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Poésie

Posts Tagged ‘nécessaire’

Monsieur Monsieur aux bains de mer (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 5 novembre 2017



Illustration: René Magritte
    
Monsieur Monsieur aux bains de mer

Un jour près de la mer
Monsieur et Monsieur seuls
parlaient tranquillement
et mangeaient une pomme
en regardant les cieux.

— Voyez donc, dit l’un d’eux,
l’agréable néant!
et quel apaisement
quand l’abîme sans bord
mélange sans effort
les choses et les gens!
Pour qui ressemble à Dieu
les jours particuliers
ne sont pas nécessaires.

La question n’est pas là
Monsieur (répond Monsieur)
nous sommes éphémères,
or la totalité
de la grande Unité
nous étant refusée,
c’est par la quantité
que nous nous en tirons.
Et nous additionnons
et nous thésaurisons!
Donc la diversité
pour nous sur cette terre
est la nécessité.
Regardez ce poisson
qui n’est pas un oiseau
qui n’est pas une pomme
qui n’est pas la baleine
qui n’est pas le bateau…

— Ah, pour moi c’est tout comme,
interrompit Monsieur,
la baleine et la pomme
devant l’éternité

A ces mots le vent souffle
emportant leurs chapeaux
et les deux personnages
dans le ciel bleu et beau
s’effacent aussitôt.

(Jean Tardieu)

 

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La solitude (Paul Ricoeur)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



 

Illustration
    
La solitude est le prélude nécessaire
à la communication,
mais c’est au cœur de moi-même
que l’autre m’est nécessaire

(Paul Ricoeur)

 

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A LEUR SAGE LUMIERE (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 29 septembre 2017



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A LEUR SAGE LUMIERE

La lumière née des objets isole leur volume.
La présence qui les rassemble sans un faux désordre est équilibre.
Tout serait différent, lu dans un autre sens.
Mais le réel est accidentel et nécessaire.
Il prépare le grand événement.

Nous partageons le même secret.
Quand les choses m’interrogent, je leur demande d’être sages,
de ne pas bouger, d’être prêtes et vigilantes.
Il en faut si peu pour être heureux.

(Jean Malrieu)

 Illustration: Sylvaine Leroy

 

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Où va l’âme après la mort ? (Jakob Böhme)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

Où va l’âme après la mort ?

Il n’est pas nécessaire
qu’elle aille nulle part.

(Jakob Böhme)

 

 

 

 

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L’homme entier (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
comme si tu prenais enfin tes mots
par la main
pour les faire miroiter
allez
venez les mots
déployez-vous
on s’en va jouer avec l’infini
il convient de régler son âme
à l’heure juste
devant les grands transparents
de chavirer
avec toute la douceur nécessaire

L’homme entier contient dans son âme
un être majeur antérieur à toute expérience

(Zéno Bianu)

 

Recueil: Satori Express
Editions: Le Castor Astral

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Vivre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



    

Vivre

Puisqu’il est, semble-t-il, nécessaire de vivre
En portant le poids lourd des anciens désespoirs,
Tous les matins, et tous les jours, et tous les soirs,
Interrogeons nos coeurs et sachons l’art de vivre !

Sachons enfin chanter les roses du matin,
O nous qui replions les ailes de notre âme !
Sachons nous réjouir en paix du mets infâme
Et nous accommoder des chants et du festin !

Puisqu’il est, paraît-il, urgent et nécessaire
De revoir le mauvais rayon d’un mauvais jour
Et de voir s’échapper l’espoir d’un bel amour,
Que bientôt nos draps blancs se changent en suaire ! …

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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À un jardin (François Cheng)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017




    
À un jardin

Oui nécessaire clôture
Pour que le lieu devienne lien
Et le temps attente.

Que le sentier mène à l’amante,
Que tout désir aille à son terme,
Que chaque fleur porte visage et nom,
Que chaque fruit préserve faim et soif,
Que vent et pluie soir et aube
Renouvellent leurs offrandes sur l’herbe,
Que l’infini, lui, fasse halte
Sur la cime des pins.

Oui nécessaire clôture
Pour que le lieu soit appel,
Et l’instant répons sans fin.

(François Cheng)

 

Recueil: La vraie gloire est ici
Editions: Gallimard

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LA ROSE DU BAISER (Victor Marguerite)

Posted by arbrealettres sur 14 juillet 2017



    

LA ROSE DU BAISER

Quand vous m’avez souri, vous croyiez être quitte.
Le feu grandit, le feu par vous-même attisé ;
Mais vous ne voyez pas l’incendie et vous dites :
Quand on a le sourire, à quoi bon le baiser ?

Comme des ramiers blancs vos jeunes seins palpitent.
Laissez sur leur émoi mon front se reposer;
Et peut-être ce cœur où le sang bat plus vite
Sentira son désir éternel s’apaiser.

