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Je me sentais vivre en elle (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2017




    
Je me sentais vivre en elle,
et elle vivait pour moi seul.
Son sourire me remplissait d’une béatitude infinie;
la vibration de sa voix si douce et cependant fortement timbrée
me faisait tressaillir de joie et d’amour.

Elle avait pour moi toutes les perfections,
elle répondait à tous mes enthousiasmes,
à tous mes caprices,

— belle comme le jour aux feux de la rampe
qui l’éclairait d’en bas,
pâle comme la nuit, quand la rampe baissée
la laissait éclairée d’en haut
sous les rayons du lustre
et la montrait plus naturelle,
brillant dans l’ombre de sa seule beauté,
comme les Heures divines qui se découpent,
avec une étoile au front,
sur les fonds bruns des fresques d’Herculanum!

(Gérard de Nerval)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Quand on est amoureux (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2017



  Illustration
    
Quand on est amoureux
on met une seule personne
jolie de préférence
bien au centre du monde
Et quand on aime
d’un amour de personne
on met le monde
au coeur du monde
Bien sûr on n’est jamais à l’abri
d’une rechute
mais quand même quelle douceur
d’aller partout
avec l’insouciance de ce saint
qui entrant dans le château du roi
enlevait son manteau et l’accrochait à
un rayon de soleil
continuant d’avancer impassible
comme si ce geste
était le geste le plus naturel du monde
Oui quel bonheur d’aller ainsi
aimant et ne retenant rien
de ce qu’on aime

Vivre Nella
Vivre respirer chanter
comme si l’on n’y était
plus
pour personne

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Berceuse (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver
    

Berceuse

Pose ta tête endormie, mon amour
Humaine sur mon bras infidèle ;
Le temps et les fièvres consument
La part de beauté
Des enfants pensifs et la tombe
Prouve que l’enfant est éphémère ;
Mais que dans mes bras jusqu’au point du jour
Repose cet être vivant,
Mortel, coupable, mais pour moi
Beauté absolue.

L’âme et le corps n’ont point de bornes ;
Aux amants étendus
Dans leur pâmoison coutumière
Sur la pente enchantée de son indulgence
Vénus gravement apporte la vision
D’une compassion surnaturelle,
Un amour, un espoir universels ;
Tandis qu’une intuition abstraite
Eveille parmi les glaciers et les rocs
L’extase sensuelle de l’ermite.

Certitude, fidélité
Sur le coup de minuit passent
Comme les vibrations d’une cloche,
Et les fous à la mode poussent
Leurs cris ennuyeux de pédants ;
Chaque centime de la dépense,
Tout de que prédisent les cartes redoutées
Sera payé, mais de cette nuit
Que pas un murmure, pas une pensée
Pas un baiser ni un regard ne soient perdus.

Tout meurt, la beauté, la vision, minuit :
Que les vents de l’aube qui demeurent
Soufflent sur ta tête rêveuse
Annonçant un jour d’une telle douceur
Que les yeux et le cœur qui cogne puissent louer
Ce monde mortel et s’en satisfaire ;
Que les midis de sècheresse te voient nourri
Par les puissances irréfléchies,
Que les nuits d’insulte te laissent vivre
Sous la garde de tout amour humain.

***

Lullaby

Lay your sleeping head, my love,
Human on my faithless arm;
Time and fevers burn away
Individual beauty from
Thoughtful children, and the grave
Proves the child ephemeral:
But in my arms till break of day
Let the living creature lie,
Mortal, guilty, but to me
The entirely beautiful.

Soul and body have no bounds:
To lovers as they lie upon
Her tolerant enchanted slope
In their ordinary swoon,
Grave the vision Venus sends
Of supernatural sympathy,
Universal love and hope;
While an abstract insight wakes
Among the glaciers and the rocks
The hermit’s carnal ecstasy.

Certainty, fidelity
On the stroke of midnight pass
Like vibrations of a bell,
And fashionable madmen raise
Their pedantic boring cry:
Every farthing of the cost,
All the dreaded cards foretell,
Shall be paid, but from this night
Not a whisper, not a thought,
Not a kiss nor look be lost.

Beauty, midnight, vision dies:
Let the winds of dawn that blow
Softly round your dreaming head
Such a day of welcome show
Eye and knocking heart may bless,
Find the mortal world enough;
Noons of dryness find you fed
By the involuntary powers,
Nights of insult let you pass
Watched by every human love.

(Wystan Hugh Auden)

 

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Aussi bien (Laurent Albarracin)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2017


 

SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ SOYEZ SPONTANÉ !


