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Posts Tagged ‘négliger’

La branche d’amandier (Alphonse de Lamartine)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019


 


 

La branche d’amandier

De l’amandier tige fleurie,
Symbole, hélas! de la beauté,
Comme toi, la fleur de la vie
Fleurit et tombe avant l’été.

Qu’on la néglige ou qu’on la cueille,
De nos fronts, des mains de l’Amour,
Elle s’échappe feuille à feuille,
Comme nos plaisirs jour à jour!

Savourons ces courtes délices;
Disputons-les même au zéphyr,
Epuisons les riants calices
De ces parfums qui vont mourir.

Souvent la beauté fugitive
Ressemble à la fleur du matin,
Qui, du front glacé du convive,
Tombe avant l’heure du festin.

Un jour tombe, un autre se lève;
Le printemps va s’évanouir;
Chaque fleur que le vent enlève
Nous dit : Hâtez-vous de jouir.

Et, puisqu’il faut qu’elles périssent,
Qu’elles périssent sans retour!
Que ces roses ne se flétrissent
Que sous les lèvres de l’amour!

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Vraie vie (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



Illustration: Carrie Vielle
    
Vraie vie

Il n’y a pas d’ailleurs,
la vraie vie est ici.

La vraie vie
c’est les nuages qui nous fuient,
l’amour qui nous néglige,
les soleils à contretemps
et les ciels à moitié dépolis.

C’est les ongles rongés
dans les salles d’attente combles,
et vouloir le plein jour
au milieu de la nuit.

La vraie vie,
c’est d’ignorer l’avenir,
d’oublier le passé,
de passer à travers le présent trop friable
sans pouvoir en garder une miette.

La vraie vie,
cette corvée, c’est du plein et du vide,
des plages de silence,
des parasites et des interférences,
et parfois le miracle ordinaire
d’une joie pure.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Anthologie La Poésie cent ans après Apollinaire
Traduction:
Editions: Proverbe lamaisondepoesie@gmail.com

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PRINTEMPS (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



 

PRINTEMPS

Un morceau de ciel un oiseau à la fenêtre

Je te connais tendre sourire de mon Dieu
Message superbe fait de lumière et jour nouveau

Quand fut-il quand est-il je ne puis le dire
Il a penché la tête et regardé d’en haut le soleil
Comme s’il s’était oublié et soudain rappelait
Vols très beaux sur les sommets
Il a peut-être eu soif à cause de la marche de la
condescendance

Les oiseaux ont négligé l’eau de la nuit

Il a penché la tête et regardé d’en haut le soleil
La vision de la présence s’est gravée sur l’oeil dur
Printemps éternel à la fenêtre

Un lys dans le coeur de l’hiver

(Georges Themelis)

Illustration

 

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Bouddha (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018




    
Bouddha

Comme s’il écoutait. Silence : un lointain…
Nous retenons notre souffle et ne l’entendons pas.
Il est étoile. Entouré d’étoiles plus grandes
que nous ne voyons pas.

Il est tout. Nous attendons-nous vraiment
à ce qu’il nous voie ? En aurait-il besoin ?
Et quand on se prosterne il reste loin
profond et pesant comme un animal.

Car ce qui nous jette à ses pieds
circule en lui depuis le fond des millénaires.
Négligeant notre savoir
il pénètre ce qui nous rejette.

*

Bouddha

De loin déjà le pèlerin, craintif étranger,
ressent cette pluie d’or qui ruisselle de lui;
comme si des riches, soucieux de se racheter,
avaient amassé là tous leurs trésors.

Mais en s’approchant il est troublé
par la majesté de ces sourcils;
ce qu’il voit là ne ressemble guère
ni à leur vaisselle ni aux pendants d’oreilles
que portent leurs femmes.

Ah, si quelqu’un pouvait donc dire
quelles furent les choses qu’il fallut fondre
pour ériger dans le calice d’une fleur
cette image plus muette d’un jaune plus calme
que celui de l’or et qui effleure
tout l’espace autant que soi-même.

