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Posts Tagged ‘neige’

BRUITS DE LA CAMPAGNE (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018




    
BRUITS DE LA CAMPAGNE

Le froissement des feuilles sous les pas dans les bois et sous les haies
Le craquement de la neige et de la glace pourrie dans les allées cavalières du bois et les sentiers étroits et sur chaque chaussée de rue
Le bruissement ou plutôt le bruit de ruée au bois lorsque le vent mugit à la cime des chênes comme un tonnerre
Le frou-frou d’aile des oiseaux chassés de leur nid ou volant sans qu’on les voie dans les buissons
Le sifflement que font en volant dans les bois de plus grands oiseaux tels que corneilles faucons buses etc
Le trottinement des rouges-gorges et des alouettes des bois sur les feuilles brunes et le tapotement des écureuils sur la mousse verte
La chute d’un gland sur le sol le crépitement des noisettes sur les branches des noisetiers quand elles tombent mûres
Le frrrout de l’alouette des champs qui se lève du chaume

— Quelles scènes exquises les matins de rosée quand la rosée jaillit en éclair de ses plumes brunes

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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AMOUR NOCTURNE (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Maria Amaral_5310

AMOUR NOCTURNE

On entend celui qui nage dans cette piscine d’ombre
je ne comprends pas pourquoi mes bras ne se blessent pas
par ta respiration je suis l’angoisse du crime
et tu tombes dans le piège tendu par le rêve
Tu conserves dans tes yeux le nom de ton complice
mais je trouve tes paupières plus dures que le silence
et plutôt que de la partager je tuerais la jouissance
de te livrer au sommeil les yeux fermés
je souffre de sentir avec quelle joie ton corps cherche
le corps qui triomphe sur toi plus que le sommeil
et je compare la fièvre de tes mains
avec mes mains de glace
et le tremblement de tes tempes confondu avec mon pouls
et le plâtre de mes cuisses avec la peau des tiennes
que l’ombre gruge avec son incurable lèpre
Je sais quel est le sexe de ta bouche
et ce que cache l’avarice de ton aisselle
et je maudis la rumeur qui inonde le labyrinthe de ton oreille
sur l’oreiller d’écume
sur la dure page de neige
Ça n’est pas que le sang fuit de moi comme la flèche de l’arc
c’est plutôt que la colère circule dans mes veines
jaune d’incendie en pleine nuit
et tous les mots dans la prison de la bouche
et une soif qui dans l’eau du miroir
satisfait sa soif par une soif identique
De quelle nuit je m’éveille à cette nuit nue
longue et cruelle nuit qui n’est déjà plus nuit
près de ton corps plus mort que mort
qui n’est déjà plus ton corps mais plutôt son vide
parce que l’absence de ton rêve a tué la mort
et parce que mon froid est si grand qu’avec une nouvelle chaleur
il ouvre mes yeux là où l’ombre est la plus dure
et la plus claire et plus lumineuse que la lumière elle-même
et ressuscite en moi ce qui n’a jamais été
et c’est une douleur inespérée et encore plus de froid et de feu
n’être plus que la statue qui s’éveille
dans l’alcôve d’un monde où tout est mort

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Maria Amaral

 

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VILLE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2018



Illustration: Isabelle Fournier Perdrix
    
VILLE

tu ne veux plus surprendre le bruissement des étoiles
dans la conque du sommeil

de leur plein gré s’en vont sombrer
des silhouettes seulement entrevues

si nous espacions nos gestes
il y aurait de vastes champs de neige

les rues partent à perdre haleine
vers d’introuvables forêts

les maisons vides gardent ton nom pour elles
comment le leur redemander

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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REQUIESCAT (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2018



REQUIESCAT

Va doucement, elle est là
Sous la neige qui gîte,
Et peut entendre, parle bas,
Pousser les marguerites.

Ses clairs cheveux d’or
Ternis de rouille,
Elle si jeune et belle encor,
Que la poussière souille.

Blanche comme neige et comme lys pure
Elle ne savait même pas
Qu’elle était femme tant lui furent
Douces les années qu’elle passa.

Planche de bois, dalle de pierre,
Corset d’un trou,
Ma douleur est solitaire,
Elle dort dessous.

Silence, silence, elle ne peut entendre
Le son des lyres ou des sonnets,
C’est avec elle sur ma vie que je vais tendre
Ce voile de terre abandonné.

***

REQUIESCAT

Tread lightly, she is near
Under the snow,
Speak gently, size can hear
The daisies grow.

All her bright golden hair
Tarnished with rust,
She that was young and fair
Fallen to dust.

Lily-like, white as snow,
She hardly knew
She was a woman, so
Sweetly she grew.

Coffin-board, heavy stone,
Lie on her breast,
I vex my heart alone,
She is at rest.

Peace, peace, she cannot hear
Lyre or sonnet,
All my life’s buried here,
Heap earth upon it.

