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Poésie

Posts Tagged ‘noblesse’

A présent (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2018



Illustration: Nupur Choudhary 
    
A présent le souci de parler
sur tant d’évidences
pèse lourd
Le livre est à sa fin
sans plus de forces
Les formes aimables
le débordent

Et donc regarde-moi
C’est ma supplique
A la dérobée regarde-moi
Puis viens vers tous ces signes
noircis en juste perte
Accorde-leur l’amitié
d’un long regard

Que ta noblesse les anime

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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L’ARMOIRE AUX ÉPICES (Norge)

Posted by arbrealettres sur 15 août 2018



L’ARMOIRE AUX ÉPICES

Elle est en merisier ;
c’est l’armoire de ma grand-mère.
Le safran, la verveine, le poivre,
la noix de muscade et le clou de girofle y font bon ménage avec la riche cassonade.
Mais le thym, le laurier, le café, la cannelle sont les seigneurs de ce petit royaume ;
vassaux toutefois de la reine Vanille, la longue fée en robe noire
qui les domine tous par la taille, le parfum, la noblesse.

(Norge)

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STANCES A LA CHATELAINE (Gaston Couté)

Posted by arbrealettres sur 22 juillet 2018



Illustration: John Duncan Fergusson 
    
STANCES A LA CHATELAINE

Madame, c’est moi qui viens.
Moi, cela ne vous dit rien !
Je viens vous chanter quand même
Ce que mon cœur a rimé
Et si vous voulez m’aimer ?
Moi : c’en est un qui vous aime !

Oh ! vos mains, dont les pâleurs
Bougent, en gestes de fleurs
Qu’un peu de brise caresse !
Oh ! vos beaux yeux impérieux !
Un seul regard de ces yeux
Dit assez votre noblesse !

Vos aïeules ont été,
Sous le grand chapeau d’été
Fleuries comme un jour de Pâques,
Marquises de Trianon,
Et moi, fils de gens sans nom,
J’ai des goûts à la Jean-Jacques !

Votre parc est doux et noir :
Il y ferait bon ce soir
Pour achever ce poème
Que mon cœur seul a rimé.
Donc, si vous voulez m’aimer,
J’y serai, moi qui vous aime !

– Je chantais cela tantôt,
Aux grilles de son château.
A la fin, compatissante,
Elle dit à son larbin :
« Joseph, portez donc du pain
Au pauvre mendiant qui chante ! »

(Gaston Couté)

 

 

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Angoisse (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Angoisse

Je ne viens pas ce soir vaincre ton corps, ô bête
En qui vont les péchés d’un peuple, ni creuser
Dans tes cheveux impurs une triste tempête
Sous l’incurable ennui que verse mon baiser :

Je demande à ton lit le lourd sommeil sans songes
Planant sous les rideaux inconnus du remords,
Et que tu peux goûter après tes noirs mensonges,
Toi qui sur le néant en sais plus que les morts.

Car le Vice, rongeant ma native noblesse
M’a comme toi marqué de sa stérilité,
Mais tandis que ton sein de pierre est habité

Par un cœur que la dent d’aucun crime ne blesse,
Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

 

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Thé et café (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



Thé et café

Le fleur de café voulut un jour faire le voyage de Chine
pour aller rendre visite à sa soeur la fleur de thé.
Celle-ci la reçut avec une bienveillance dans laquelle perçait un
léger sentiment de supériorité.
Pour la fleur de thé, en effet, le café n’était qu’une fleur barbare
avec laquelle elle consentait à entrer en relations
malgré la distance qui sépare une Chinoise civilisée
d’une étrangère encore plongée dans les ténèbres de l’ignorance:

—Ma noblesse est de six mille ans plus vieille que la vôtre,
elle date de la fondation même du royaume de Chine,
qui est le plus ancien des royaumes connus.
—Vous êtes si fade, s’écria le café, que les Chinois eux-mêmes
ont été obligés de vous abandonner pour l’opium.
Vous n’êtes plus pour eux un excitant, père de doux rêves,
mais une simple boisson de table, comme chez nous le
cidre ou la petite bière.
—J’ai conquis, répliqua le thé avec vivacité,
un peuple qui a vaincu les Chinois.
Je règne en Angleterre.
—Et moi en France.
—J’ai inspiré Walter Scott et lord Byron.
-J’ai animé la verve de Molière et de Voltaire.
—Vous êtes un poison lent.
—Et vous un vulgaire digestif.
—Tu brûles, moi je console.
—Je fortifie, tu fais languir.
—A moi le coeur.
—A moi la tête.

