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Posts Tagged ‘négation’

INTERROGATION ET NÉGATION (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019



    

INTERROGATION ET NÉGATION

Vous ? Moi ?
Non, personne
personne jamais
non vraiment personne jamais.

Comment ? Ni où,
ni quoi,
ni comment ?

Non vraiment personne jamais
nulle part
rien ni personne
jamais
non jamais
jamais jamais jamais
jamais
non, jamais.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’envers (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2018




    
Puisque ce n’est qu’en mettant d’autres mains derrière les mains,
d’autres pieds sous les pieds,
une autre ombre au bout de l’ombre,
que nous pourrons connaître le toucher de l’envers,
le chemin de l’envers,
la forme de l’envers
à quoi nous sommes irrémédiablement destinés.

Car l’invisible n’est pas la négation du visible,
seulement son inversion ou son but.
[…]

L’envers est la zone
où tout le perdu se retrouve.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Martine Broda pour Roberto Juarroz
Traduction: Martine Broda
Editions: José Corti

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Le néant (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 19 juin 2018




    
Le néant n’est pas d’ailleurs ou d’après.
Il est dans l’être où il sévit, ne peut que sévir.
Dans la négation si constante au niveau du langage.
Dans tout ce qui retranche, en art.
Dans les morsures innombrables de la vie.
Il est là, non dans l’être grinçant, dans le là.

(Roger Munier)

 

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Briser aussi les mots (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018




    
Briser aussi les mots,
comme s’ils étaient des alibis face à l’abîme
ou des cristaux trompés
par une conspiration de la lumière et de l’ombre.

Puis parler avec les fragments,
avec des morceaux de mots,
puisqu’il n’a servi de rien ou presque
de parler avec les mots entiers.

Reconquérir le balbutiement oublié
qui répondait à l’origine aux choses
et laisser les fragments s’assembler tout seuls,
comme se soudent les os,
comme se soudent les ruines.

Parfois l’épars précède l’entier,
les parties d’une chose précèdent la chose.
L’apprentissage de l’unité
est encore plus humble et incertain
qu’on ne le soupçonne.
La vérité est aussi peu sûre
que sa négation.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Drame ou porte fermée (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018




    
Drame ou porte fermée

La jeunesse sans escorte de nuages,
Les murs, volonté de tempêtes,
La lampe comme un éventail dedans ou dehors,
Disent éloquemment ce qu’on n’ignore pas,
Ce qu’un beau jour faiblement
On abandonne devant la mort même.

Os écrasé par la pierre des rêves,
Que faire, privés d’issue
Autre que le pont jeté par l’éclair
Pour unir deux mensonges,
Mensonge de vie ou mensonge de chair ?

Nous ne savons que sculpter des biographies
Sur des musiques hostiles ;
Nous ne savons que compter affirmations
Ou négations, chevelure de nuit ;
Nous ne savons qu’invoquer tels des enfants le froid
De peur de nous en aller seuls à l’ombre du temps.

***

Drama o puerta cerrada

La juventud sin escolta de nubes,
Los muros, voluntad de tempestades,
La lámpara, como abanico fuera o dentro,
Dicen con elocuencia aquello no ignorado,
Aquello que algún día débilmente
Ante la muerte misma se abandona.

Hueso aplastado por la piedra de sueños,
e Qué hacer, desprovistos de salida,
Si no es sobre puente tendido por el rayo
Para unir dos mentiras,
Mentira de vivir o mentira de carne ?

Sólo sabemos esculpir biografías
En músicas hostiles;
Sólo sabemos contar afirmaciones
O negaciones, cabellera de noche ;
Sólo sabemos invocar como niños al frío
Por miedo de irnos solos a la sombra del tiempo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Au petit jour (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017



Au petit jour

La nuit n’est pas ce que l’on croit, revers du feu,
chute du jour et négation de la lumière,
mais subterfuge fait pour nous ouvrir les yeux
sur ce qui reste irrévélé tant qu’on l’éclaire.

Les zélés serviteurs du visible éloignés,
sous le feuillage des ténèbres est établie
la demeure de la violette, le dernier
refuge de celui qui vieillit sans patrie…

(Philippe Jaccottet)


Illustration

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Ca couine dans vos os (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration
    
Ca couine dans vos os.

Seuls les oiseaux discernent
ce cri à l’intérieur des hommes
qui vont et viennent gravement
et croient se faufiler indemnes
dans les inconnues de la vie.

Vous ne savez pas que vous êtes
de papiers à rumeurs
chuchotantes en filigrane.

Mais les oiseaux, mais les oiseaux entendent
négations,
sortilèges,
énergie.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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L’existence supposée (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



L’existence supposée

Le lieu, comment est-il
tandis que personne n’y passe?
Les choses, existent-elles
quand elles ne sont pas vues?

L’intérieur de l’appartement désaffecté,
la pince oubliée dans le tiroir,
les eucalyptus la nuit sur le chemin
trois fois désert,
la fourmi sous la terre le dimanche,
les morts, une minute
après leur sépulture,
nous, seuls
dans la chambre sans miroir?

Que font, que sont
les choses non éprouvées comme choses,
minéraux non découverts – et qui un jour
le seront?

