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Posts Tagged ‘(Nazim Hikmet)’

Aujourd’hui c’est dimanche (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019



 

Illustration: Oscar Bento
    
Aujourd’hui c’est dimanche.
Aujourd’hui pour la première fois ils m’ont laissé sortir dehors au soleil.
Pour la première fois de ma vie j’ai été étonné
que le ciel soit si éloigné
et si bleu
et si démesuré.
Plein de respect je me suis assis par terre
et j’ai appuyé mon dos contre le mur blanc.
Qui se soucie des vagues dans lesquelles j’aime me plonger
ou de lutte, ou de liberté, ou de ma femme en ce moment.
La terre, le soleil et moi…
Je me sens heureux.

***

Azi e duminică.
E prima zi în care îmi e permis să ies la soare.
Și tot pentru întâia oară în viața mea mă minunez
de depărtarea
și de albastrul
înaltului zenit.
Mă așez smerit
cu spatele la zid.
Gust clipa fără de avântări prin valuri,
o clipă fără lupte, chiar și fără soție.
Numai pământul, soarele și eu…
Sunt fericit…

***

***

Hoy es domingo.
Por primera vez me han dejado salir a tomar el sol.
Y, por primera vez en mi vida,
me sorprende contemplar el cielo
tan lejano,
tan azul,
tan inmenso.
Me he sentado en el suelo con respeto,
apoyando mi espalda sobre la pared blanca.
Qué importan ahora las olas en las que sumergirme,
no poder luchar, no estar libre o no tener mujer.
La tierra, el sol y yo…
soy un hombre dichoso…

***

***

Oggi è domenica.
Oggi mi hanno lasciato uscire al sole, ed è la prima volta.
E per la prima volta nella vita sono rimasto immobile
sorpreso di quanto il cielo sia lontano,
e blu
e immenso.
Poi mi sono seduto sulla terra con rispetto,
la schiena contro il muro.
Adesso niente scherzi,
né lotta e libertà, e non mia moglie.
La terra, il sole ed io…
Sono un uomo felice…

***

Today is Sunday.
They took me out for the first time into the sun today.
And for the first time in my life I was amazed
That the sky is so far away
And so blue
And so vast
I stood there without a motion.
Then I sat on the ground with respectful devotion
Leaning against the white wall.
Who cares about the waves with which I yearn to roll?
Or about strife or freedom or my wife right now.
The earth, the sun and me…
I feel happy.

***

Vandaag is het zondag.
Vandaag hebben ze mij voor de eerste keer naar buiten in de zon laten gaan.
Voor de eerste keer in mijn leven was ik erover verbaasd
dat de hemel zo veraf is
en zo blauw
en zo immens.
Vol ontzag ging ik op de grond zitten,
en leunde mijn rug tegen de witte muur.
Wie geeft om de golven waarin ik mij graag onderdompel,
of om strijd, of om vrijheid, of om mijn vrouw op dit moment
De aarde, de zon en ik…
Ik voel mij gelukkig.

***

Μ’ έβγαλαν για πρώτη φορά έξω στον ήλιο
Και πρώτη φορά στη ζωή μου κατάλαβα
πως ο ουρανός είναι τόσο μακρινός
και τόσο γαλάζιος
κι απέραντος.
Έμεινα ακίνητος σαν μαρμαρωμένος.
Μετά έκατσα στο χώμα με σχετική ευλάβεια
κι ακούμπησα την πλάτη μου στον λευκό τοίχο.
Τότε γιατί αναζητώ να παίξω με τα κύματα;
Γιατί τότε ν’ ανησυχώ για την ελευθερία
ή για πώς είναι η γυναίκα μου αυτή τη στιγμή;
Τώρα μόνο η γη,
ο ήλιος κι εγώ
Ευτυχία.

***

***

今天是星期天。
今天他们第一次带我出去晒太阳。
我这辈子第一次感到惊讶
天空如此遥远
那么蓝
如此辽阔
我站在那里一动不动。
然后我虔诚地坐在地上
靠在白色的墙上。
谁现在还在乎我渴望翻滚的海浪?
还在意冲突、自由或我的妻子。
地球、太阳和我…
我感到快乐。

(Nâzim Hikmet)

Recueil: ITHACA 597
Traduction: Français Germain Droogenbroodt et Elisabeth Gerlache / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Arabe / Espagnol Rafael Carcelén / Hébreu Dorit Wiseman / Italien Fabrizio Beltrami – Francesco Boraldo / Anglais Germain Droogenbroodt / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Grec Manolis Aligizakis / Hindi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou
Editions: POINT

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COMME KEREM (Nazim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



torture

COMME KEREM

L’air est lourd comme du plomb
Je crie
Je crie
Je crie

Je crie
Venez vite
je vous invite
à faire fondre
du plomb.

