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Poésie

Posts Tagged ‘naviguer’

Salut (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020



Salut

Rien, cette écume, vierge vers
A ne désigner que la coupe;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l’envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l’avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d’hivers;

Une ivresse belle m’engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
A n’importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Victor-Louis Mottez

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BESTIAIRE DES AMANTS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Illustration: Pierre Paul Rubens
    
BESTIAIRE DES AMANTS

Amants endormez-vous
après de tendres soins
serrez-vous aimez-vous
vos rêves iront loin
Bien au-delà du jour
au profond du sommeil
du bon-chaud de l’amour
renaîtra le soleil
Un écureuil viendra
Entre vos deux orteils
un lézard glissera
Tous vos amis de nuit
la loutre et le renard
le chat et la fourmi
accourront sans retard
à pas feutrés de rêve
jusqu’au chant de l’alouette
et se mélangeront
sans mordre ni crier
au jaune hérisson
à la fauvette huppée
Les hôtes amicaux
viendront à pas feutrés
jusqu’au cocorico
d’un grand coq très distrait
qui chassera enfin
cette ménagerie
que la soif ni la faim
n’auront jamais surpris
Sur la main de l’enfant aimée
un rossignol vient et se pose
(La gazelle viendrait aussi
mais elle a peur et elle n’ose)

La truite et le chien de mer
s’en vont naviguant de conserve
Le toucan l’étoile de mer
restent tous deux sur la réserve
Devant le bélier qui insiste
pour que le chat touche à ses cornes
ne sachant trop si elle existe
longuement pleure la licorne
La taupe et le corbeau
s’en vont à petits pas
Le renard les chevaux
marchent tout près du rat
et la chauve-souris
veille sur la dormeuse
tandis qu’une perdrix
lui chante une berceuse
La girafe et le chien
le lion le pangolin
le zèbre et la vigogne
flairent les endormis
les lèchent doucement
et parlent en amis
aux fidèles amants
qui s’éveillent enfin
lorsque le réveil sonne
et leur rend leur matin
de vraies grandes personnes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Se faire bactérie (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2020



Se faire bactérie
Pour aller naviguer
Dans son propre corps,

Tout voir
De près.

(Guillevic)

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LA GRANDE MIGRATION (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2020




    
LA GRANDE MIGRATION

À perte de nuit la nuit froide et claire
On entend caqueter très haut un long vol d’oies sauvages
en figure de proue (la tribu navigue en forme de V
et les vieux jars expérimentés se relaient

pour ouvrir la route du vol en éperon)
Malgré la transparence obscure de l’espace
on ne voit pas la flottille bruissante d’ailes
qui tient son cap patient vers le lointain sud

mais seulement les feux de position
des autres grandes migratrices au-dessus de nous
les silencieuses les très froides les étoiles de la Galaxie
qui dérivent inexorablement dans l’Univers en expansion

Et toi et moi nous deux ensemble
à cet instant où nous nous croyons immobiles
nous faisons pourtant route nous aussi nous migrons
Vers quelle saison ? Vers quel rivage ? Vers quel silence ?

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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ODE AU NAVIRE DANS LA BOUTEILLE (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2019




ODE AU NAVIRE DANS LA BOUTEILLE

Jamais
personne n’a navigué
comme sur ton bateau :
le jour
transparent
n’a jamais eu
d’embarcation
pareille
ce minime pétale
de verre
qui emprisonna
tes formes
de rosée,
bouteille,
au vent
de qui
va le voilier,
bouteille,
oui,
ou vivante
traversée,
essence
du trajet,
capsule
de l’amour sur les vagues,
oeuvre
des sirènes!

Je sais que
dans ta gorge
délicate
sont entrés
de tout petits
charpentiers
volant
sur une abeille, des mouches portant
sur leur dos
des outillages,
des clous, planches,
cordages
minuscules,
et ainsi dans une bouteille
le navire parfait
a grandi :
la coque fut noyau de sa beauté,
dressant ses mâts fins comme épingles.