Alors je jouirai de cette heure profonde,
Car il est tel silence où peut tenir le monde !
Je vous regarderai jusqu’au fond de vos yeux…

Mais est-il nécessaire, ô petite farouche,
Que chaque jour — j’y songe et je m’attriste un peu —
La rose d’un baiser se fane à votre bouche ?

(Victor Marguerite)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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C’est quand la pluie tombe (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017



Illustration: Leonid Afremov

    

C’est quand la pluie tombe, c’est quand
on le regarde doucement que brille le corps.

Pour dire cela la bouche est bien peu de chose,
il serait nécessaire que les mains elles aussi
voient ce brillant, qu’avec lui elles composent
la musique, et même bâtissent la maison.

Tous les mots parlent de ce feu,
ont le goût de peau de cette lumière mouillée.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Être aimé (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



 

Être aimé

Écoute-moi. Voici la chose nécessaire :
Être aimé. Hors de là rien n’existe, entends-tu ?
Être aimé, c’est l’honneur, le devoir, la vertu,
C’est Dieu, c’est le démon, c’est tout. J’aime, et l’on m’aime.
Cela dit, tout est dit. Pour que je sois moi-même,
Fier, content, respirant l’air libre à pleins poumons,
Il faut que j’aie une ombre et qu’elle dise : Aimons !
Il faut que de mon âme une autre âme se double,
Il faut que, si je suis absent, quelqu’un se trouble,
Et, me cherchant des yeux, murmure : Où donc est-il ?
Si personne ne dit cela, je sens l’exil,
L’anathème et l’hiver sur moi, je suis terrible,
Je suis maudit. Le grain que rejette le crible,
C’est l’homme sans foyer, sans but, épars au vent.
Ah ! celui qui n’est pas aimé, n’est pas vivant.
Quoi, nul ne vous choisit ! Quoi, rien ne vous préfère !
A quoi bon l’univers ? l’âme qu’on a, qu’en faire ?
Que faire d’un regard dont personne ne veut ?
La vie attend l’amour, le fil cherche le noeud.
Flotter au hasard ? Non ! Le frisson vous pénètre ;
L’avenir s’ouvre ainsi qu’une pâle fenêtre ;
Où mettra-t-on sa vie et son rêve ? On se croit
Orphelin ; l’azur semble ironique, on a froid ;
Quoi ! ne plaire à personne au monde ! rien n’apaise
Cette honte sinistre ; on languit, l’heure pèse,
Demain, qu’on sent venir triste, attriste aujourd’hui,
Que faire ? où fuir ? On est seul dans l’immense ennui.
Une maîtresse, c’est quelqu’un dont on est maître ;
Ayons cela. Soyons aimé, non par un être
Grand et puissant, déesse ou dieu. Ceci n’est pas
La question. Aimons ! Cela suffit. Mes pas
Cessent d’être perdus si quelqu’un les regarde.
Ah ! vil monde, passants vagues, foule hagarde,
Sombre table de jeu, caverne sans rayons !
Qu’est-ce que je viens faire à ce tripot, voyons ?
J’y bâille. Si de moi personne ne s’occupe,
Le sort est un escroc, et je suis une dupe.
J’aspire à me brûler la cervelle. Ah ! quel deuil !
Quoi rien ! pas un soupir pour vous, pas un coup d’oeil !
Que le fuseau des jours lentement se dévide !
Hélas ! comme le coeur est lourd quand il est vide !
Comment porter ce poids énorme, le néant ?
L’existence est un trou de ténèbres, béant ;
Vous vous sentez tomber dans ce gouffre. Ah ! quand Dante
Livre à l’affreuse bise implacable et grondante
Françoise échevelée, un baiser éternel
La console, et l’enfer alors devient le ciel.
Mais quoi ! je vais, je viens, j’entre, je sors, je passe,
Je meurs, sans faire rien remuer dans l’espace !
N’avoir pas un atome à soi dans l’infini !
Qu’est-ce donc que j’ai fait ? De quoi suis-je puni ?
Je ris, nul ne sourit ; je souffre, nul ne pleure.
Cette chauve-souris de son aile m’effleure,
L’indifférence, blême habitante du soir.
Être aimé ! sous ce ciel bleu – moins souvent que noir –
Je ne sais que cela qui vaille un peu la peine
De mêler son visage à la laideur humaine,
Et de vivre. Ah ! pour ceux dont le coeur bat, pour ceux
Qui sentent un regard quelconque aller vers eux,
Pour ceux-là seulement, Dieu vit, et le jour brille !
Qu’on soit aimé d’un gueux, d’un voleur, d’une fille,
D’un forçat jaune et vert sur l’épaule imprimé,
Qu’on soit aimé d’un chien, pourvu qu’on soit aimé !

(Victor Hugo)

 

 

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