Il me dit :
« Tu prendras feu à ta propre voix
et cendre tu deviendras
comme Kerem
brûlé à son amour. »

‘Tant
de misères,
si peu
d’amis.’
Les oreilles des coeurs
sont sourdes.
L’air est lourd comme du plomb.

Et moi je luis dis:
« Que je brûle
Que cendre je devienne
comme Kerem.

Si je ne brûle pas
si tu ne brûles pas
si nous ne brûlons pas
comment les ténèbres
deviendront-elles
clarté. »

L’air est gros comme la terre
L’air est lourd comme du plomb
Je crie
Je crie
Je crie
Je crie

Venez vite
je vous invite
à faire fondre
du plomb.

(Nazim Hikmet)

 Illustration: Amnesty International

 

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LA GRANDE HUMANITÉ (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018



 

LA GRANDE HUMANITÉ

La grande humanité voyage sur le pont des navires
Dans les trains en troisième classe
Sur les routes elle marche
La grande humanité

La grande humanité s’en va au travail à huit heures
Elle se marie à vingt ans
Meurt à quarante
La grande humanité

Sauf à la grande humanité le pain suffit à tous
Pour le riz c’est pareil
Pour le sucre c’est pareil
Pour le tissu pareil
Pour le livre pareil
Cela suffit à tous sauf à la grande humanité.

ll n’est pas d’ombre sur la terre de la grande humanité
Pas de lanternes dans ses rues
Pas de vitres à ses fenêtres
Mais elle a son espoir la grande humanité
On ne peut vivre sans espoir.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Tarsila do Amaral

 

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MA MAIN DROITE (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018




MA MAIN DROITE

Ma main droite sur la table,
si je l’appelais, m’écouterait-elle ?
Ma main droite sur la table
bonjour ma main droite, bonjour.

Ma main droite sur la table,
veinée, ridée, tachée de son.
Cela se voit, la main de ce vieillard
n’est pas rassasiée du monde.

Dur est le bois, douce la paume,
les cinq doigts s’ouvrent, se referment,
elle couvrira ta main, femme aimée,
ma main droite sur la table.

Ma main droite, ma main droite, ma main droite.

Ma main droite me couvre le visage
lorsque je sens venir les larmes.
Ma main droite me couvre le visage
lorsqu’une amitié meurt en moi.

Si je commets une faute grave,
mes yeux ont de moi grande honte,
mon coude à mon genou s’appuie,
ma main droite me couvre le visage.

Ma main droite me couvre le visage.
Il neige sur les bois, au-dehors.
Ma main droite me couvre le visage.
Je vogue vers un port tout en or.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Alison Skaggs

 

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A PROPOS DE TOI ENCORE (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

A PROPOS DE TOI ENCORE

I

J’aime en toi
l’aventure du navire en route vers le pôle
J’aime en toi
l’audace des joueurs de grandes découvertes
J’aime en toi le lointain
j’aime en toi l’impossible
J’entre en tes yeux comme en une forêt
toute pleine de soleil
Et moi, suant, affamé et rageur
j’ai la passion du chasseur
pour mordre dans ta chair.
J’aime en toi l’impossible
mais nullement le désespoir.

II

Tu es ma servitude et ma liberté
tu es ma chair qui brûle
Comme la chair nue des nuits d’été
Tu es mon pays
Toi, avec les stries vertes de tes yeux bruns
Toi, superbe et victorieuse
Tu es ma nostalgie
De te savoir inaccessible au moment
où je t’atteins.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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Je suis dans la clarté qui s’avance (Nazim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



Je suis dans la clarté qui s’avance
Mes mains sont pleines de désirs, le monde est beau.

Mes yeux ne se lassent pas de voir les arbres,
Les arbres si pleins d’espoir, si verts.

Un sentier ensoleillé s’en va à travers les mûriers
Je suis à la fenêtre de l’infirmerie.

Je ne sens pas l’odeur des médicaments,
Les oeillets ont dû s’ouvrir quelque part.

