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Poésie

Posts Tagged ‘naufragé’

Dis ! Quand Reviendras-tu ? (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



    

Dis ! Quand Reviendras-tu ?
Voilà combien de jours, voilà combien de nuits…
Voilà combien de temps que tu es reparti !
Tu m’as dit ;
Cette fois, c’est le dernier voyage,
Pour nos coeurs déchirés, c’est le dernier naufrage.
Au printemps, tu verras, je serai de retour.
Le printemps, c’est joli, pour se parler d’amour :

(Version Femme : Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
(Je n’ai pas la vertu des femmes de marins.)
Et déambulerons dans les rues de Paris !

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

Le printemps s’est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûl’nt les feux de bois…
A voir Paris si beau en cette fin d’automne,
Soudain je m’alanguis, je rêve, je frissonne…
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine ;
Je vais, je viens, je vire, je tourne, je me traîne…
(Version Femme: Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Ton image me hante, je te parle tout bas…
(Je n’ai pas la vertu des femmes de marins.)
Et j’ai le mal d’amour et j’ai le mal de Toi !

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

J’ai beau t’aimer encor, j’ai beau t’aimer toujours.
J’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour…
Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir,
Je ferai de nous deux, mes plus beaux souvenirs…
Je reprendrai la rout’, le Monde m’émerveill’.
J’irai me réchauffer à un autre Soleil…
(Version Femme: Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Je ne suis pas de ceux qui meurent de chagrin…
(Je n’ai pas la ver-tu des femmes de marins.)
Je n’ai pas la vertu des Chevaliers anciens.

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

(Barbara)

 

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L’encrier (Gaspard Hons)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2018



pen

L’encrier

Sur l’encrier une tache de clarté, une lumière douce,
l’ombre de la mémoire passant du veilleur au dormeur.
Quand le jour se lève sur l’encrier condamné au silence,
verrons-nous se dresser des mots non écrits,
des naufragés réclamant le droit de rester les maîtres du clair-obscur ?

(Gaspard Hons)

Découvert chez Lara ici

 

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Les Conversants (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2018



 

Sam Wolfe Connelly Harvest_main

Les Conversants –

Nous avons donc parlé sous la tonnelle
De la diversité concertante des anges
Des fourmis affairées dans le jardin
Où l’eau brillait parmi ses catégories
Jusqu’au lointain des cruches

La poésie dormait dans ses racines d’arbre
Depuis l’antiquité comme une jeune fille
Agrippée au désastre de la parole
Pour ce naufrage où la terre est consolatrice

La terre était l’enfant de nos viscères
Où déjà des fleurs de formaient préparant
Notre silence vide le plus intime
Sous le ciel dur invisiblement défait
Par la mêlée des grues et des nuages

(Salah Stétié)

Illustration: Sam Wolfe Connelly

 

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Le visage sans un mot se désagrège (Yang Lian)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

le visage sans un mot se désagrège
le cauchemar dans la chair
t’évide centimètre par centimètre

après le naufrage le navire
dent déchaussée
avec la vase ne fait plus qu’un

(Yang Lian)

Illustration: Caroline Duvivier

 

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À une ténèbre (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration: Natacha Mondon
    
À une ténèbre

Au commencement, regarde mon amour
J’entends dans moins déjà de la lumière
Hurler un navire, hors des vagues
Ô mon amour

En vain se taire, et se fendre les phares :

Un qui change, éclaire doucement les naufrages
Un qui offre à la nuit, sur un tourment de mer
Les berceaux d’une rade aux brumes d’émeraude.

Au commencement regard, mon amour j’aimais
La clarté, tiède éclose un matin à tes yeux
Ma barque ivre de nuit malgré l’appel du port;

Regarde, la saison même absente respire
Ce vin de vérité d’une ténèbre au coeur
Et le jour, invisible aux tristesses ressemble.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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Profanation (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018



Illustration
    
Profanation

Mais tes doigts profanes déchirent l’adagio
De ruisseaux en ruisseaux
Montés comme des fleuves

Mille fracas trop purs d’eau pure dans une eau
Tu cherchais l’étendue marine de ton nom
Douceur de ces rochers de sel et de splendeur
Où tout un corps d’eau douce se mêle au rire des vagues

À tes lèvres un cri pousse ta voix lointaine
Profané, tu es seul, naufragé, creux du coeur
Tu es seul, tu es nu, et je perçois tes mains
Elles sont dans la douleur de lampes qui s’éteignent

Referme enfin ce feu qui se faisait ravir
Pour à la fin ce coeur de vague perfection.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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QUATRE PEUPLIERS (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




QUATRE PEUPLIERS

Comme derrière elle-même va cette ligne
qui se poursuit dans les limites horizontales
et dans l’occident toujours fugitif
où elle se cherche se dissipe

– comme cette même ligne
par le regard levée
change toutes ses lettres
en une colonne diaphane
résolue en une non touchée
ni entendue ni vue mais pensée
fleur de voyelles et de consonnes

– comme cette ligne qui n’en finit pas de s’écrire
et avant de se consumer se redresse
sans cesser de s’écouler mais vers le haut :

les quatre peupliers.