(Oscar Wilde)

 

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PRÉSENCE DE L’AMOUR (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



 


    
PRÉSENCE DE L’AMOUR

Ton ventre doux comme la neige
Tes mains plus douces que des mains
Toutes les mains renouvelées
Un seul instant entre les tiennes

Belle d’avoir toute beauté
Dans la douleur qui t’accompagne
Tes pleurs aux nôtres confondus
Ta joie plus forte que nos cris

Calme poitrine que décorent
La racine la flamme nue
Plus désirée d’être conquise
Tu dissimules tes oiseaux

Toi seule aidée de tes caresses
Tu me protèges tu me vêts.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Nous dormions ensemble (Katherine Mansfield)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2018



Nous dormions ensemble

Nous dormions ensemble… comme tu étais fatigué…
Comme la chambre était tiède, et longues les flammes
Sur le plafond, les murs et le grand lit blanc.
Nous parlions par chuchotements comme font les enfants,
Chacun à son tour. Tantôt c’était moi, puis c’était toi,
Un instant endormis, qui nous éveillions. «Tu vois,
Disait l’un de nous, je n’ai pas du tout sommeil…»

Etait-ce il y a mille ans?
Je me suis réveillée dans tes bras ? tu dormais profondément
Et j’ai entendu les pas précipités des moutons.
Doucement je me suis glissée à terre et j’ai rampé
Jusqu’à la fenêtre aux rideaux tirés.
Puis, tandis que tu dormais encore, j’ai regardé les moutons
Passer dans la neige.

O troupeau de pensées, frissonnantes, désolées,
Dehors dans le froid avec la Peur pour berger,
Qui dans mon cœur es rentré au bercail!
Mille ans… Est-ce hier que dans l’obscurité,
L’un contre l’autre serrés,
Enfants de très loin nous étions couchés
Et dormions ensemble? Comme tu étais fatigué…

***

Sleeping together

Sleeping together… how tired you were!…
How warm our room… how the firelight spread
On walls and ceiling and great white bed!
We spoke in whispers as children do,
And now it was I — and then it was you
Slept a moment, to wake — « My dear,
I’m not at all sleepy », one of us said…

Was it a thousand years ago?
I woke in your arms — you were sound asleep ?
And heard the pattering sound of sheep.
Softly I slipped to the floor and crept
To the curtained window, then, while you slept,
I watched the sheep pass by in the snow.

O flock of thoughts with their shepherd Fear
Shivering, desolate, out in the cold,
That entered into my heart to fold!
A thousand years… was it yesterday
When we, two children of far away,
Clinging close in the darkness, lay
Sleeping together ? … How tired you were ! …

(Katherine Mansfield)


Illustration: Henri Toulouse Lautrec

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Victoire éclair (René Char)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2018




    
Victoire éclair

L’oiseau bêche la terre,
Le serpent sème,
La mort améliorée
Applaudit la récolte.

Pluton dans le ciel!

L’explosion en nous.

Là seulement dans moi.

Fol et sourd, comment pourrais-je l’être davantage?

Plus de second soi-même, de visage changeant, plus de saison pour la flamme et de saison pour l’ombre!

Avec la lente neige descendent les lépreux.

Soudain l’amour, l’égal de la terreur,
D’une main jamais vue arrête l’incendie, redresse le soleil, reconstruit l’Amie.

Rien n’annonçait une existence si forte.

(René Char)

 

Recueil: Commune présence
Traduction:
Editions: Gallimard

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Laissez-moi seul (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2018



 
Illustration: ArbreaPhotos
    
Laissez-moi seul

Une vérité est couleur de cendre,
Une autre vérité est couleur de planète ;
Mais toutes les vérités, du sol jusqu’au sol,
Ne valent la vérité sans couleur de vérité,
La vérité qui ne sait comment l’homme souvent s’incarne dans la neige.

Quant au mensonge, il suffit de lui dire « j’aime »
Pour que pousse entre les pierres
Sa fleur, qui pour des feuilles montre des baisers
Des épines au lieu d’épines.

La vérité, le mensonge,
Comme des lèvres bleues,
L’une dit, l’autre dit ;
Mais jamais vérités ou mensonges ne prononcent leur torve secret ;
Vérités ou mensonges
Sont oiseaux qui émigrent à la mort des yeux.

***

Dejadme solo

Una verdad es color de ceniza,
Otra verdad es color de planeta;
Mas todas las verdades, desde el suelo hasta el suelo,
No valen la verdad sin color de verdades,
La verdad ignorante de cómo el hombre suele encarnarse
en la nieve.

En cuanto a la mentira, basta decirle « quiero »
Para que brote entre las piedras
Su flor, que en vez de hojas luce besos,
Espinas en lugar de espinas.

La verdad, la mentira,
Como labios azules,
Una dice, otra dice;
Pero nunca pronuncian verdades o mentiras su secreto
torcido;
Verdades o mentiras
Son pájaros que emigran cuando los ojos mueren.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Un fleuve, un amour
Traduction: Jacques Ancet
Editions: Fata Morgana

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Comme elle fut bientôt (Yaezakura)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2018




    
Comme elle fut bientôt
supérieure à nos forces
la boule de neige

(Yaezakura)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Miroirs de la nature
Traduction:
Editions: Seuil

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Cette neige (René Char)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2018


neige_suspendue

Cette neige,
nous l’aimions,
elle n’avait pas de chemin,
elle découvrait notre faim.

(René Char)

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