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Poésie

Posts Tagged ‘nègre’

Minuit (Julien Delmaire)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2018



Julien Delmaire
    
Minuit dérobe
Les bijouteries
Contre ta robe
Un diamant cri

Je suis l’alcool
Térébenthine
Je suis la folle
Sur la colline

Criblé d’épines
Je suis l’alcool
L’encre de chine
Sur ton épaule

Je suis le Christ
De Kigali
Et l’améthyste
Qu’on a sali

Je suis l’enfance
Défigurée
Je suis l’offense
De l’emmuré

Syntax error
Bug intégral
Signes d’aurore
Jour minéral

Je veux l’oiseau
Lacrymogène
Aux ras des eaux
Cancérigènes

Je veux ton ventre
Dans la fumée
Mes doigts qui entrent
Pour exhumer

Un oasis
Une métaphore
Ton clitoris
Ta mandragore

Je vois l’oubli
Brisant ses chaînes
La mort partie
Avec la haine

Voici le monde
La vie bégaye
Voici la ronde
Des merveilles

Je te retrouve
Ma Géorgie
Le soleil couve
Ton sein rougi

Le temps caresse
Son vieux piano
Ta voix disperse
Les moineaux

Les nègres écument
La nostalgie
La nuit s’allume
Ma Géorgie…

(Julien Delmaire)

 

Recueil: Turbulences
Traduction:
Editions: Le temps des cerises

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HORS DES LANGAGES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



HORS DES LANGAGES

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui vécurent
dans l’imagerie des frontons
et ceux qui s’illuminent en révolte
drapés de couleurs arrogantes.

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui condamnent
et ceux qui sont condamnés
car ne sont-ils pas tour à tour
innocents et coupables ?
victimes et bourreaux ?

Je ne veux pas choisir entre les vérités
façonnées d’illusions étant nées du langage.

Je ne veux pas trancher du juste et de l’injuste.
Je ne sais plus ce qui est bien
ce qui est mal
dans les fornications de l’orgueil
et du désir de vaincre.
La victoire a toujours raison.

le ne voudrais connaître
que la vérité du sang
et son poids de honte dans l’absurde,
son poids d’impuissance,
son poids de désespoir.

Je me sens nègre et chinois
mongol et breton.
La couleur des drapeaux
toujours outrée
me rend aveugle.
Je me veux libéré des couleurs
et de leurs frontières.

Les hommes
je les porte en moi dans mon sang
dressés les uns contre les autres en appétit.

Englués inutilisables des connaissances,
Vieillards méprisants de l’élite,
et Vous les jeunes loups la haine aux dents
réjouissez-vous !
la vermine fera de vous tous des égaux.

Et vous voici fourmis ailées lancées
à la conquête de l’espace
décrété terre des hommes !

Bravo !
la Lune était un croissant pour votre faim
mangez-la !

La Terre n’en restera pas moins un caillou
perdu dans l’univers hydrocéphale.

Infinitésimal grouillement dans l’infini
que lui veux-tu ?

Ambitieuses machinations de l’ombre
au détriment de la lumière,
dénigrements organisés,
verbiages peinturlurés du Mensonge,
équilibres de bulles de savon,
masques qui flambent d’être masques,
maladies honteuses du Bonheur,
je vous déteste, Politiques !

Je ne veux pas choisir entre vos uniformes,
vos religions utilitaires,
vos imageries combatives,
vos justices nourries de vengeances.

Dans l’absurdité des confrontations
un soldat vaut un soldat
et tous les dieux se ressemblent.

La Justice est un ciel que vous profanez.

Je ne veux pas choisir
entre le contremaître condamné par sa réussite
à n’être plus revendicateur en France
et l’ouvrier de Léningrad
qui devint commissaire du peuple en Ukraine.

Je ne veux pas choisir entre les tribus
les peuples
les langues
les façons de vivre.

La Droite, la Gauche, le Centre.

