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LE RIEUR ET LES POISSONS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE RIEUR ET LES POISSONS

On cherche les rieurs; et moi je les évite.
Cet art veut, sur tout autre, un suprême mérite.
Dieu ne créa que pour les sots
Les méchants diseurs de bons mots.
J’en vais peut-être en une fable
Introduire un ; peut-être aussi
Que quelqu’un trouvera que j’aurai réussi.

Un rieur était à la table
D’un financier; et n’avait en son coin
Que de petits poissons : tous les gros étaient loin.
Il prend donc les menus, puis leur parle à l’oreille,
Et puis il feint, à la pareille,
D’écouter leur réponse. On demeura surpris ;
Cela suspendit les esprits.
Le rieur alors, d’un ton sage,
Dit qu’il craignait qu’un sien ami,
Pour les grandes Indes parti,
N’eût depuis un an fait naufrage,
Il s’en informait donc à ce menu fretin ;
Mais tous lui répondaient qu’ils n’étaient pas d’un âge
A savoir au vrai son destin ;
Les gros en sauraient davantage.
 » N’en puis-je donc, Messieurs, un gros interroger ?  »
De dire si la compagnie
Prit goût à sa plaisanterie,
J’en doute, mais enfin il les sut engager
A lui servir d’un monstre assez vieux pour lui dire
Tous les noms des chercheurs de mondes inconnus
Qui n’en étaient pas revenus,
Et que, depuis cent ans, sous l’abîme avaient vus
Les anciens du vaste empire.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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DIALOGUE DE L’AMOUR INCONCEVABLE (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2017



 

Catherine Besnard  Connivence-Femme-coquillage 3 [1280x768]

DIALOGUE DE L’AMOUR INCONCEVABLE

Enroulé comme un coquillage
Qui cherche et trouve en lui sa fin,
Ton corps, cette île et ce naufrage,
Épuisé, n’a plus soif ni faim.

Tes bras, tes mains, quelle aventure
Les a dispersés tout autour
De ce qui fut, sur ta figure,
Celle qui leur donna le jour?

Cette lueur qui tremble toute
Sur le front que j’ai vu pâlir,
Quel aveu l’a mise en déroute,
Quel regard va l’ensevelir ?

J’interroge en vain le silence
Que nous inventons tous les deux
Dans la sourde et tendre cadence
D’un coeur qui sait ce que je veux.

Sous un ciel qui voudrait se taire
Pour devenir notre séjour,
As-tu découvert l’autre terre
Où l’amour répond à l’amour,

Où cette bouche qui respire
Livre à la flamme un tel secret
Qu’il n’est plus que flamme et délire
Dans la nuit de notre forêt,

Où cette main, sur ma poitrine,
Trace les grands signes de chair
Que tu pressens, que je devine
Dans le langage de l’éclair,

— Où tout ce qui fut et doit être
Nous aura demain confondus
Puisqu’en toi je veux disparaître
Et qu’en moi tu n’es déjà plus ?

(Louis Emié)

Illustration: Catherine Besnard

 

 

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Impressions (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Impressions

Des soleils naufragés
S’égarent sur la terre
Une robe de mousse s’ouvre
Sur la plaie de l’écorce
Blessure de lumière charnelle
Qui fait les silences rugueux.

Le vent pousse les nuages
Mais les cailloux se désespèrent
De troubler les reflets de l’eau
Les cloches de la soif tintent
Dans une église d’arbres
Les papillons de la pluie
Accourent vers ma fenêtre

(Jean-Baptiste Besnard)

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La Belle étoile (Paul Louis Rossi)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2017



 

La Belle étoile

Pour une fois encore
Je me suis laissé dériver
Dans le lacis des rues sombres
La barque a de nouveau quitté le port
Et j’ai oublié rames et boussole

Mystérieuses
Femmes ou statues
Façades de pierres ou visages de plâtre
Vous me prenez mes nuits
Vous mêlez malgré moi votre sang et le mien

Rien qui me hèle rien
Dans la solitude où j’erre
Aucune porte qui s’ouvre
Et cet envol de mouchoirs ne peut me retenir
Le courant est trop fort et le gouvernail est brisé

Laissez résignez-vous
Ne tendez pas la main au naufragé
Je vais rouler comme un caillou jusqu’à la mer
Et ne vous désolez pas sur son sort
Il a son éternité de mémoire d’innocence et d’oubli

Dans l’austérité amère de la nuit
Les étoiles s’éteignent à force de regards
C’est entre deux flots que se termine le voyage
Les phares clignent des yeux sur la côte
Je m’illumine soudain comme une algue de phosphore

(Paul Louis Rossi)

Illustration: Mikhail Larionov

 

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Vers l’autre bord des crépuscules (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Pieuvres du sommeil. Tentacules
Semant des éclats et des fleurs
dans mes yeux naufragés: lueurs
vers l’autre bord des crépuscules.

