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Posts Tagged ‘navré’

La douleur te laissa sans âme (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



 

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(La vérité et Grünewald)

La douleur te laissa
sans âme, comme morte.
Et tu tombas, lourde et sans poids, entre les bras
de qui te navrait,
en une concession totale de vie et de mort.

Quelle fleur flétrie
ainsi belle plus tristement, lis blanc
de chair exacte et légère, doux nard de ce monde,
presque une étoile alors d’un autre monde ;
nard de l’entre deux mondes ?

Là, sur le sol noir, tu semblais,
non pas un corps avec une âme en ascension
mais une âme tombée d’un corps céleste.
mal tenue dans des bras
qui ne te comprenaient pas —,
tâche lunaire de lune errante
sur la misérable scorie ;
tâche lunaire de lune errante !

***

(La verdad y Grünewald)

La pena te dejó
sin alma, como muerta.
Y te caíste, ingrávida y pesada, entre los brazos
de quien te lastimaba,
en una concesión total de vida y muerte.
¿Qué flor marchita
más tristemente bella así, azucena
de carne exacta y leve, dulce nardo de este mundo,
entonces casi estrella de otro mundo;
nardo de entre dos mundos?
No cuerpo con el alma en ascensión
sino alma caída de cuerpo celestial
parecías allí, en el suelo negro
—mal tenida por brazos
que no te comprendían—,
¡lunar de luna errante
sobre la miserable escoria;
lunar de luna errante!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Matthias Grünewald

 

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ESPÈCE D’ART POÉTIQUE (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
ESPÈCE D’ART POÉTIQUE

Goutte du crapaud sanglote
Des étoiles plein les toits.
Comme lui, donne ta note
Sans jamais forcer la voix,

Et sauve une ombre, une rose,
La caresse d’un tambour,
Les plaines noyées de songe,
Les danses du temps jadis,

La lourde paix des villages
Écartelés de chaleur,
Les yeux des chats sur la neige,
Les flambées des Chandeleurs.

Tout ce qui fait le coeur sourd
Quand on marche vers les tentes
Navré d’une pluie battante
Dans les pays des labours.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sonnet III (Louise Labé)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2018



Illustration: Domenico Ghirlandaio

Louise Labé
    
Sonnet III

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
A engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines !

Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières,
Du cœur transi ô passions premières,
Estimez-vous croître encore mes peines ?

Qu’encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveaux feux me jette et nouveaux dards,
Qu’il se dépite, et pis qu’il pourra fasse :

Car je suis tant navrée en toutes parts
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m’empirer, ne pourrait trouver place.

(Louise Labé)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres poétiques
Traduction:
Editions: Gallimard

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SAINT THOMAS (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




    
SAINT THOMAS

Poète ! René Guy Cadou ?
Mais montrez-moi trace des clous !

Montrez l’eau vive où il s’abreuve
Montrez rabots et planches neuves !

Montrez-le-moi sur le sentier
Larron avec le fer aux pieds !

Le toucherais l’écouterais
D’un doigt posé dedans la plaie

Reconnaîtrais qu’il s’agit bien
D’un Dieu déchu ou d’un vaurien

Montrez-le-moi de but en blanc
Agenouillé comme un enfant

Dans la maison couleur de pomme
Devant la femme ou devant l’Homme

Bègue à moitié navré transi
Montrez-le-moi quand il écrit

Ces mots à tort et à travers
Pareils aux vagues de la mer.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Bouquet (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



 Illustration
    
Bouquet

Plus de jours ténébreux, plus d’ombres monotones,
Le rêve que j’ai fait les métamorphosa,
Le printemps a jailli des mauves anémones,
Des roses, des oeillets, de l’or des mimosas.

Une abeille à travers mon coeur vibre et chantonne
Sous les rameaux pourprés et que l’aube arrosa,
Et mon bois tout entier ensoleillé résonne,
Clavecin qu’effleura jadis Cimarosa.

Le vent qui me caresse a la tiédeur d’un cygne
Et loin de ce qui fait qu’on pleure et se résigne,
Des horizons brumeux et des désirs navrés,

Je savoure, oublieux des heures affadies,
Les parfums s’exhalant des tiges alourdies,
Doux comme des aveux aux lèvres soupirés.

(Marie Dauguet)

 

 

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Il y a un Dernier Wagon Solitaire (David Vogel)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2017



Il y a un Dernier Wagon Solitaire

Il y a un dernier wagon solitaire sur le point de partir.
Entrons-y et partons
Car il n’attendra pas.

J’ai vu des fillettes partir doucement,
Leurs visages tristes,
Avec l’air honteux et navré,
Comme des couchers de soleil pourpres,
Et des enfants roses potelés,
Qui sont partis simplement
Parce qu’on les avait appelés

Et j’ai vu des hommes
Qui avaient marché fièrement, bien droits, dans les rues de par le monde,
Dont les grands yeux parcouraient
Une vaste étendue,
Eux aussi sont entrés calmement
Et ils sont partis.

Et nous sommes les derniers.
Le jour tombe.
Le dernier wagon solitaire est sur le point de partir.
Entrons-y calmement
Et partons,
Car il n’attendra pas.

(David Vogel)

 

 

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Feuilles ou étincelles de la mer (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2017



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Feuilles ou étincelles de la mer
ou temps qui brille éparpillé

Ces eaux, ces feux ensemble dans la combe
et les montagnes suspendues :
le cœur me faut soudain,
comme enlevé trop haut

Peu m’importe le commencement du monde

Maintenant ses feuilles bougent
maintenant c’est un arbre immense
dont je touche le bois navré

Et la lumière à travers lui
brille de larmes

(Philippe Jaccottet)

 

 

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Conte d’amour VIII (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Conte d’amour VIII

Ne ternis pas de pleurs les mystiques prunelles
De tes grands yeux navrés, striés d’or et d’agate ;
Laisse-la t’emporter, la berceuse frégate,
Par les immensités des vagues solennelles.

Triste, je rêverai, pendant mes nuits moroses,
De baisers alanguis et de caresses brusques,
De nids capitonnés où des coupes étrusques
S’exhalent les ennuis des chlorotiques roses.

Et l’absence irritant le désir qu’elle rive,
Ma passion tenace où le souvenir veille
Montera dans mon coeur, débordante et pareille
Aux fluviales eaux qui grondent sur la rive.

(Jean Moréas)

 

 

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Retouche au chagrin (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2015



 

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retouche au chagrin

le mufle navré du ciel
pousse le paysage
et laisse au détour des ruines
la mémoire et ses nids dans le mur de l’amour

(Daniel Boulanger)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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