Aspirés
par la hauteur vide et là en bas,
dans une flaque faite ciel, dupliquée,
les quatre sont un seul peuplier
et ils n’en sont aucun.

Derrière, frondaisons en flammes
qui s’éteignent – le soir à la dérive –
d’autres peupliers déjà haillons spectraux
interminablement ondulent
interminablement immobiles.

Le jaune glisse vers le rose,
la nuit dans le violet s’insinue.

Entre le ciel et l’eau
il y a une frange bleue et verte :
soleil et plantes aquatiques,
calligraphie ardente
écrite par le vent.
C’est un reflet suspendu dans un autre.

Passages : palpitations de l’instant.
Le monde perd corps,
il est une apparition, il est quatre peupliers,
quatre mélodies mauves.

De fragiles branches grimpent par les troncs.
Elles sont un peu de lumière avec un peu de vent.
Va-et-vient immobile. Avec les yeux
je les entends murmurer des paroles d’air.

Le silence s’en va avec le fleuve,
revient avec le ciel.

Réel est ce que je vois :
quatre peupliers sans poids
plantés sur un vertige.
Une fixité qui se précipite
vers le bas, vers le haut,
vers l’eau du ciel dormante
en un svelte effort sans dénouement
pendant que le monde lève l’ancre vers l’obscur.

Pulsation de clartés dernières :
quinze minutes assiégées
que Claude Monet voit d’une barque.

Dans l’eau s’abîme le ciel,
en elle-même l’eau fait naufrage,
le peuplier est un coup de feu bleu:
ce monde n’est pas solide.

Entre être et ne pas être titube l’herbe,
les éléments s’allègent,
les contours s’estompent,
moires, reflets, réverbérations,
scintillement de formes et présences,
brume d’images, éclipses,

nous sommes ce que je vois : miroitements.

(Octavio Paz)

Illustration: Claude Monet

 

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Le froid te pénètre et t’éveille (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



Le froid te pénètre et t’éveille,
tu es multiple et vide, te voici
dans les paroles éparses, dans un vertige

Qui n’a pas de centre, tu n’es
personne, dispersé dans l’absence,

Perdu, sans lieu, naufragé de quel
voyage, dans la fraîcheur nouvelle
du plus vaste oubli.

(Lionel Ray)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Clara Lieu

 

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En sortant de l’école (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2018



En sortant de l’école
Nous avons rencontré
Un grand chemin de fer
Qui nous a emmenés
Tout autour de la terre
Dans un wagon doré
Tout autour de la terre
Nous avons rencontré
La mer qui se promenait
Avec tous ses coquillages
Ses îles parfumées
Et puis ses beaux naufrages
Et ses saumons fumés

Au-dessus de la mer
Nous avons rencontré
La lune et les étoiles
Sur un bateau à voiles
Partant pour le Japon
Et les trois mousquetaires des cinq doigts de la main
Tournant la manivelle d’un petit sous-marin
Plongeant au fond des mers
Pour chercher des oursins

Revenant sur la terre
Nous avons rencontré
Sur la voie de chemin de fer
Une maison qui fuyait
Fuyait tout autour de la terre
Fuyait tout autour de la mer
Fuyait devant l’hiver
Qui voulait l’attraper

mais nous sur notre chemin de fer
On s’est mis à rouler
Rouler derrière l’hiver
Et on l’a écrasé
Et la maison s’est arrêtée
Et le printemps nous a salués

C’était lui le garde-barrière
Et il nous a bien remerciés
Et toutes les fleurs de toute la terre
Soudain se sont mises à pousser

Pousser à tort et à travers
Sur la voie du chemin de fer
Qui ne voulait plus avancer
De peur de les abîmer

Alors on est revenus à pied
A pied tout autour de la terre
A pied tout autour de la mer
Tout autour du soleil
De la lune et des étoiles
A pied à cheval en voiture et en bateau à voiles

(Jacques Prévert)

Illustration

 

 

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Ne parlez pas (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration: Josephine Wall
    
Ne parlez pas

Ne parlez pas Ne parlez pas Vous êtes
Un cercle du silence qui gravite
Jusqu’au coeur de la terre et jusqu’au bord du temps
Le silence vous vêt de son surpassement
Hors de soi hors du sang Écoutez battre
Métronome le pouls du monde époumoné
Ne parlez pas Toute parole est carnassière
Fourrure d’un renard qui cache ses rapines.

Ne parlez qu’avec les racines
que la langue en vous enterra
ce que votre bouche taira
reviendra nourrir l’origine.

Lorsque vous plongerez sans masque au fond des choses
Au fond des mots frôlant des monstres albinos
Peut-être glisserez-vous vers nos points de rencontre
Entre deux nuits Entre deux langues naufragées
Là où l’éveil survit en sa gangue émeraude
Là où gît l’épave camouflée des désirs
Ne parlez pas Ne parlez pas Votre silence
Est le silo où l’on engrangea tous les grains
Ceux de l’assomption et ceux de la pensée
Et ceux qui germent dans nos songes sous-marins.

(Charles Dobzynski)

 

Recueil: La scène primitive
Traduction:
Editions: De la Différence

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