Je veux rester libre de vivre
à la lumière de mon coeur
seul s’il le faut
et les mains vides
rêvant à l’Humanité sauvée des langages.

(Pierre Béarn)

 

 

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CHALEUR (Nicolas Guillen)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



CHALEUR

La chaleur fend la nuit.
La nuit tombe grillée
Sur le fleuve.

Quel cri
Quel cri frais dans les eaux
le cri exhalé par la nuit
brûlée !

Chaleur rousse pour les nègres.
Tambour !
Chaleur pour les torses fulgurants
Tambour !
Chaleur avec des langues de feu
sur les échines nues…
Tambour !

L’eau des étoiles
Trempe les cocotiers
éveillés.
Tambour !
Haute lumière des étoiles.
Tambour !
Le phare polaire vacille.
Tambour !
Feu à bord ! Feu à bord !
Tambour !
C’est vrai ? Fuyez ! Mensonge !
Tambour !
Rives sourdes ! Ciels sourds.
Tambour !
Les îles s’en vont,
s’en vont, s’en vont,
s’en vont toutes brûlées.

(Nicolas Guillen)

Illustration

 

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CHANSON DE LA BELLE RÉCOLTE (Negro Spirituals)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
CHANSON DE LA BELLE RÉCOLTE

Oh, venez peler l’ maïs,
J’ suis content!
Le plus beau du pays,
J’ suis content!

Jamais on n’avait vu,
J’ suis content!
De maïs plus velu,
J’ suis content!

Jamais, depuis qu’ j’ suis né,
J’ suis content!
Des grains si bien formés,
J’ suis content!

Travaillez vite et mieux,
J’ suis content!
Pour plaire à not’ Monsieur,
J’ suis content!

Ses esclaves sont bien gras,
J’ suis content!
Et luisants comme des rats,
J’ suis content!

Ceux d’ Monsieur Jones sont maigres,
J’ suis content!
Il affame ses pauv’ nègres,
J’ suis content!

Mais nous sommes bien nourris,
J’ suis content!
De beaux épis d’ mais,
J’ suis content!

(Negro Spirituals)

 

Recueil: Fleuve profond, sombre rivière
Traduction: Marguerite Yourcenar
Editions: Gallimard

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LE MANEGE (Langston Hughes)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2018




    
LE MANEGE

Un enfant de couleur à la fête :

Où est le compartiment des nègres
Sur ce manège,
Monsieur, parce que je veux monter ?
Là-bas dans le Sud d’où je viens
Les Blancs et les gens de couleur
Ne peuvent pas s’asseoir côte à côte.
Là-bas dans le Sud dans le train
Y a une voiture pour les nègres.
Dans l’autobus on nous met à l’arrière,
Mais y a pas d’arrière
Dans un manège!
Où est donc le cheval
Pour le gamin qu’est noir ?

***

Merry-Go-Round
(Colored child at carnival)

Where is the Jim Crow section
On this merry-go-round,
Mister, cause I want to ride?
Down South where I come from
White and colored
Can’t sit side by side.
Down South on the train
There’s a Jim Crow car.
On the bus we’re put in the back-
But there ain’t no back
To a merry-go-round!
Where’s the horse
For a kid that’s black?

(Langston Hughes)

 

 

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LE PETIT NEGRE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




LE PETIT NEGRE

Ma mère m’a mis au monde en un coin du Sud cruel
Et je suis noir. Mais mon âme, elle est blanche, vous savez !
Le petit Anglais est blanc. Blanc comme un ange du ciel.
Moi, je suis noir. Comme si la lumière avait manqué.

Au pied d’un arbre accroupie, ma mère m’a enseigné
En guettant à l’horizon la chaleureuse clarté.
Elle m’ouvrait ses genoux, me serrait et m’embrassait
Puis, le doigt vers l’orient, soudain elle me disait:

Vois s’élever le soleil! Dieu est la-bas. Et c’est lui
Qui sur le monde répand la chaleur et la lumière.
Et les arbres et les fleurs, et les hommes et les bêtes
Reçoivent l’espoir de l’aube et la joie du plein midi.

