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Poésie

Posts Tagged ‘nécessaire’

À GYRINNO (Pierre Louÿs)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2018



Illustration: Francine Van Hove
    
À GYRINNO

Ne crois pas que je t’aie aimée.
Je t’ai mangée comme une figue mûre,
je t’ai bue comme une eau ardente,
je t’ai portée autour de moi comme une ceinture de peau.

Je me suis amusée de ton corps,
parce que tu as les cheveux courts,
les seins en pointe sur ton corps maigre,
et les mamelons noirs comme deux petites dattes.

Comme il faut de l’eau et des fruits,
une femme aussi est nécessaire,
mais déjà je ne sais plus ton nom,
toi qui as passé dans mes bras comme l’ombre d’une autre adorée.

Entre ta chair et la mienne, un rêve brûlant m’a possédée.
Je te serrais sur moi comme sur une blessure et je criais :
Mnasidika! Mnasidika! Mnasidika!

(Pierre Louÿs)

 

Recueil: Les chansons de Bilitis
Traduction:
Editions: Gallimard
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Dénuement. Dénouement (Vincent La Soudière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
Dénuement. Dénouement.
Fais confiance à ce rythme linéaire.
Il contient tout le nécessaire.

(Vincent La Soudière)

 

Recueil: Brisants
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Le premier « objet » de la pensée (Vincent La Soudière)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




Illustration: Odilon Redon

    
Le premier « objet » de la pensée,
c’est l’Absolu.

L’unique nécessaire.
Le reste n’est que transactions
et petite monnaie.

(Vincent La Soudière)

 

Recueil: Brisants
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 juillet 2018



Illustration: Laurence Dutilleul
    
Inaugurer la transparence.
Voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête,
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence,
parce que l’au-delà et l’en-deçà se sont unis.

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Pourquoi cet obstiné refus du plaisir (Charles Juliet)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2018




    
Pourquoi cet obstiné
refus du plaisir
pourquoi ce refus de la vie

tout un pan
de la vieille Espagne
dans ce monastère
enfoncé sous la roche

mêlé à la roche
écrasé par la roche
San Juan de la Peña

enfoui je ne sais où
au plus reculé
de l’Espagne profonde

génération après génération
les centaines les milliers d’hommes
affamés assoiffés
qui ont dépéri là
loin de la femme
et de sa chair bienfaisante
loin des bontés des orages
des ivresses de la vie

pourquoi ce rejet
du corps
pourquoi ce mortel
refus de soi

pourquoi ces existences
verrouillées
acharnées à arracher
ce qui grondait
dans le sang
et voulait s’épanouir

le nécessaire bonheur d’être
se refuse aux âmes
et aux corps asséchés

(Charles Juliet)

 

Recueil: L’Opulence de la nuit
Traduction:
Editions: P.O.L.

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Être aimé (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



 

Être aimé

Écoute-moi. Voici la chose nécessaire :
Être aimé. Hors de là rien n’existe, entends-tu ?
Être aimé, c’est l’honneur, le devoir, la vertu,
C’est Dieu, c’est le démon, c’est tout. J’aime, et l’on m’aime.
Cela dit, tout est dit. Pour que je sois moi-même,
Fier, content, respirant l’air libre à pleins poumons,
Il faut que j’aie une ombre et qu’elle dise : Aimons !
Il faut que de mon âme une autre âme se double,
Il faut que, si je suis absent, quelqu’un se trouble,
Et, me cherchant des yeux, murmure : Où donc est-il ?
Si personne ne dit cela, je sens l’exil,
L’anathème et l’hiver sur moi, je suis terrible,
Je suis maudit. Le grain que rejette le crible,
C’est l’homme sans foyer, sans but, épars au vent.
Ah ! celui qui n’est pas aimé, n’est pas vivant.
Quoi, nul ne vous choisit ! Quoi, rien ne vous préfère !
A quoi bon l’univers ? l’âme qu’on a, qu’en faire ?
Que faire d’un regard dont personne ne veut ?
La vie attend l’amour, le fil cherche le noeud.
Flotter au hasard ? Non ! Le frisson vous pénètre ;
L’avenir s’ouvre ainsi qu’une pâle fenêtre ;
Où mettra-t-on sa vie et son rêve ? On se croit
Orphelin ; l’azur semble ironique, on a froid ;
Quoi ! ne plaire à personne au monde ! rien n’apaise
Cette honte sinistre ; on languit, l’heure pèse,
Demain, qu’on sent venir triste, attriste aujourd’hui,
Que faire ? où fuir ? On est seul dans l’immense ennui.
Une maîtresse, c’est quelqu’un dont on est maître ;
Ayons cela. Soyons aimé, non par un être
Grand et puissant, déesse ou dieu. Ceci n’est pas
La question. Aimons ! Cela suffit. Mes pas
Cessent d’être perdus si quelqu’un les regarde.
Ah ! vil monde, passants vagues, foule hagarde,
Sombre table de jeu, caverne sans rayons !
Qu’est-ce que je viens faire à ce tripot, voyons ?
J’y bâille. Si de moi personne ne s’occupe,
Le sort est un escroc, et je suis une dupe.
J’aspire à me brûler la cervelle. Ah ! quel deuil !
Quoi rien ! pas un soupir pour vous, pas un coup d’oeil !
Que le fuseau des jours lentement se dévide !
Hélas ! comme le coeur est lourd quand il est vide !
Comment porter ce poids énorme, le néant ?
L’existence est un trou de ténèbres, béant ;
Vous vous sentez tomber dans ce gouffre. Ah ! quand Dante
Livre à l’affreuse bise implacable et grondante
Françoise échevelée, un baiser éternel
La console, et l’enfer alors devient le ciel.
Mais quoi ! je vais, je viens, j’entre, je sors, je passe,
Je meurs, sans faire rien remuer dans l’espace !
N’avoir pas un atome à soi dans l’infini !
Qu’est-ce donc que j’ai fait ? De quoi suis-je puni ?
Je ris, nul ne sourit ; je souffre, nul ne pleure.
Cette chauve-souris de son aile m’effleure,
L’indifférence, blême habitante du soir.
Être aimé ! sous ce ciel bleu – moins souvent que noir –
Je ne sais que cela qui vaille un peu la peine
De mêler son visage à la laideur humaine,
Et de vivre. Ah ! pour ceux dont le coeur bat, pour ceux
Qui sentent un regard quelconque aller vers eux,
Pour ceux-là seulement, Dieu vit, et le jour brille !
Qu’on soit aimé d’un gueux, d’un voleur, d’une fille,
D’un forçat jaune et vert sur l’épaule imprimé,
Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé !

