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Poésie

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Le Diable Fait toujours bien tout ce qu’il fait! (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018


pyramide

Emblèmes nets, tableau parfait
D’une fortune irrémédiable,
Qui donne à penser que le Diable
Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

(Baudelaire)

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SPHINX (Germain Nouveau)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



Illustration: Gustave Moreau
    
SPHINX

Toutes les femmes sont des fêtes,
Toutes les femmes sont parfaites,
Et dignes d’adoration,
Sous les fichus ou sous les mantes
Toutes les femmes sont charmantes,
Oui, toutes, sans exception;

Toutes les femmes sont des Belles
Sous les chapeaux ou les ombrelles
Et sous le petit bonnet blanc;
Toutes les femmes sont savantes,
Les princesses et les servantes,
Les ignorantes… font semblant;

Toutes les femmes sont des reines :
Impératrices souveraines
Et grisettes de magasin,
Et premières communiantes,
Avant comme après si liantes
Avec les lèvres du cousin;

Toutes les femmes sont honnêtes,
Le coeur loyal et les mains nettes,
En sabots, ou sur les patins;
Adorables prostituées,
Nous mériterions vos huées :
C’est nous qui sommes les… pantins.

Toutes les femmes sont des saintes,
Surtout celles qui sont enceintes
Tous les neuf mois sans perdre un jour,
Et qui de janvier à décembre
Se pâment la nuit dans leur chambre
Par la volonté de l’Amour.

Toutes, toutes, sont bienheureuses
D’élargir leurs grottes ombreuses
D’où l’amour a fichu la peur
Par la fenêtre… déchirée,
« Et la fille déshonorée »?
Rit dans sa barbe… de sa peur,

Plus fines que nous et meilleures,
Efles nous sont supérieures…
Chaque Français, dans tous les cas,
S’il les aborde se découvre
Et c’est le plus grand, dans le Louvre,
Qui sait saluer… le plus bas,

Belle, parfaite, reine, sainte,
Honnête si ce n’est enceinte,
Tout cela s’applique fort bien
A la femme que tu veux être…
Mais… si l’on pouvait Vous connaître,
Ah!… quant à moi… je ne sais rien…
Devant Vous je songe, immobile,
Tel, droit, sur son cheval Kabyle,
Bonaparte, au regard de lynx,
Sans suite, seul, un grand quart d’heure,
Au soleil des sables, demeure
Fixe et rêveur, devant le Sphinx!

(Germain Nouveau)

 

Recueil: La Doctrine de l’Amour Valentines
Traduction:
Editions: Gallimard

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La poésie (Julien Delmaire)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2018



Grand Corps Malade   
    
[…]

Ce feu-là nous l’avons perdu
Oublié trahi renié
Parfois lorsque la mélancolie gerce nos habitudes
Un goût de métal froid se mêle à la salive
Les mots s’entrechoquent dans nos bouches
Mais rien ne sort
Rien ou juste un truc
Un truc pas net
Pas correct
Pas propre
Pas poli
Pas convenu
Pas convenable

Ce truc c’est la poésie

La poésie c’est le mot qui brûle
C’est l’enfance rendue à sa révolte…

(Julien Delmaire)

 

Recueil: Turbulences
Traduction:
Editions: Le temps des cerises

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La souffrance (Baruch Spinoza)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



Illustration: Pascal Renoux
    
La souffrance cesse d’être souffrance
sitôt que l’on s’en forme
une représentation nette et précise.

(Baruch Spinoza)

 

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Le Gardeur de Troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Tout ce que je vois est net comme un tournesol.
J’ai l’habitude d’aller le long des routes
Tout en regardant à droite et à gauche,
Et de temps en temps derrière moi…
Or ce que je vois à chaque instant
Est cela même qu’auparavant jamais je n’avais vu,
Et je sais fort bien m’en rendre compte…
Je sais maintenir en moi l’étonnement
Que connaîtrait un nourrisson si, à sa naissance,
Il remarquait qu’il est bel et bien né…
Je me sens nouveau-né à chaque instant
Dans la sereine nouveauté du monde…

Je crois au monde comme à une marguerite,
parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser, c’est ne pas comprendre…
Le monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(Penser, c’est être dérangé des yeux)
Mais pour que nous le regardions et en tombions d’accord…
Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais c’est que je l’aime, et je l’aime pour cela même,
Parce que lorsqu’on aime, on ne sait jamais ce qu’on aime
Pas plus que pourquoi on aime, ou ce que c’est qu’aimer…

Aimer est la première innocence,
Et toute innocence ne pas penser…

(Fernando Pessoa)

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L’éclat aveugle et net (Petr Král)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2018




    
Alors qu’on s’entretient tout bas
de ce qui, à jamais, nous dépasse,
l’éclat aveugle et net du drap
pendu au fond du verger, entre deux arbres.

(Petr Král)

 

Recueil: Cahiers de Paris
Traduction:
Editions: Flammarion

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Nous sommes le brouillon d’un texte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Nous sommes le brouillon d’un texte
qui ne sera jamais mis au net.

Avec des mots rayés,
répétés,
mal écrits
et même avec des fautes d’orthographe.

Avec des mots qui attendent,
comme attendent tous les mots,
mais ici abandonnés,
doublement abandonnés
entre des marges droites et vides.

Il suffirait pourtant qu’une seule fois
ce brouillon maladroit soit lu à voix haute,
pour que nous n’ attendions plus désormais
de texte défiinitif.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 9
Traduction:
Editions: Points

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Avec une intensité soudaine (Virginia Woolf)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


 


 

la-femme-peintre

Avec une intensité soudaine,
comme si l’espace d’une seconde,
elle l’eût vu net,
elle mena une ligne,
là, au centre.
Tout était fini.
Oui, songea-t-elle, reposant son pinceau,
au comble de l’épuisement,
j’ai eu ma vision.

(Virginia Woolf)

 

 

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LA MAISON ROSE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018



 

Illustration: Vincent Van Gogh
   
LA MAISON ROSE

ils ont refait le crépi
de la maison rose
que nous voulions revoir
pour la couleur
du côté des parcs à huîtres

la façade est blanche
nette, impeccable
— ces traînées le long des fenêtres
cette matière brûlée par le sel —

La Rosaie dans la pierre maintenant
au-dessus de la porte
comme le titre d’un tableau
qui n’aurait plus de sens

la poésie comme la vie
tient toujours à un fil

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Une masse parfumée de fruits (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
une masse parfumée de fruits distinctement regroupés.

Une semaine que je n’ai pas mangé de poivrons.

Dans cette rue les maisons parlent d’abondance
(il est six heures passées de neuf minutes)

le rugissement immaculé en boucle du Métro replet
se redresse, dans une distance plus nette …

Un nouvel arc d’enfants se crispe d’allégresse
à l’endroit où un orgue de Barbarie halète avec précision.

et les vieux juifs pompeux se convulsent obscurément
dans le grouillement cahoteux du Grand. une écume
confuse de visages obstrue la Seconde tandis que Mme. Machinwich

(dont la chair est pareille à un vieux ballon d’enfant)

lourdement nage vers Chez Strunsky,

la bouche
de Monia mange des mandarines en contemplant la lune—

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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