Etoile non pensée,
mot griffonné sur le papier
que personne n’a jamais lu?
Existe-t-il, le monde existe-t-il
par le seul regard
qui le crée et lui confère
spatialité?

Concrétude des choses: fourberie
de l’œil trompeur, oreille fausse,
main qui s’amuse à attraper le non
et, l’ayant attrapé, à lui octroyer
l’illusion de la forme
et, illusion plus grande, celle du sens?

Ou bien tout a-t-il vigueur
plantureusement, par défaut
de notre judiciaire inquisition,
et celle-ci même, n’existe-t-elle que consentie
par les éléments qui s’y soumettent?
Peut-être tout n’est-il qu’un hypermarché
de possibles et d’impossibles possiblissimes
qui engendrent ma fantaisie de conscience
cependant que
je me livre au mensonge de me promener
quand c’est moi qui suis promené par la promenade,
qui est le suprême réel, et qui s’amuse
de cette brume-rêve dans laquelle je m’éprouve
et jouis de péripéties de passage?

Voici que s’ébauche
l’épouvantable bataille
entre l’être inventé
et le monde inventeur.
Je suis une fiction insurgée
contre l’esprit universel
et je tente de me construire
de nouveau à chaque instant, à chaque colique,
dans le labeur de tracer
un commencement qui n’appartienne qu’à moi
et de détendre un arc de volonté
pour recouvrir tout le dépôt
des souveraines choses circonstantes.

La guerre sans merci, indéfinie
se poursuit
faite de négation, armes du doute,
tactiques propres à se retourner contre moi,
entêtement interrogeant qui veut savoir
si l’ennemi existe, si nous existons
ou si nous sommes tous une hypothèse de lutte
au soleil du jour bref où nous luttons.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Quelque chose pour eux s’est ouvert (Rilke)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



Nous, jamais, pas un seul jour,
n’avons le pur espace devant nous,
celui qu’investissent à l’infini
les fleurs quand elles s’ouvrent.

Toujours, c’est le monde,
jamais ce nulle-part exempt de toute négation:
le pur, ce que rien ne surveille,
que l’on respire et que l’on sait
d’un savoir infini
sans pour autant le convoiter.

Enfant, tel ou tel
s’y égare sans bruit: une secousse le réveille.
Ou bien, tel autre meurt: il est alors cela.
Car tout près de la mort on ne voit plus la mort,
et l’on regarde fixement au-dehors,
avec peut-être les grands yeux de l’animal.

Les amants, n’était l’autre qui leur barre la vue,
n’en seraient guère loin:
ils ont ce regard étonné…
Comme par inadvertance,
quelque chose pour eux s’est ouvert
en arrière de l’autre…
Mais nul ne peut passer par-dessus l’autre,
et le monde leur advient de nouveau.

Toujours tournées vers les choses créées
nous ne voyons jamais que miroiter sur elles
l’élément libre, mais qu’obscurcit notre présence.
A moins qu’un animal,
une bête muette
lève vers nous les yeux,
et nous transperce calmement de son regard.
C’est cela que l’on nomme le destin:
être en face et rien d’autre,
oui, à jamais en face.

***

Haben nie, nicht einen einzigen Tag,
den reinen Raum vor uns, in den die Blumen
unendlich aufgehn. Immer ist es Welt
und niemals Nirgends ohne Nicht: das Reine,
Unüberwachte, das man atmet und
unendlich weiß und nicht begehrt. Als Kind
verliert sich eins im Stilln an dies und wird
gerüttelt. Oder jener stirbt uns ists.
Denn nah am Tod sieht man den Tod nicht mehr
und starrt hinaus, vielleicht mit großem Tierblick.
Liebende, wäre nicht der andre, der
die Sicht verstellt, sind nah daran und staunen . . .
Wie aus Versehn ist ihnen aufgetan
hinter dem andern . . . Aber über ihn
kommt keiner fort, und wieder wird ihm Welt.
Der Schöpfung immer zugewendet, sehn
wir nur auf ihr die Spiegelung des Frein,
von uns verdunkelt. Oder daß ein Tier,
ein stummes, aufschaut, ruhig durch uns durch.
Dieses heißt Schicksal: gegenüber sein
und nichts als das und immer gegenüber.

(Rilke)

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DANS LE DELTA DU NIL (Tomas Tranströmer)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2016



DANS LE DELTA DU NIL

La jeune épouse pleurait droit dans son assiette
à l’hôtel, après une journée passée dans cette ville
où elle avait vu des malades ramper et s’affaler
et des enfants qui allaient mourir à force de misère.

Elle monta avec l’homme dans la chambre
qu’on avait aspergée d’eau pour lier la saleté.
Ils se couchèrent chacun dans leur lit et sans dire grand-chose.
Elle sombra dans un profond sommeil. Il resta éveillé.

Dehors, dans l’obscurité, courait un immense vacarme.
Rumeurs, bruits de pas, cris, carrioles, chansons.
Cela se faisait dans la détresse. Cela ne s’arrêtait jamais.
Puis il s’assoupit, replié sur une négation.

Vint un rêve. Il voyageait en mer.
L’eau grise s’anima
et une voix lui dit: «Il y a quelqu’un qui est bon.
Quelqu’un qui sait tout voir sans jamais nous haïr.»

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Marc Chagall

 

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