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AUTOPORTRAIT SANS MIROIR (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



AUTOPORTRAIT SANS MIROIR

I. Je passe

Je suis la femme transparente
Celle qu’on efface sans bruit
Et qui s’en va comme l’eau fuit
Pâle à trente ans comme à soixante.

Je suis la femme murmurante
Qui propose son faible appui
Et cause juste un brin d’ennui
Aux esprits libres qu’elle hante.

Pour ces êtres auxquels je tiens
Je continue à n’être rien
Qu’une tranquille parenthèse.

Quand j’expose mon coeur blessé
Ils coupent court : « Ça va passer !»
Il est plus doux que je me taise.

II. Je casse

Je suis la femme aux nerfs de verre
Mal installée dans ses tessons
Moitié fakir moitié trouvère
Toujours bancale en ses chansons.

Je suis la femme à l’air sévère
Qui ne comprend rien aux leçons
De l’existence, et persévère
Dans l’entretien de ses frissons.

Je suis l’échappée du naufrage
Qui se hâte vers le rivage
Pour se noyer dans un sanglot.

Je suis la femme de baudruche
Qui fait toujours un peu l’autruche
Sous la plume de son stylo.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: Lucarne Poétique

Illustration

 

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ATTENDRE (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

Lierre panaché près du boulevard périphérique, porte d'Auber

ATTENDRE

Bien que sois sis et benaise au fond d’un grand fauteuil
J’attends j’attends comme doit attendre un poteau planté sur un bord de route
Et qu’attend-il ce poteau depuis des ans qu’il est planté là
Ne sais puisque moi homme ne suis de la famille des poteaux et donc ne sais ce qu’ils pensent
Mais ils attendent c’est évident
Et même ils extériorisent plus que moi car on peut me passer devant
Et ne pas savoir que j’attends
Tandis que tout le monde en passant devant un poteau
Se sent obligé de dire que diable attend-il encor celui-là
Seulement voici la différence
Le poteau n’a pas de nerfs
Alors il est presque aussi patient qu’un saint
Et dame un saint est presque un poteau
Mais moi ne suis ni saint ni poteau
Et j’attends j’attends j’attends et ne vient pas ce que j’attends
Comme un poteau c’est peut-être le Temps

(Pierre-Albert Birot)

Illustration

 

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Portrait d’une ville (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2016



Portrait d’une ville

Elle porte nom de rivière cette ville
où les rivières jouent à cache-cache.
Ville faite de montagne
indissolublement mariée
à la mer.

Ici
le jour se lève comme dans n’importe quel autre endroit du
monde
mais vibre le sentiment
que les choses se sont aimées pendant la nuit.

Les choses se sont aimées. Et s’éveillent
plus jeunes, avec l’appétit de vivre
de la lumière dans l’écume,
la topaze du soleil dans le feuillage,
l’irisation de l’heure
sur le sable déployé à perte de vue.

Des formes adolescentes ou adultes
se découpent sculptées dans l’eau éclaboussée.
Un rire clair, venu d’avant la Grèce
(venu de l’instinct)
couronne la sarabande du bord de mer.

Regarde, regarde ce corps
qui est fleur en acte de fleurir
entre ce parasol et cette planche de surf,
luxueusement fleur, gratuitement fleur
offerte à la vue de celui qui passe
dans l’acte de voir et non de cueillir.

Voici qu’une frénésie gagne ce peuple
griffe l’asphalte de l’avenue, heurte l’air,
Rio prend forme de sambista.
C’est carnaval pur, douce folie,
retentissant dans le chant de mille bouches,
dix mille, trente mille, cent mille bouches,
dans un rituel d’abandon à un dieu ami,
dieu rapide qui passe et laisse
un sillage de musique dans l’espace
pour le reste de l’année.

[…]

Le Christ, une statue? Une présence,
du haut, non pas des astres,
mais du Corcovado, bien plus proche
de l’humaine contingence,
préside au vivre général, sans grand effort,
car la loi carioca
(ou destin carioca, peu importe)
il faut mélanger tristesse, amour et musique,
travail, blague, loterie,
dans le même coquillage du moment
qu’il est indispensable d’avaler jusqu’à sa dernière
goutte de miel et de nerfs, pleinement.

La sensualité voletant
par des chemins ombreux et au plein jour
des collines et des baies,
dans l’air tropical infuse l’essence
des rondes voluptés partagées.
Tout autour de la femme
un système de gestes et de voix
va se tramant. Et va se définissant
l’âme de Rio: voir la femme en tout.
Dans le contour des jardins, dans la taille svelte
du palmier, dans la tour circulaire,
dans le profil du morne et l’écoulement de l’eau
femme femme femme femme.

(Carlos Drummond de Andrade),

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Lumière (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2016



Lumière
mon meuble doux
quand j’emménage ainsi
dans l’aube

Rideaux et tentures tirés
sur les nerfs
et sur l’albâtre indécis
du souvenir

(Werner Lambersy)


Illustration: Geneviève Peyrade

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Demain (Pierre Dalle Nogare)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2016



Demain
Je vais construire une maison
Dans mes nerfs:
Me servir de bras et jambes
Ventres et organes
Pour édifier
mon lieu

(Pierre Dalle Nogare)

 

 

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Le monde (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2016



Edward Hopper [1280x768]

 

Le monde ne se déshabille jamais assez.
Le monde est une bouteille jetée à l’infini.
Le monde aime les coups de lune.
Le monde est un maître de danse.
Le monde a la couleur du souffle.
Le monde est un satellite du coeur.
Le monde ne peut être trop monde.
Le monde est le buvard des nerfs.

(Zéno Bianu)

Illustration: Edward Hopper

 

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