(Robert Ganzo)

Illustration: Michel Ogier

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Chanson de l’étranger (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Chanson de l’étranger

Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.

A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps?

Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer,
devenue l’eau glacée des tombes.

Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.

Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leonor Fini

 

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HOULE (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



HOULE

Nuit de houle où l’âme est, au large du corps,
cette lumière en lutte avec l’angoisse aux
mille tentacules, la pieuvre aux bras de glu,
de silence et de lis…
Des lilas pleuvent de la lune

La lueur du hublot
s’ouvre clair puis se perd
sous les gerbes d’écume

Nuage ?
Naufrage ?

Mais nul ne sait bientôt,
tant la nuit devient lisse,
s’il passe dans l’espace
ou glisse dans l’abysse
le navire enlacé
aux lames de lis noir…

(Christiane Barrillon)

Illustration: Albert Pinkham Ryder

 

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Le Coeur du Monde (Luciole)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Le Coeur du Monde

Ils sont
La sève des arbres
Le coeur du monde
Les yeux de l’aveugle
La substance des choses

Ils sont
Les forces souterraines
Animant les étoiles
Donnent à l’univers
Sa structure et sa forme

Ils sont
Le cri de révolte
De la vie torturée
Lavent de leur corps
La plaie de la corruption

Ils sont
Le regard du naufragé
Tendant les mains
Vers une promesse trahie
Vers un avenir achevé

Ecoutez-les
Ils ont
Mille visages
Ils sont de toujours
Ils enlacent l’infini
En une gerbe lumineuse

Quand l’un d’eux disparaît
S’éteint une étoile dans le ciel

Car chaque soleil qui meurt
Assombrit la nuit des humains

M’abandonne à la nuit
M’abandonne l’espoir
De demain

(Luciole)

https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Antonio Chacon

 

 

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Un grand Espoir s’écroula (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Un grand Espoir s’écroula
On ne perçut aucun bruit
Au-dedans était la Ruine
Ô Naufrage sournois
Qui ne se Trahit pas
Et n’admit nul Témoin

L’esprit bâti pour une Charge immense
Conçu pour la tourmente
Sombrant en Mer tant de fois
Et sur Terre, ostensiblement

Un refus de m’avouer la blessure
Et tant elle s’élargit
Que toute ma Vie s’y engouffra
Autour, ce n’étaient que failles –

Rabattu le simple couvercle qui bâillait au soleil
Jusqu’à ce que le tendre Menuisier
A jamais le cloue –

***

A great Hope fell
You heard no noise
The Ruin was within
Oh cunning Wreck
That told no Tale
And let no Witness in

The mind was built for mighty Freight
For dread occasion planned
How often foundering at Sea
Ostensibly, on Land

A not admitting the wound
Until it grew so wide
That all my Life had entered it
And there were troughs beside –

A closing of the simple lid that opened to the sun
Until the tender Carpenter
Perpetual nail it down –

(Emily Dickinson)


Illustration: Jacob-Peter Gowi

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Funérailles (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Je perçus des Funérailles, dans mon Cerveau,
Un Convoi allait et venait,
Il marchait – marchait sans fin – je crus
Que le Sens faisait irruption –

Puis quand tous furent assis,
Un Office, comme un Tambour –
Se mit à battre – on eût dit
Que mon esprit devenait gourd –

Puis j’entendis soulever une Caisse
Et de nouveau crisser dans mon Âme
Des pas, avec ces mêmes Bottes de Plomb,
Puis l’Espace – sonna le glas,

Comme si tous les Cieux étaient une Cloche,
Et l’Être, rien qu’une Oreille,
Et le Silence, et Moi, une Race étrange
Ici naufragée, solitaire –

Puis une Planche dans la Raison, céda,
Et je tombai, tombai encore –
Je heurtais un Monde, à chaque plongée,
Et Cessai de connaître – alors –

Combien obscurs les Hommes, les Pléiades,
Avant qu’un ciel soudain
Révèle qu’à jamais l’Un d’eux
Est soustrait à la vue –

Membres de l’Invisible, ils existent,
Sous nos yeux écarquillés,
Dans l’Immensité du Possible,
Insaisissables, comme l’Air –

Pourquoi ne pas Les avoir retenus ?
Les Cieux en souriant,
Frôlent nos Têtes désappointées,
Sans une syllabe –

(Emily Dickinson)

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