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Posts Tagged ‘nocturne’

LE TRAVAIL CONTINU (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LE TRAVAIL CONTINU

À l’ombre du mot tilbury
se reposait un soir de juin
un homme qui tentait d’enter
un vers marron sur de la prose
Cette opération monstrueuse
l’occupait de telle façon
qu’il ne vit point passer la phrase
qui l’aurait tiré d’embarras
Il s’acharnait en grommelant
cependant que sous le ciel rose
la lune d’un pas turbulent
traversait des nuages lyriques
Lorsque l’entracte fut fini
l’horticulteur pédagogique
remit dans l’ombre le lexique
et saisissant sa douce hie
il se pencha de nouveau sur
son travail presque minéral
Paveurs Pavés êtes ainsi
lorsque tombe le crépuscule
l’écho des poètes passés
dans cette rue presque nocturne

(Raymond Queneau)

 

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NOCTURNE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
NOCTURNE

Quand j’ai dansé jusqu’à minuit
la cornemuse a mis ses bottes
quand j’ai payé pour un ouisqui
le revolver a mis sa cape
quand j’ai réclamé un taksi
le réverbère a mis son col
quand j’ai traversé tout Paris
la lune a mis sa veste blanche
et quand je fus près de Neuilly
je mis mes jambes à mon cou

(Raymond Queneau)

 

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Qu’il est dur d’avancer (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Qu’il est dur d’avancer parmi les hommes
Tout en feignant de n’avoir pas péri,
Et de narrer le jeu tragique des passions
À tous ceux qui n’ont pas vécu encore.

Et de chercher, dans son cauchemar nocturne,
Un ordre au tourbillon désordonné du coeur,
Pour que, dans les pâles lueurs de l’art,
On devine le feu dévorant de la vie!

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Noël (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Noël

Du village nocturne naissent les mille tours d’une cité
des paons blancs tristement
parcourent les cours
où l’eau retient le ciel d’étoiles
où la lune s’écoule des seaux
au frisson hésitant du vent.

Le bruit des attelages secoue les granges infinies
les verrous glissent sans bruit
et les portes soupirent
libérant l’ombre des chevaux

Pâles avec une lenteur de songe
du ciel tombent
les pétales des routes de minuit

Qui donc pose aux marguerites de l’hiver
la question d’amour ?

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Julien Dugué
    
Nocturne

Une ville glisse de la lune
or timide mirage en poudre
la ville neige sur le monde
blanche du givre de ses vitres.

Le silence est par ses rues d’ombre
le sang dort sous les toits
clair silence voilé sans chaleur
sur la sueur des agonies

terre fantasque lune jaunie
l’enfant qui joue de nos fantômes
près de son jeu s’est endormi.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Nocturne (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Nocturne

Le sang n’est pas nu sous les robes pâles
dont la soif monte au corps de l’amant ;
passeur sans lassitude le simple sang des femmes
ne coule qu’une fois pour cent mille blessures.

Laissez en repos ce veilleur suave
dont le vol aux lèvres donne un goût de roses
bénissez le feu de cette doublure
qui sait cheminer dans les plis du marbre

— et ton sang lui-même saurais-tu l’atteindre
qui perce ton coeur d’appels sans écho ? –
ton sang dont tu vis, ton sang solitaire
long pleur assouvi par aucun sanglot
joyau sans pareil qui veut son pareil
ton sang dont tu vis, ton sang dont tu meurs
le sang n’est pas nu sous les robes pâles
ton désir est vain comme tout espoir.

Par les rues l’homme de songes
marche sur la neige morte dans la ville aveugle
un feu de lune dans son char
par les rues guidant son cheval
avec le double éclair dans le brouillard
de ses yeux clairs

Des femmes sont en prières qui n’ont plus d’amour
derrière les volets
des vierges s’éteignent au frisson des faims
beaux sangs tentés de partages.

Par les rues l’homme de songes
va sur la neige morte dans la ville aveugle
et nul ne l’entend
la femme morte de son coeur marche en avant
belle de l’éternel hiver
et blanche.

Un cor rouillé de chasse sans gibier brille à son cou
il rit, il passe, il rit et n’éveille personne
dans la ville fanée glissant vers les cyprès
dans la ville où seuls les miroirs se souviennent.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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LE DÉMON (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017




LE DÉMON

En ces jours-là, quand les impressions
Du monde étaient encore pour moi neuves :
Un rossignol, sa nocturne chanson,
Des yeux de femme, un bruit venu du fleuve,
Quand j’éprouvais d’immortels sentiments
Tels que l’amour, la liberté, la gloire
Sourdre en mon coeur et me troubler le sang,
Quand fervemment à l’art je pouvais croire,
Quand je goûtais heures de l’espoir
Et les plaisirs du soudain triste automne,
Certain démon vint alors, pour me voir,
Discrètement, plus méchant que personne.
Bien tristement nous nous rencontrions
Car son regard exquis et son sourire,
Son ton caustique instillaient un poison
Qui me glaçait et pouvait me détruire.
Calomniant intarissablement,
Il défiait la Sainte Providence.
Pour lui le Beau était rêve qui ment,
Il méprisait l’art comme extravagance,
Il reniait la liberté, l’amour.
Il regardait narquoisement la vie
Et voulait même, à croire son discours,
Que la nature en rien ne soit bénie.

(Alexandre Pouchkine)

 

 

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SAN FRANCISCO NIGHT (Paul Gilson)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2017



 

Leroy Neiman San Francisco by Night [1280x768]

SAN FRANCISCO NIGHT

JE crois qu’il n’a jamais fait plus noir que ce soir
où la sirène pleure au bord du monde en ruines
mais la merveille vaut le prix du désespoir
Aussi profil perdu d’amour je te dessine

en aveugle et j’attends nocturne de l’enfance
que l’enchanteur ranime un oiseau mort de froid
sans avoir révélé le secret de la chance
Amour amour toujours dans mon rêve à l’étroit

(Paul Gilson)

Illustration: Leroy Neiman

 

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Fraîcheur nocturne (Li Chang-Yin)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2017




    
Fraîcheur nocturne

Des arbres cernent le vaste étang : ombres multiples sous la lune.
Le battoir du village, la flûte de la vallée bruissent
par intermittence, dans le vent et les lianes.
Au pavillon de l’Ouest, les couvertures brodées gardent encore un parfum léger.
Toute la nuit, ma tristesse va vers les lotus flétris.

(Li Chang-Yin)

 

 

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Un lourd objet (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2017



Illustration: Max Szoc Leuven
    
Un lourd objet de bronze creux
en forme de masque aux yeux clos
s’élève lentement et seul
très haut dans le désert sonore.

Jusqu’à cet astre vert, à cette Face
qui se tait depuis dix mille ans,
sans effort je m’envole,
sans crainte je m’approche.
Je frappe de mon doigt replié
sur le front dur sur les paupières bombées,
le son m’épouvante et me comble :
loin dans la nuit limpide
mon âme éternelle retentit.

Rayonne, obscurité, sourire, solitude!
Je n’irai pas violer le secret
je reste du côté du Visage
puisque je parle et lui ressemble.
Cependant tout autour la splendeur c’est le vide,
brillants cristaux nocturnes de l’été.

(Jean Tardieu)

 

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