Alors
à
ses
tou-
tes
pe-
tites
îles
retourna tout le chantier
et pour naviguer
entra
dans la bouteille
en chantant,
minuscule et bleu,
l’équipage.

Ainsi, bouteille,
au milieu
de ta
mer, de ton ciel,
s’est dressé
un navire,
petit,
oui,
minuscule
pour cette immense mer qui l’attendait :

la vérité
est que personne
ne l’a construit
et qu’il ne voguera jamais que dans les songes.

(Pablo Neruda)

Illustration

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Mathilde (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Mathilde, nom de plante ou de pierre ou de vin,
nom de ce qui est né de la terre, et qui dure,
la croissance d’un mot a fait lever le jour,
dans l’été de ton nom éclatent les citrons.

Sur ce nom vont courant les navires de bois
entourés par l’essaim bleu marine du feu,
les lettres de ton nom sont l’eau d’une rivière
qui viendrait se jeter en mon coeur calciné.

Oh ce nom découvert sous un volubilis,
nom semblable à l’entrée d’un tunnel inconnu
qui communique avec tous les parfums du monde !

Oh envahis-moi de ta bouche qui me brûle,
cherche en moi, si tu veux, de tes yeux de nuit, mais
laisse-moi naviguer et dormir sur ton nom.

***

Matilde, nombre de planta o piedra o vino,
de lo que nace de la tierra y dura,
palabra en cuyo crecimiento amanece,
en cuyo estío estalla la luz de los limones.

En ese nombre corren navíos de madera
rodeados por enjambres de fuego azul marino,
y esas letras son el agua de un río
que desemboca en mi corazón calcinado.

Oh nombre descubierto bajo una enredadera
corno la puerta de un túnel desconocido
que comunica con la fragancia del mundo !

Oh invádeme con tu boca abrasadora,
indágame, si quieres, con tus ojos nocturnos,
pero en tu nombre déjame navegar y dormir.

(Pablo Neruda)

 

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Illusion de jardins accomplis (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2019



Aux racines du rêve
et dans la chair gourmande

Encordés aux mots
à l’affût des étoiles

Nous naviguons vers l’illusion de jardins accomplis

(Andrée Chedid)

Illustration: Marc Chagall

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Avec constance (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019


 


 

Jeanie Tomanek tinydreamboat

Avec constance tu balaies les vents qui te rafraîchiraient
quelle lourdeur de ne pas savoir où aller quand les dauphins emplissent d’arcs la mer
Mais voilà j’ai navigué et je n’ai rien appris et je vivrais mieux si j’ignorais que je vis

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Le laboureur du soleil (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Le laboureur du soleil

J’ai pris
tes cheveux un à un
j’ai tissé une barque

Dans la brise de tes yeux
j’ai navigué vers les îles
aux tulipes bleues

Il neigeait
sur les coquelicots
de tes lèvres

Triste
était l’enfant
qui avait faim

Il pleuvait
des étoiles
sur le toit de mon coeur

J’ai pris
ta main de lune
et j’ai fait un pain

(Tahar Bekri)

 

 

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Je m’ensevelis dans le sable blanc (Marie-Marcelle Ferjuste)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2019



 

Je m’ensevelis dans le sable blanc
Comme les huîtres s’y engloutissent
pendant que pleurent les écrevisses
et se courbent les flamboyants
Dans le va-et-vient des lames
Je regarde le bleu de la mer
Où monte un doux Pater Noster
tandis qu’arrivent les rames
À l’ombre des cocotiers
au loin je vois naviguer les voiliers
quand sur le sable descend le soir
Au fur et à mesure au gré des flots
le sable blanc devient noir très noir
et l’univers se ferme sur mon visage

(Marie-Marcelle Ferjuste)

Illustration: William Bouguereau

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