 

Aussi bien,
cherchez le naturel
il s’en va au galop.

(Laurent Albarracin)

 

 

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La poésie c’est comme des lunettes (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



La poésie c’est comme des lunettes

On m’a souvent demandé : la poésie, à quoi ça sert ?
Avec l’air de dire, sourire en coin :
Mon pauvre Monsieur, ne vous donnez pas tant de mal,
avec la télévision, le cinéma, le foot et le loto, on a bien ce qu’il nous faut !

Et je ne savais pas que répondre
parce que la poésie pour moi a toujours été une chose naturelle
comme l’eau du ruisseau.

Mais j’ai beaucoup réfléchi, et aujourd’hui, je sais :
la poésie, c’est comme des lunettes.
C’est pour mieux voir.

Parce que nos yeux ne savent plus,
ils sont fatigués, usés.

Croyez-moi, tous ces gens autour de vous,
ils ont les yeux ouverts et pourtant petit à petit,
sans s’en rendre compte,
ils deviennent aveugles.
Il n’y a qu’une solution pour les sauver :
la poésie.

C’est le remède miracle :
un poème et les yeux sont neufs.
Comme ceux des enfants.

A propos des enfants d’ailleurs,
j’ai aussi un conseil à donner :
les vitamines A, B, C, D, ça ne suffit pas.
Si on ne veut pas qu’en grandissant
ils perdent leurs yeux magiques,
il faut leur administrer un poème par jour.
Au moins.

(Jean-Pierre Siméon)

 Illustration

 

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Feuillet d’album (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Feuillet d’album

Tout à coup et comme par jeu
Mademoiselle qui voulûtes
Ouïr se révéler un peu
Le bois de mes diverses flûtes

Il me semble que cet essai
Tenté devant un paysage
A du bon quand je le cessai
Pour vous regarder au visage

Oui ce vain souffle que j’exclus
Jusqu’à la dernière limite
Selon mes quelques doigts perclus
Manque de moyens s’il imite

Votre très naturel et clair
Rire d’enfant qui charme l’air.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Lucien Lévy-Dhurmer

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Si je pouvais croquer la terre entière (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



Si je pouvais croquer la terre entière
Et lui trouver du goût,
Et si la terre était une chose à croquer,
J’en serais plus heureux pour un moment…
Mais moi ce n’est pas toujours que je veux être heureux.
Il faut bien être de temps à autre malheureux
Afin de pouvoir être naturel…
Ce n’est pas tous les jours qu’il fait soleil,
Et la pluie, quand elle manque terriblement, on la demande.
C’est pourquoi je prends le malheur avec le bonheur
Naturellement, comme qui ne s’étonne point
Qu’il y ait montagnes et plaines
Ainsi qu’herbes et rochers…

Ce qu’il faut c’est être naturel et calme
Dans le bonheur comme dans le malheur,
Sentir comme l’on voit,
Penser comme l’on marche,
Et lorsqu’on va mourir, se rappeler que le jour meurt,
Et que le couchant est beau et belle la nuit qui se fait…
Et que si ainsi sont les choses, c’est que les choses sont ainsi.

(Fernando Pessoa)

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JAMAIS PLUS… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 17 décembre 2016



JAMAIS PLUS…

Jamais plus
Tu ne marcheras sur les chemins naturels.

Jamais plus tu ne pourras te sentir
Invulnérable, réelle et dense —
Perdu pour toujours
Ce que tu recherchas par-dessus tout :
La plénitude de chaque présence.

Et ce sera toujours le même rêve, la même absence.

***

NUNCA MAIS…

Nunca mais
Caminharás nos caminhos naturais.

Nunca mais te poderás sentir
Invulnerável, real e densa —
Para sempre está perdido
O que mais do que tudo procuraste
A plenitude de cada presença.

E será sempre o mesmo sonho, a mesma ausência.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration

 

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Rien de plus naturel (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2016



Rien de plus naturel que de vouloir être aimé pour soi-même.
Et rien de plus sot, car soi-même n’existe pas.
L’amour est toujours approximatif.

(Georges Perros)

 

 

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BELLE (Guy Créquie)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2016



BELLE

Visage d’ange
Prestance naturelle
Jambes élancées
Yeux d’un bleu indigo
Chevelure ample
Poitrine accueillante

Belle, elle est
Dans la clarté du jour
Mon corps s’illumine
Du désir d’aimer
Fusion envisagée
Le rêve est éternité.

(Guy Créquie)

Illustration: Carolus Duran

 

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