Si nous avons, ici-bas, pour quelque temps vu le jour,
C’est pour apprendre â subir les chauds rayons de l’Amour.
Nous ne sommes rien de plus, corps bronzés, visages sombres
Que nuages dans le ciel ou, dans les bois, un peu d’ombre.

Lorsque nos âmes sauront supporter cette chaleur,
Les nuages auront fui et nous entendrons Sa voix:
« Mon bien aimé, sors du bois des ombres ; réjouis-toi
Près de ma tente dorée, comme les agneaux sans peur ».

Oui, voila ce que ma mère en m’embrassant me disait
Et je me disais ceci, en pensant au jeune Anglais :
Moi noir, lui blanc, le nuage est le même pour nous deux,
Et tous deux jouerons de même autour des tentes de Dieu.

Moi je l’ombragerai, pour que la chaleur ne l’accable
Jusqu’à ce qu’en Notre Père il prenne un repos joyeux.
Debout, je caresserai l’argent fin de ses cheveux
Et i1 voudra bien m’aimer car je serai son semblable.

(William Blake)

 

 

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JAZZ DANS LA NUIT (René Dommange)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



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JAZZ DANS LA NUIT

Le bal, sur le parc incendié,
Jette ses feux multicolores,
Les arbres flambent, irradiés,
Et les rugissements sonores

Des nègres nostalgiques, fous,
Tangos nerveux, cuivres acerbes,
Étouffent le frôlement doux
Du satin qui piétine l’herbe.

Que de sourires épuisés,
À l’ombre des taillis complices,
Sous la surprise des baisers
Consentent et s’évanouissent…

Un saxophone, en sanglotant
De longues et très tendres plaintes,
Berce à son rythme haletant
L’émoi des furtives étreintes.

Passant, ramasse ce mouchoir
Tombé d’un sein tiède, ce soir,
Et qui se cache sous le lierre ;
Deux lèvres rouges le signèrent,

Dans le fard, de leur dessin frais.
Il te livrera, pour secrets,
Le parfum d’une gorge nue
Et la bouche d’une inconnue.

***

JAZZ IN THE NIGHT

The ball in the blazing park
Hurls its multicoloured flames,
The trees are on fire, radiating,
And the resounding roars

Of the mad, nostalgic Negroes,
Edgy tangos, biting brass,
Stifle the soft caress
Of satin that tramples the grass.

How many exhausted smiles,
In the shade of the complicit shrubbery,
Beneath the surprise of the kisses
Give way and faint…

A saxophone, as it sobs
Long and so tender lamentations,
Cradles to its breathless rhythm
The turmoil of furtive embraces.

You who pass by, pick up this handkerchief
Fallen from a warm bosom, this evening,
And that is hidden beneath the ivy;
Two red lips signed it,

With rouge, with their fresh outline.
It will give you for secrets
The perfume of a bare neck
And the mouth of a fair unknown.

(René Dommange)

 Illustration: Jean-Luc Lopez

 

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EVE (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2016



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EVE

Commencement du monde,
Chaos,
Reflet de choses informes
Dans l’eau
Boue, limon,
Racines monstrueuses.

Printemps,
Vert tendre des pousses,
Grand ciel ténébreux
Que strie un rayon orangé
Au ras de terre,
Terre brune, humide.

Grouillement de reptiles,
Cri des grenouilles
Dans le soir chaud,
Cavalcade folle
D’animaux préhistoriques
Et caricaturaux,
Mousses espagnoles
Pendues aux lianes,
En barbes d’académiciens.
Jungle fourmillante,
Marécages croupissants ;
Nègres aux yeux ronds,
Que mène un sorcier hurlant.

Vert ! Vert !
Premier vert
Du premier printemps !
Vert tendre,
Vert cru
Et choquant
Des jeunes pousses !