(Victor Hugo)

 

 

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Parfois, quand je marche solitaire (Camillo Sbarbaro)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



 

Parfois, quand je marche solitaire
dans les rues de la ville tumultueuse,
j’oublie mon destin d’être
homme parmi les autres, et, comme amnésique,
arraché à moi-même, je regarde
les gens avec des yeux ouverts étrangers.

***

Toujours absorbé en moi-même et dans un monde à moi
je me déplace comme endormi parmi les hommes.
De celui qui me heurte du bras je ne m’aperçois pas,
et si je regarde intensément chaque chose
je ne vois presque jamais ce que je regarde.
Je me fâche contre celui qui m’enlève
à moi-même. Toute voix m’importune.
Je n’aime que la voix des choses.
Tout ce qui est nécessaire et habituel
m’irrite, tout ce qui est vie,
comme la brindille irrite l’escargot
et comme lui en moi-même je me retire
[…]

(Camillo Sbarbaro)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Philippe Cognée

 

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Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation (Emmelie Prophète)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2018



 

Wilhelm Hammershoi o1_1280

Je nous oublie dans une ville de désert de douleurs et d’hésitation.
Des exilés sans ailleurs des compagnons de silence.
Mes voyages se meurent au fond d’un tiroir.
Ici on met le temps dans des verres d’eau.
La vie ne dure pas.
Elle m’a raconté enveloppée dans ses rides,
enveloppée dans son âge
l’avoir vu partir avec des morts inconnus.
Jour indiscret.
Saison des larmes.
Ma raison de tristesse est là.
Il y a une fenêtre entre elle et moi,
il y a du savon pour laver nos désirs, nos exils, nos amputations.
Je pousse mes rideaux de futilité et de nécessaire.

(Emmelie Prophète)

Illustration: Vilhelm Hammershoi

 

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Inaugurer la transparence (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Inaugurer la transparence,
voir à travers un corps, une idée,
un amour, la folie,
distinguer sans obstacle l’autre côté,
traverser de part en part
l’illusion tenace d’être quelque chose.
Non seulement pénétrer du regard dans la roche
mais ressortir aussi par son envers.

Et plus encore :
Inaugurer la transparence
c’est abolir un côté et l’autre
et trouver enfin le centre.
Et c’est pouvoir suspendre la quête
parce qu’elle n’est plus nécessaire,
parce qu’une chose cesse d’être interférence
parce que l’au-delà et l’en deçà se sont unis ;

Inaugurer la transparence
c’est te découvrir à ta place.

***

Inaugurar la tranparencia.
Ver a través de un cuerpo, de una idea,
de un amor, de la locura,
divisar sin estorbo el otro lado,
traspasar de parte a parte
el trompo ubicuo de ser algo.
No solo penetrar con el ojo en la roca
sino también salir por su revés.

Y algo más todavía:
inaugurar la transparencia
es abolir un lado y el otro
y encontrar por fin el centro.
Y es poder no seguir,
porque ya no es preciso,
porque una cosa deja de ser interferencia,
porque el más allá y el más aca se han unido.

Inaugurar la transparencia
es hallarte en tu sitio.

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poésie verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Points

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A l’écoute du corps (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 28 mars 2018




    
à l’écoute du corps
dans l’après-midi bleu

rien que cela

un peu plus fin
on entendrait presque
la mesure du coeur
battre
comme une pendule

à l’écart

avec peu de mots dans la valise
le strict nécessaire

aimanter autour
ne pas brusquer
laisser venir les choses

(Antoine Emaz)

 

Recueil: Peau
Traduction:
Editions: Tarabuste

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