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Poésie

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POURQUOI? (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019




    
POURQUOI?

Il a besoin de réconfort
mon coeur sombre éparpillé

Dans les failles fangeuses des pierres
comme une herbe de ce pays
il veut trembler à la lumière doucement

Mais je ne suis
dans la fronde du temps
que l’écaille des pierres taraudées
sur la route improvisée
de la guerre

Depuis le jour
où il a regardé la face
immortelle du monde
tombant dans le labyrinthe
de son cœur soucieux
ce fou a voulu savoir

Il s’est aplati
comme un rail
ce coeur à l’écoute
mais il s’est découvert à suivre
comme un sillage
une navigation disparue

Je regarde l’horizon
qui se variole de cratères
Mon coeur veut s’illuminer
comme cette nuit
au moins de fusées

Je soutiens mon coeur
qui s’encave
et ébranle et gronde
comme un projectile
dans la plaine
mais qui ne me laisse
pas même un signe d’envol

Mon pauvre coeur
ahuri
de ne pas savoir

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Mer de Sulu (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Don Hong-Oai  -night-boats-lamps 00

Mer de Sulu
Mousson aux voiles de paille
ô immémoriale
fuyante moisson du vent.

*

Prahos caïques sampans
… vos chauds noms de fruits
dangereux comme des lames.

*

Coque à balancier, écorce
qui pèse le rêve
égal à l’immensité.

*

Antiques navigations
Savoir inconnu
de poissons mangeurs d’étoiles.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: Don Hong-Oai

 

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Penser (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Penser est une insistance incompréhensible,
quelque chose comme allonger le parfum de la rose
ou creuser des trous de lumière
dans un flanc de ténèbres.

Et c’est aussi faire passer quelque chose
dans une manœuvre insensée
d’un bateau imperturbablement coulé
à une navigation sans bateau.

Penser, c’est persister
dans une solitude sans retour.

***

Pensar es una incomprensible insistencia,
algo así como alargar el perfume de la rosa
o perforar agujeros de luz
en un costado de tiniebla.

Y es también trasbordar algo
en insensata maniobra
desde un barco inconmoviblemente hundido
a una navegación sin barco.

Pensar es insistir
en una soledad sin retorno.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Dixième poésie verticale
Traduction: François-Michel Durazzo
Editions: José Corti

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NAVIGATION (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



NAVIGATION

Distance issue de la distance
L’apparition du monde : la terre s’écoule
Des yeux qui la contemplent, souveraine.
derrière elle, un autre lointain, immense, meurt.

***

NAVEGAÇAO
Distância da distância derivada
Aparição do mundo : a terra escorre
Pelos olhos que a vêem revelada.
E atrás urn outro longe imenso morre.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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ATTENTE (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

ATTENTE

Je me couche tard
J’attends une forme de silence
Qui n’arrive jamais tôt
J’attends l’intensité la concentration de l’heure tardive
Ardente et nue
C’est alors que les miroirs resplendissent de leur deuxième éclat
C’est alors qu’on voit le dessin du vide
C’est alors qu’on voit soudain
Notre propre main posée sur la table

C’est alors qu’on voit le passage du silence
Navigation très ancienne et solennelle

***

ESPERA

Deito-me tarde
Espero por uma especie de silêncio
Que nunca chega cedo
Espero a atenção a concentração da hora tardia
Ardente e nua
É então que os espelhos acendem o seu segundo brilho
É então que se vê o desenho do vazio
É então que se vê subitamente
A nossa própria mão poisada sobre a mesa

É então que se ve o passar do silêncio

Navegação antiquíssima e solene

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 Illustration: Francine Van Hove

 

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Il a besoin de réconfort mon coeur sombre éparpillé (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2016



 

Il a besoin de réconfort
mon coeur sombre éparpillé

Dans les failles fangeuses des pierres
comme une herbe de ce pays
il veut trembler à la lumière doucement

Mais je ne suis
dans la fronde du temps
que l’écaille des pierres taraudées
sur la route improvisée
de la guerre

Depuis le jour
où il a regardé la face
immortelle du monde
tombant dans le labyrinthe
de son coeur soucieux
ce fou a voulu savoir

Il s’est aplati
comme un rail
ce coeur à l’écoute
mais il s’est découvert à suivre
comme un sillage
une navigation disparue

(Giuseppe Ungaretti)

Illustration: Jaime Zollars

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LA NAVIGATION DE BRAN (Poésie Irlandaise)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2016



David Rooney  chaudron de Bran f [800x600]

LA NAVIGATION DE BRAN

Bran trouve que c’est grande merveille
d’aller en barque sur la mer claire
mais moi, au loin sur mon char, je le vois
chevaucher sur une plaine fleurie

Ce qui est la mer claire
pour le bateau à proue de Bran
c’est une plaine d’or fleurie
pour moi de mon char à deux roues

Les yeux de Bran
voient les vagues de la mer
moi, dans la plaine des Jeux, je vois
des fleurs à têtes rouges

Les chevaux de mer brillent à l’été
aussi loin que Bran étend son regard
des rivières versent des flots de miel
sur les terres de Manannân fils de Lêr

Cette couleur de la mer où tu navigues
cette teinte blanche de la mer que fendent les rames
c’est du jaune et du bleu mêlés
c’est de la terre qui n’est pas dure

Des saumons tachetés surgissent du fond
de la mer blanche que tu vois
ce sont des veaux des agneaux de couleur
qui vont et viennent en jouant

On ne voit qu’un conducteur de char
dans la plaine d’or fleurie
il y a pourtant de nombreux coursiers
mais cela tu ne peux le savoir

C’est sur le sommet d’un bois que flotte
ta barque à travers les cimes
il y a un bois remplis de beaux fruits
sous la proue de ton bateau

Un bois de fleurs et de fruits
où l’on sent l’odeur du vin
bois sans défaut ni déclin
où les feuilles sont couleur d’or

La Navigation de Bran, fils de Fébal.

(Poésie Irlandaise)

 Illustration

 

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LA VIE VOYAGE (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2015



Carl Warner _01

LA VIE VOYAGE

Aucune marche
Aucune navigation
N’égalent celles de la vie
S’actionnant dans tes vaisseaux
Se centrant dans l’îlot du coeur
Se déplaçant d’âge en âge

Aucune exploration
Aucune géologie
Ne se comparent aux circuits du sang
Aux alluvions du corps
Aux éruptions de l’âme

Aucune ascension
Aucun sommet
Ne dominent l’instant
Où t’octroyant forme
La vie te prêta vie
Les versants du monde
Et les ressources du jour

Aucun pays
Aucun périple
Ne rivalisent avec ce bref parcours :

Voyage très singulier
De la vie
Devenue Toi.

(Andrée Chedid)

Illustration: Carl Warner

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