l’éclair
jamais ne verront un arbre de feu.

Nous fermons les yeux,
nous savons tout cela si bien.
Nous nous enfonçons plus profond.

Tout là-haut c’est la tempête,
qui va
recréant, recomblant.

(Tarjei Vesaas)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration

 

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