Les deux fleurs exaspérées allaient se prendre aux feuilles,
lorsqu’elles convinrent de s’en rapporter à un tribunal mi-parti de buveurs de thé et de café.
Ce tribunal siège depuis des siècles, il n’a pu encore formuler un jugement.

(J.J. Grandville)

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L’ÉPITAPHE (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2018



Robert Desnos
    
L’ÉPITAPHE

J’ai vécu dans ces temps et depuis mille années
Je suis mort. Je vivais, non déchu mais traqué.
Toute noblesse humaine étant emprisonnée
J’étais libre parmi les esclaves masqués.

J’ai vécu dans ces temps et pourtant j’étais libre.
Je regardais le fleuve et la terre et le ciel
Tourner autour de moi, garder leur équilibre
Et les saisons fournir leurs oiseaux et leur miel.

Vous qui vivez qu’avez-vous fait de ces fortunes ?
Regrettez-vous les temps où je me débattais ?
Avez-vous cultivé pour des moissons communes ?
Avez-vous enrichi la ville où j’habitais ?

Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Contrée suivi de Calixto
Traduction:
Editions: Gallimard

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Derrière l’oeil fermé (René Char)

Posted by arbrealettres sur 29 décembre 2017



 Illustration: Fabienne Guilhem
    
Derrière l’oeil fermé d’une de ces Lois préfixes
qui ont pour notre désir des obstacles sans solution,

parfois se dissimule un soleil arriéré
dont la sensibilité de fenouil à notre contact
violemment s’épanche et nous embaume.

L’obscurité de sa tendresse,
son entente avec l’inespéré,
noblesse lourde qui suffit au poète.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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« Nous n’osons plus chanter les roses » (Constantin Cavàfis)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2017



Illustration: William Waterhouse

    

« Nous n’osons plus chanter les roses »

Redoutant la banalité,
je garde pour moi des poèmes.
Ils ne sont souvent imprimés
que dans mon coeur ; et je les aime,
enfouis en moi, ces chants cachés.

Ô pure, unique liberté
du plaisir et de la jeunesse !
O des sens neuve et douce ivresse !
Je crains que des vers sans noblesse
souillent vos divines beautés.

(Constantin Cavàfis)

 

Recueil: Tous les poèmes
Traduction: Michel Volkovitch
Editions: Le miel des Anges

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La théorie de M. Sörensen (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2017




    
Seuls, quelques amis intimes connaissaient la théorie de M. Sörensen,
selon laquel les êtres humains éviteraient de commettre nombre d’actes indignes d’eux,
s’ils voulaient bien prendre l’habitude de parler en vers.

« Ce n’est pas exactement la rime qui s’impose, disait-il,
non, le langage ne devrait pas nécessairement rimer ;
le vers rimé n’est à la longue qu’une attaque sournoise
contre le caractère essentiel de la poésie.

C’est en vers blancs, non rimés,
que nous devrions exprimer nos sentiments
et communiquer les uns avec les autres.

La grossièreté de notre nature cède à l’influence des ïambes,
qui lui prêtent leur noblesse, et séparent diligemment
dans le langage humain le métal précieux
de la monnaie de billion du bavardage
et de la chronique scandaleuse. »

Dans les grands moments de sa vie,
M. Sörensen pensait en vers.

(Karen Blixen)

 

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Le roi de Thulé (Gérard de Nerval)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



Illustration: Pierre Jan Van Der Ouderaa
    
Le roi de Thulé

Il était un roi de Thulé
A qui son amante fidèle
Légua, comme souvenir d’elle,
Une coupe d’or ciselé.

C’était un trésor plein de charmes
Où son amour se conservait :
A chaque fois qu’il y buvait
Ses yeux se remplissaient de larmes.

Voyant ses derniers jours venir,
Il divisa son héritage,
Mais il excepta du partage
La coupe, son cher souvenir.

Il fit à la table royale
Asseoir les barons dans sa tour ;
Debout et rangée alentour,
Brillait sa noblesse loyale.

Sous le balcon grondait la mer.
Le vieux roi se lève en silence,
Il boit, – frissonne, et sa main lance
La coupe d’or au flot amer !

Il la vit tourner dans l’eau noire,
La vague en s’ouvrant fit un pli,
Le roi pencha son front pâli…
Jamais on ne le vit plus boire.

(Gérard de Nerval)

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