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Poésie

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Et le temps de la mort était bref (Claude Sernet)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2017




    
Et le temps de la mort était bref
Et le monde ajoutait son attente
Au tourment de la terre et des eaux

Et le jour remontait de l’abîme
Et la nuit retournait à la nuit
Et la pluie accourait sur la terre
Et le vent demeurait sur les eaux

Et ce fut dans le vent, dans la pluie
Un désordre de rêve et d’amour
Et l’amour était neuf sur la terre
Et le rêve était vieux sur les eaux

Et la vie et la mort étaient justes
Et le rêve et l’amour étaient bons
Et la vie écoutait sur la terre
Et la mort se taisait sur les eaux

Il se fit un désordre de rêve
Un désordre de vie et de mort
Et l’amour refleurit sur la terre
Et le ciel éclata sur les eaux

(Claude Sernet)

 

Recueil: Les Pas recomptés
Editions: Seghers

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L’innocente Léda (Remy de Gourmont)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2017



Paul Prosper Tiller 1280 [800x600]

L’innocente Léda baignait ses membres nus,
La grâce de son corps enchantait l’eau du fleuve,
Et les roseaux, pressés de frissons inconnus,
Disaient une musique aussi douce que neuve,

Quand le cygne parut, blanche nef sur le fleuve.

Quand le cygne parut, blanche nef au front d’or,
Léda tressaillit d’aise et demeura songeuse,
Puis, lentement, sans bruit, elle revint au bord
Et se coucha dans l’herbe, à l’ombre d’une yeuse ;

La bête s’avançait, belle, ardente et songeuse.

La bête s’avançait, belle, ardente, et d’un air
Si royal et si mâle, que Léda fut charmée
Et qu’elle regretta, dans l’erreur de sa chair,
De n’être pas un cygne, afin d’en être aimée

Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et charmée.

Parmi l’ombre et parmi l’herbe molle et les lys,
Léda se ploie au poids de l’animal insigne,
Tout ruisselant encore des eaux de Simoïs,
Et son corps étonné frissonne et se résigne

A ne caresser que le plumage d’un cygne.

(Remy de Gourmont)

Illustration: Paul Prosper Tillier

 

 

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Comment cacher mes épaules (Claire Genoux)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2017



    

Comment cacher mes épaules
au milieu de la foule
quand je sens derrière mon dos

L’automne est devant moi
comme un parterre de fleurs
transpirant dans leurs habits neufs
et secouant leur crinière avec arrogance
je veux tenir loin le public des arbres
pour qu’ils n’entendent pas mes cris de femme ivre
qu’ils ne retiennent pas la formule
avec laquelle je me livre au vent doux

(Claire Genoux)

 

Recueil: Revue Vagabondages
Editions: Cherche Midi

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Emporte-moi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Emporte-moi

Emporte-moi, langage, emporte-moi.
Si je suis nu, le mot se fait navire.
Au loin cette île offre-t-elle un asile
ou le point fixe où rêve ma statue ?

Je marcherai s’il le faut sur la mer
pour te trouver, pour adorer tes lettres
et pour scander tes syllabes d’azur,
à tout jamais pour me mêler à toi

car je t’habite en te logeant moi-même,
soleil issu du corps dont je caresse
la chevelure. Et ta bouche salée
vient se poser sur celle qui te nomme.

Le chant du mot danse dans le visible,
le mouvement dessine le silence
où tu parais tel un roi sans couronne
pour te nommer tout en parlant d’un autre.

Emporte-moi langage en tes naufrages,
glissons unis, glissons dans les abysses.
Nous renaîtrons à la faveur d’un signe
de la voix neuve inscrite sur nos fronts.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Ceci ce sont des années mornes (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2017




    
Ceci ce sont des années mornes
De belles fleurs elle en prendra combien
Plein les bras si pour offrir voilà
Rubans papier d’argent et avec ça
Autant d’oeillets et avec ça ce sera tout
Sentent neuf merci voir

(Valérie Rouzeau)

 

Recueil: NEIGE RIEN
Editions: Editions Unes

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Rien de neuf (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017




    
rien de neuf

Rien
de
nouveau
sous le soleil
sauf
toi et moi.

(Richard Brautigan)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Pourquoi les poètes inconnus restent inconnus
Traduction: Thierry Beauchamp et Romain Rabier
Editions: Le Castor Astral

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LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IX) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2017



Illustration: Amedeo Modigliani
   
LE DÉSIR N’A PAS DE LÉGENDE (IX)

En te renversant sur le lit,
tu donnes à la clarté la forme même de tes seins
et le jour use toute sa lumière
à vouloir ouvrir tes genoux.

Tu prends ta source dans le miroir qui coule du mur,
tu as du soleil jusqu’au fond de la gorge,
tu es neuve comme une goutte de rosée
que personne n’a vue, que personne n’a bue.

Tu as le cou fragile de ces oiseaux
qu’on voit rarement se poser sur la terre
et quand tu es dans la rue le regard des hommes
monte autour de toi comme une marée.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Du vieux papier on fait du neuf (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Pieter Brueghel l’Ancien
    
Du vieux papier on fait du neuf,
et des morts se font les vivants,
et toujours ainsi, jusqu’à la fin des siècles!

Or, si tout cela n’est que cela,
néant pour néant,
ne valait-il pas mieux
le néant calme?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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J’ai cherché dans ta chair (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
J’ai cherché dans ta chair une raison de vivre,
je n’ai trouvé qu’un corps où ma bouche
revenait avec le même baiser d’acier,
la même pointe de feu hardie et désespérée.

Au moment où la terre remontait jusqu’à mes mains
dans le battement d’un ventre à peine déclos,
je criais ma joie à l’être sur lequel je roulais
comme sur la plus haute vague de la mer.

Je tentais de passer bien au-delà de cette chair
mais elle restait simplement franchie comme un pas
arqué dans un printemps de rosée,
comme une fente de soleil au coeur du monde.

Les mots que je disais pour lier l’espace à nous
s’abattaient comme des oiseaux
dans le regard desquels tout le ciel avait tenu
et l’amour demeurait imprenable entre nos yeux.

Ton corps perdait peu à peu son visage,
le monde un instant se fermait sur moi
et au plus clair de cette femme qui me cachait la terre
je trouvais des forêts de douceur.

Et nous étions aussi loin l’un de l’autre
que la lumière l’est de la pierre qu’elle touche.
Nous nous retrouvions dans notre nudité comme devant un miroir
qui n’a pas besoin du jour pour se reconnaître.

En pleine éternité, dans une chute interminable
de montagne en montagne, de clairière en clairière,
nos corps se tenaient aux branches de tendresse
qui naissaient d’un sein tendu contre mon épaule.

Nos chairs nues comme un matin de fenêtres
montaient d’un seul jet vers deux visages
qui s’étonnaient de n’avoir pour limite que le fond d’un regard.
Rien ne nous séparait lorsque nous fermions les yeux.

Le plaisir était neuf comme une coulée de métal.
Tu n’étais plus qu’un fruit tombé dans l’herbe
et pour y goûter il fallait chercher ta bouche,
il fallait se gorger de tes seins, de ton sexe.

Un baiser et notre existence n’avait plus de poids
Un sourire et l’amour recouvrait toutes les vallées
Un regard et la mer était au-dessus de nous
Un mot et le monde revenait lentement sous nos pieds.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Retouche à l’amour (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2017



Illustration: Alexis Becard 
    
retouche à l’amour

fleur neuve et de hasard
sortie des millénaires d’herbe
la main t’approche et tremble
laissant son double te cueillir
pour l’offrande au miroir

(Daniel Boulanger)

 

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