*

Bouddha en majesté

Coeur de tous les coeurs, centre de tous centres,
amande qui se clôt et perd son amertume, —
tout cela jusqu’aux étoiles
est ta pulpe : Je te salue.

Vois, tu le sens : rien à toi ne tient plus;
ta coque est dans l’infini,
la vigueur de ta sève s’y presse.
Et du dehors l’aide un rayonnement,

car tout là-haut tes soleils
pleins et ardents sont renversés.
Mais en toi déjà et né
ce qui surmonte tout soleil.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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QUATRE CANARDS (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2018



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QUATRE CANARDS

Quatre canards fort affairés
s’en allaient à la file indienne
le bec au vent, l’oeil affamé
sur le lac du bois de Vincennes.

Le premier vit un poisson vert
mais l’ayant couvert de son ombre
le second n’aperçut qu’un ver
qu’il négligea dans la pénombre.

Le troisième n’eut qu’un pli d’eau
jugez ce qu’eut le quatrième !
Autant voguer sur un ruisseau
avec la cane que l’on aime.

(Pierre Béarn)

 

 

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Personne (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018




    
Personne, à moins d’être vaincu
par des causes extérieures et contraires à sa nature,
ne néglige de désirer ce qui lui est utile,
autrement dit de conserver son être.

(Baruch Spinoza)

 

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Lire (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018



Illustration: Nupur Choudhary 
    
Je n’ai jamais ouvert un livre pour — à proprement parler — le plaisir de le lire ou d’en étudier l’auteur, son époque et son sens (?),
mais pour y chercher le secret d’une partie obscure et non encore consciente de moi-même.
C’est pourquoi je lis avec fièvre, en négligeant d’un coup d’œil ce que j’ai jugé inutile ;
c’est pourquoi aussi je me sens malheureux et rejette avec ennui le livre quand je n’y ai pas trouvé d’écho.

(Edmond-Henri Crisinel)

 

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Il sortit des fissures une lueur phosphorescente (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



il sortit des fissures
une lueur phosphorescente
(la pluie avait encore fait des siennes)

aucune poétique de la planète
ne peut négliger les agissements de la pluie

le mouvement et la musique de la pluie.

***

there was a phosphorescent gleaming
from the fissures
(the rain had been secretely at work again)

no poetics of the planet
can neglect the workings of rain

the movement and the music of rain.

(Kenneth White)

Illustration

 

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Est-ce encor moi (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2018



lllustration: Marie Coisnon
    
Est-ce encor moi malgré
Son visage en allé
Et ses jambes qui fuient
Dans la soie de la nuit
Et mon coeur sans raison
Près des volets fermés
Et ce grand mouvement
Au fond de la maison
Et ce qu’elle m’a pris
Dans ses sombres bagages ?

Ce qu’elle a négligé.

(Jules Supervielle)

 

Recueil: Le forçat innocent suivi de Les amis inconnus
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quelqu’un m’a dit (Brigitte Level)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2017




    
L’essentiel

Quelqu’un m’a dit – avec du miel –
Que dans mes poèmes, charmants,
Je négligeais « l’essentiel »
Et que vraiment, vraiment, vraiment…

Et j’ai baissé le nez, confuse,
Me demandant obscurément
Quel est ce crime sans excuse
Digne du plus grand châtiment ?

Qu’appelle-t-on l’essentiel ?
Et quelle est cette faribole ?
Pour moi, c’est un nuage dans le ciel,
Une hirondelle en plein vol,

C’est le ruisseau, c’est la fontaine,
Le conte « il était une fois… »
Des quatre jeudis la semaine
Ou bien la galette des Rois.

Et si je n’ai point de « message »
A vous transmettre gravement,
Pourquoi me déguiser en mage
Et feindre un terrible tourment ?

L’essentiel, c’est que ma Muse
Ne s’ennuyant ne vous ennuie,
Ni que, bêcheuse, elle refuse
De vous distraire un jour de pluie.

(Brigitte Level)

 

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