Un jazz s’esquisse,
Ingénu ;
Saveur des premiers sons,
Cadence des premiers rythmes.
Tout se choque, se mêle
Et monte à la charge.
Les bruits sont confusion.

Seule une voix
Est déjà voix,
Et s’élève toute formée,
Avec seulement trois notes,
Complètes et pleines.
C’est une espèce de voix
Qui reprend
Sans changer,
Lancinante
Et caressante.

Trois notes
Qui bouleversent
Le cœur primitif.
Plainte,
Appel,
Séduction :
C’est d’un enfant
Et d’une femme,
En un petit animal
Craintif,
Fort d’un charme magique
Et touché de je ne sais quel malheur.

Ce soir,
Le monde est vieux
Et je m’ennuie.
Tout est rangé
Et rectiligne
Dans la ville.
Pour fêter le printemps
En moi pourtant
Il est une voix
D’une fraîcheur
De commencement du monde,
Et touchée de je ne sais quel malheur,
Qui chante
Avec seulement trois notes ;
Petite Ève intacte
En trois notes
Qui bouleversent le cœur éternel.

(Anne Hébert)

Illustration: Paul Sérusier

 

 

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LE 12 AOÛT AU MATIN (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2015



 

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LE 12 AOÛT AU MATIN

Je pense à toi qui es une fleur sur la mer
Tandis que tes amis t’attendent sans savoir
Que ton corps fait la joie des Méditerranées
Je pense à toi qui dors sagement sous la neige
Comme une obscure graine oubliée des saisons
À toi aussi derrière les fils barbelés
Qui sont la couronne d’épines de la terre
Je pense encore à ma maison où s’engouffraient
Tous les oiseaux du monde et qui n’est plus
Que ce triste bouquet de cendres sur la pierre
Aujourd’hui tous les toits sont comme des lavoirs
Et dans les yeux d’enfants sèchent des linges bleus
Des femmes sont passées à travers les fenêtres
Et flottent dans la rue comme un vol d’oiseaux blancs
Il y a des jardins fleuris de flammes rouges
Des drapeaux de couleur où des étoiles bougent
Un ciel clair et des poitrines au coeur battant
Il y a ces gars blonds venus des hauts villages
Pour le contentement de nous rendre à nous-mêmes
Parmi eux il y a un grand nègre que j’aime
Parce que ses dents sont l’image de son âme
Il y a tous ces mots qui reprennent un sens
Et que je dis si mal parce qu’ils sont en moi
Comme une liberté nouvelle et végétale.

(René Guy Cadou)

Illustration

 

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TOM SAWYER (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2015



TOM SAWYER

Tom Sawyer
Sans en avoir l’air
A parcouru tout l’univers.

il a fait pipi
Dans le Mississippi.

Sur les bords du Saint-Laurent
il haranguait les harengs.

il a fait des pieds de nez
Aux géants et aux Pygmées.

Toujours il trouvait un singe
Pour lui repriser son linge.

Parfois il ne mangeait pas
Pour éloigner les boas.

Et quand il était trop maigre
il couchait avec les nègres.

il explorait des cavernes
Et des mondes subalternes.

il découvrait des trésors
Qu’il jetait par-dessus bord.

Des tours et des tours pendables
Qu’il jouait à tous les notables.

Et si on l’a pas pendu
C’est vraiment qu’on n’a pas pu !

Sur des bateaux à vapeur
il fumait comme un sapeur.

il déambulait souvent
Ses poches remplies de vent,

Mais toujours un grand couteau
Pour parer aux zigotos.

il fessait les orphelins
Qui partageaient pas leur pain.

Embrassait les orphelines
Qui jouaient de la mandoline.

Des crocs-en-jambe il donnait
Au diable quand il boitait.

Ma mère c’est ma mère.
Mon père c’est mon père.

Ma soeur c’est du beurre.
Tom Sawyer c’est mon frère.

Il a eu mille aventures
Ce qui l’a rendu très dur.

Mais son coeur était si bon
Qu’on n’en voyait pas le fond.

(René de Obaldia)

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