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Poésie

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Nous sommes le brouillon d’un texte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2018




    
Nous sommes le brouillon d’un texte
qui ne sera jamais mis au net.

Avec des mots rayés,
répétés,
mal écrits
et même avec des fautes d’orthographe.

Avec des mots qui attendent,
comme attendent tous les mots,
mais ici abandonnés,
doublement abandonnés
entre des marges droites et vides.

Il suffirait pourtant qu’une seule fois
ce brouillon maladroit soit lu à voix haute,
pour que nous n’ attendions plus désormais
de texte défiinitif.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie verticale 9
Traduction:
Editions: Points

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Avec une intensité soudaine (Virginia Woolf)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


 


 

la-femme-peintre

Avec une intensité soudaine,
comme si l’espace d’une seconde,
elle l’eût vu net,
elle mena une ligne,
là, au centre.
Tout était fini.
Oui, songea-t-elle, reposant son pinceau,
au comble de l’épuisement,
j’ai eu ma vision.

(Virginia Woolf)

 

 

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LA MAISON ROSE (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 23 février 2018



 

Illustration: Vincent Van Gogh
   
LA MAISON ROSE

ils ont refait le crépi
de la maison rose
que nous voulions revoir
pour la couleur
du côté des parcs à huîtres

la façade est blanche
nette, impeccable
— ces traînées le long des fenêtres
cette matière brûlée par le sel —

La Rosaie dans la pierre maintenant
au-dessus de la porte
comme le titre d’un tableau
qui n’aurait plus de sens

la poésie comme la vie
tient toujours à un fil

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Une masse parfumée de fruits (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




    
une masse parfumée de fruits distinctement regroupés.

Une semaine que je n’ai pas mangé de poivrons.

Dans cette rue les maisons parlent d’abondance
(il est six heures passées de neuf minutes)

le rugissement immaculé en boucle du Métro replet
se redresse, dans une distance plus nette …

Un nouvel arc d’enfants se crispe d’allégresse
à l’endroit où un orgue de Barbarie halète avec précision.

et les vieux juifs pompeux se convulsent obscurément
dans le grouillement cahoteux du Grand. une écume
confuse de visages obstrue la Seconde tandis que Mme. Machinwich

(dont la chair est pareille à un vieux ballon d’enfant)

lourdement nage vers Chez Strunsky,

la bouche
de Monia mange des mandarines en contemplant la lune—

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: XLI Poèmes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: La Nerthe

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Je vais proférer un arbre (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Illustration: Lionel Valot
    
je vais proférer un arbre,Personne
ne m’arrêtera

mais d’abord
la terre,l’insouciante orale obscurité
se déchaînant en de fines impulsions

je ferai

un
rêve
je
pense qu’il sera de roses et
le printemps lui apportera
des vers se ruant dans le terreau.

(ensuite je
monterai
avec de longs muscles attentifs

dans un silence nerveux précis… Mais d’abord

tu)

presseras doucement
d’abord,ce sera les feuilles
et un peu plus fort

pour les roses
juste un peu plus fort

à la fin nous
dans le feu gémissant d’un net énorme
pataugeant baiser montant humide hideusement avec
de larges
minuscules
hanches,Oh

.presse

les vers se ruant lentement dans le terreau

***

i am going to utter a tree,Nobody
shall stop me

but first
earth ,the reckless oral darkness
raging with thin impulse

i will have

into nervous and accurate silence….But first
a
dream
i
think it shall be roses and
spring will bring her
worms rushing through loam.

(afterward i’ll
climb
by tall careful muscles

into nervous and accurate silence….But first

you)

press easily
at first,it will be leaves
and a little harder

for roses
only a little harder

last we
on the groaning flame of neat huge
trudging kiss moistly climbing hideously with
large
minute
hips,O

.press

worms rushing slowly through loam

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Respiration (Aya Cheddadi)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2018



Illustration
    
Respiration

Le vent est ainsi
il ne regarde pas il emporte
Cessez vos simagrées
le vent ne regarde pas
Il ne sert à rien de s’agripper
à la rampe de la mosquée
chaque doigt cédera
ou de croire que vous pourrez rester
dans votre villa cité des Pins
éternellement
Le vent emporte
il ne distingue pas le mort du vivant
l’homme de la femme
la cravate de la semelle
petits tourbillons de poussière
ou bourrasques, tempêtes
sur les esquifs bleus et rouges
dans l’orage qui entrechoque les mondes
ou la vivacité d’un ciel clair

Le vent est magnanime
il fait place nette

(Aya Cheddadi)

 

Recueil: Tunis marine
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand tout ce que contenait ma demeure fut vendu (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017



Illustration: Edward Hopper
    
Quand tout ce que contenait ma demeure fut vendu,
les pièces bouleversées devinrent des cages à résonances.
Si je m’asseyais sur une des caisses pleines d’objets à expédier
et qui constituaient à présent mon unique mobilier,
des voix et des sons d’autrefois s’élevaient, de plus en plus nets,
de plus en plus clairs dans les salles d’une majestueuse nudité.

(Karen Blixen)

 

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Là où le silence et la solitude (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Là où le silence et la solitude
Croisent la nuit et le froid,
J’attendis comme on attend en vain
Si net et si précis était le vide.

***

No ponto onde o silêncio e a solidão
Se cruzam com a noite e com o frio,
Esperei como quem espera em vão,
Tão nítido e preciso era o vazio.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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Viens lentement t’asseoir (Émile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2017



 

Illustration: Jeanie Tomanek
    
Viens lentement t’asseoir

Viens lentement t’asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi :
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d’effroi
Trouble notre prière.

Là-haut, le pur cristal des étoiles s’éclaire :
Voici le firmament plus net et translucide
Qu’un étang bleu ou qu’un vitrail d’abside ;
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.

Les mille voix de l’énorme mystère
Parlent autour de toi,
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d’argent de l’invisible
Prennent ton âme et sa ferveur pour cible.
Mais tu n’as peur, oh ! simple cœur,
Mais tu n’as peur, puisque ta foi
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.

Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore ;
Un grand conseil de pureté
Flotte, comme une étrange aurore,
Sous les minuits du firmament.

(Émile Verhaeren)

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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La mort (Philippe Granier)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017


>André Mantegna - Le Christ Mort, 1480-1490 La mort
absurde
(la mort)
comme un gel
comme une agate
éclatée
dans tes yeux la mort
changée en larme de sel
une vie s’est arrêtée
net
et au travers
je t’aime
plus de mots à trouver
que les sanglots
la nuit glacée
le silence
de nos bras
nos coeurs gros
la présence
ouvert et sans arme
je reste là
contre toi
comme un gaz
comme une braise
comme étonné dans l’air
les mots ne boivent pas les larmes

(Philippe Granier)

Illustration: Andrea Mantegna

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