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Posts Tagged ‘noirâtre’

LES TRIANGLES (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



LES TRIANGLES

Trois triangles d’oiseaux ont traversé
le ciel sur l’énorme océan
allongé dans l’hiver comme une bête verte.
Tout n’est qu’inertie de mort, le silence,
le déploiement gris, la lourde clarté
de l’espace, la terre intermittente.

Au-dessus de tout est passé
un vol
et puis un autre vol
d’oiseaux noirs, de corps hivernaux,
triangles tremblants dont les ailes
battant à peine
transportent d’un endroit à l’autre
des côtes du Chili
le froid gris, les jours désolés.

Je suis ici tandis que le tremblotement
des oiseaux migrateurs glissant de ciel en ciel
me laisse plongé en moi et en ma matière
comme en un puits d’éternité
creusé par une spirale immobile.

Ils ont maintenant disparu :
plumes noirâtres de la mer,
métalliques oiseaux
de rocs et de falaises,
maintenant, à midi
me voici face au vide : c’est l’espace
de l’hiver déployé
et la mer a posé
sur son visage bleu
un masque d’amertume.

(Pablo Neruda)

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Ta saveur (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2017




    
Ta saveur

Ta saveur est profonde et pleine de mystère
Quand tu blanchis la roue au flanc du vieux moulin,
Frôlant le bois moussu verdi de pariétaires
Où l’eau calme dégoutte en filet opalin.

La vanne est là, béant comme une énorme cuve
Dont l’âcreté ternit ton disque cristallin
Baigné au tournoiement des noirâtres effluves
Qui s’expriment tout bas en termes sybillins.

Le magique parfum sort des eaux remuées,
Evocant la caresse et ses gestes hardis,
Et les baisers d’amour sur des lèvres pâmées,
Et l’étreinte reprise et les aveux redits.

(Marie Dauguet)

 

 

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La grande ville (Cesare Pavese)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2016




La grande ville écrasée de nuages,
au milieu de la campagne,
se colore d’un vert apeuré,

Marcher le long des rues interminables
sous un ciel noirâtre
fendu dans le lointain
par un horizon clair,
sous l’haleine mouillée de la pluie.

C’est l’âme qui respire
loin de l’ennui, du froid,
c’est une voie de salut.
Le fond de la rue
dans la clarté lointaine –
a l’aspect d’un visage rêveur.
J’imagine un grand ange sévère
vert et gris, planant sur l’horizon,
par-delà les nuages.
Je vis maintenant dans cet abîme blanc.
Et pour un instant d’éternité,
je relève la tête.

Mais le vert et le gris faits de pluie et de boue
prolongent dans le vent
l’ennui monotone des rues.
Sous le ciel noirâtre
je me débats au milieu de vaines choses
qui me martèlent comme des litanies.

(Cesare Pavese)

Illustration

 

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Auréole (Pierre Albert-Birot)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2015



Savoir si cette grosse courte vieille à pas comptés
Promène un ciel dans sa tête
On a peine à s’imaginer devant ce paquet noirâtre
Une belle voûte étoilée à l’intérieur
O petite vieille si tu as du bleu
Porte donc ton ciel sur toi au lieu de le garder dedans
Ah vous tous jeunes et vieux si vous avez un ciel
Montrez-le
Plutôt que de le cacher dans votre ventre ou sous votre crâne
Comme le monde serait plus beau
Si chacun s’en allait
Portant autour de soi sa lumière

(Pierre Albert-Birot)

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