Etre captif, là n’est pas la question,
Il s’agit de ne pas se rendre, voilà.

(Nazim Hikmet)

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Mon âme est le reflet du monde qui m’entoure (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016




Mon âme est le reflet du monde qui m’entoure.
Elle n’existe pas sans lui, ne mûrit pas un autre secret.
L’image la plus éloignée et la plus proche du réel
Est la beauté de ma bien-aimée dont je reflète la lumière.

*

Impossible d’étreindre ton image qui reste en moi
Dire que pourtant tu es là, dans ma ville, en chair et en os
Réels sont tes grands yeux, ta bouche vermeille dont m’est interdit le miel
Ton abandon d’eau rebelle, ta blancheur que ma lèvre n’atteint pas.

*

L’image de ma bien-aimée me parla un beau jour :
« Je suis et elle n’est pas » dit-elle du fond du miroir.
Je frappai, la glace se brisa, l’image disparut.
Ma bien-aimée était toujours là-bas saine et sauve.

*

Elle m’embrassa : « Ce sont des lèvres réelles comme le monde », dit-elle
« Ce parfum s’exhale de mes cheveux et non de ton imagination », dit-elle
« Les étoiles existent, bien que les aveugles ne les voient pas,
Contemple-les dans le ciel ou dans mes yeux », dit-elle.

*

Ruches emplies de miel
Tes yeux, je dis pleins de soleil
Tes yeux, ma bien-aimée, se rempliront de terre
Et le miel emplira d’autres ruches.

*

Ni de lumière
Ni de boue
Mais de la même pâte sont pétries
Ma bien-aimée, sa chatte et la perle bleue qu’elle porte au cou.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Alex Alemany

 

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Ni entendre une voix de l’au-delà (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



Ni entendre une voix de l’au-delà.
Ni mettre dans le tissu des lignes
la chose ineffable.
Ni ciseler la rime avec le soin d’un orfèvre.
Ni belles paroles, ni verbe profond…
Ce soir, Dieu soit loué,
je suis au-dessus
bien au-dessus de tout cela.

(Nâzim Hikmet)

Découvert ici: https://unproductivepoetry.wordpress.com/

Illustration

 

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Mes frères (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



 

Mes frères
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis asiatique
En dépit de mes yeux bleus je suis africain

Chez moi, là-bas, les arbres n’ont pas d’ombre à leur pied
Tout comme les vôtres, là-bas.
Chez moi, là-bas, le pain quotidien est dans la gueule du lion.
Et les dragons sont couchés devant les fontaines
Et l’on meurt chez moi avant la cinquantaine
Tout comme chez vous là-bas.
En dépit de mes cheveux blonds
Je suis asiatique
En dépit de mes yeux bleus
Je suis africain

Quatre-vingts pour cent des miens ne savent ni lire ni écrire,
Et cheminant de bouche en bouche les poèmes deviennent chansons
Là-bas, chez moi, les poèmes deviennent drapeaux
Tout comme chez vous, là-bas.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Luc Guillermo

 

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Par-dessus les toits de ma ville lointaine (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016




Par-dessus les toits de ma ville lointaine
Et le fond de la mer de Marmara,
Par-delà les terres de l’automne,
M’est parvenue
Ta voix humide et mûre.
Cela dura trois minutes
Et puis le téléphone sombra.

*

La plus belle des mers
est celle où l’on n’est pas encore allé.
Le plus beau des enfants
n’ a pas encore grandi.
Les plus beaux jours
Les plus beaux
de nos jours
on ne les a pas encore vécus.
Et ce que moi je voudrais te dire de plus beau
je ne l’ai pas encore dit.

*

Que fait-elle maintenant,
Maintenant, en cet instant ?
Chez elle ? dans la rue ?
Au travail ? allongée ? debout ?
Peut-être lève-t-elle le bras ?
O ma rose,
Comme ce mouvement découvre soudain
Ton poignet blanc et rond
Que fait-elle maintenant,
Maintenant, en cet instant ?
Un petit chat sur les genoux
Elle le caresse.
Ou peut-être marche-t-elle.
Voilà son pied qui s’avance.
0 tes pieds, tes chers pieds,
Pieds qui marchent dans mon âme,
Pieds qui illuminent mes jours noirs.
À qui pense-t-elle ?
À moi ? ou… que sais-je,

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Coral Silverman

 

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