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Posts Tagged ‘nom’

Pesanteur et tendresse (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Illustration
    
Pesanteur et tendresse, vos signes sont les mêmes, ô sœurs.
La rose pesante est sucée par guêpes et abeilles.
L’homme agonise. Du sable reflue la chaleur,
Et sur de noirs brancards on emporte l’ancien soleil.

Ah, lourds rayons de miel et tendres rets!
Plus légère est la pierre que ton nom sur mes lèvres.
Il me reste au monde qu’un souci désormais,
Un souci d’or : épuiser le fardeau du temps, sa fièvre.

L’air est trouble, je le bois comme une eau qui s’obscurcit.
On laboure le temps, et même la rose fut terre.
Dans un lent tourbillon les lourdes, tendres roses ainsi,
Les roses pesanteur et tendresse doublement se tressèrent.

***

(Ossip Mandelstam)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé
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Lueurs, sans formes (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Lueurs, sans formes.
Les choses tombent,
comme aspirées
– table, lampe, fauteuil, lit -,
perdent leur nom.
Halo, vapeur.
Vallée sans bords.

(Jacques Ancet)


Illustration: Corrie White

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Absence (Roger Giroux)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



J’étais l’objet d’une question qui ne m’appartenait.
Elle était là, ne se posait,
m’appelait par mon nom, doucement,
pour ne pas m’apeurer.
Mais le bruit de sa voix,
je n’avais rien pour en garder la trace.
Aussi je la nommais absence,
et j’imaginais que ma bouche (ou mes mains) allait saigner.
Mes mains demeuraient nettes.
Ma bouche était un caillou rond sur une dune de sable fin:
pas un vent,

mais l’odeur de la mer qui se mêlait aux pins.

(Roger Giroux)


Illustration: Odilon Redon

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NOM CACHÉ (Victor Segalen)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2018



NOM CACHÉ

Le véritable Nom n’est pas celui qui dore les portiques,
illustre les actes; ni que le peuple mâche de dépit;

Le véritable Nom n’est point lu dans le Palais même, ni aux
jardins ni aux grottes, mais demeure caché par les eaux
sous la voûte de l’aqueduc où je m’abreuve.

Seulement dans la très grande sécheresse, quand l’hiver crépite
sans flux, quand les sources, basses à l’extrême, s’encoquillent dans leurs glaces,

Quand le vide est au coeur du souterrain et dans le souterrain
du coeur, — où le sang même ne roule plus, — sous la
voûte alors accessible se peut recueillir le Nom.

Mais fondent les eaux dures, déborde la vie, vienne le torrent
dévastateur plutôt que la Connaissance!

(Victor Segalen)

Illustration: William Blake

 

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Le nom (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018



Le nom

Je vous aime vous et votre nom séparément
personnes séparées
Je vous aime vous et votre nom pour
des raisons différentes
Je ferme les yeux et je suis avec votre
nom Je les ouvre et je vous trouve
Je ferme les yeux et
je suis avec vous je les ouvre et je trouve votre nom

Ah c’est
une longue histoire dont je ne puis raconter qu’un petit bout
Il était une fois votre nom et une route
Votre nom était tout seul sur la route Il savait que j’allais
passer par là et il m’attendait
C’est arrivé comme ça Je suis passée
Vraiment par hasard Nous nous sommes dit bonjour
Et sommes restés côte à côte Nous n’avons pas dit pour toujours
comme les amants d’autrefois mais nous avons écrit au fond de
la mer ou dans le repaire de l’arbre qui nous abrita jusqu’à
l’aube quelque chose d’autre
qui voulait dire la même
chose

Nous sommes partis nous perdant de vue Mais
inespérément un jour votre nom vient de nouveau
à ma rencontre Il me monte de nouveau aux lèvres

je savoure de nouveau toutes ses syllabes ses consonnes et
ses voyelles une à une je reconnais leurs sons
leurs contours
dans ma gorge dans ma peau dans mon sang
Puis
nous sommes partis chacun de notre côté sans plus nous voir
jusqu’au jour où de nouveau
à un autre virage du temps
votre nom
Là toujours vivants
les arêtes
le stylet des semi-voyelles
Et par-dessus le pic de la plus
escarpée de la plus seule
la petite goutte de sang jamais
coagulé avec laquelle au-delà de la mort tu m’assistes
adolescent tu me souris
et quelque peu impatient
tu m’attends
Toi
le véritable détenteur
du nom

***

O nome

Gosto de si e do seu nome separadamente
pessoas separadas
Gosto de si e do seu nome por
razôes diferentes
Fecho os olhos e estou corn o seu
nome Abro-os e encontro-o a si
Fecho os olhos e
estou consigo abro-os e encontro o seu nome

Ah é
uma historia comprida de que so posso contar um
bocadinho
Era uma vez o seu nome e uma estrada
O seu nome estava sozinho na estrada Sabia que eu
ia passar por ele e esperava-me
Assim foi passei
Tâo por acaso Dissemos bom dia um ao outro
E ficâmos lado a lado Nâo dissemos para sempre como
os amantes de antigamente mas escrevemos no fundo
do mar ou na toca da ârvore que nos deu abrigo até de
madrugada qualquer coisa outra
que queria dizer
a mesma coisa

Partimos e perdemo-nos de vista Mas
inesperadamente um dia o seu nome vem de novo
ao meu encontro Sobe-me de novo aos lâbios

Saboreio-lhe de novo todas as sîlabas as consoantes e
as vogais uma por uma reconheço-lhes o som
os contornos
na garganta na pele no sangue
Depois
fomos à vida cada um à sua e deixàmos de nos ver
Até que um dia de novo
a outra esquina do tempo
o seu nome
Là estâo elas sempre vivas
as arestas
o estilete das semi-vogais
E por cima do pico da mais
ingreme da mais sô
a gotinha de sangue nunca
coagulada corn que para além da morte me assistes
adolescente me sorris
e um tanto impaciente
me esperas
Tu
o verdadeiro detentor
do nome

(Teresa Rita Lopes)

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Ce point sur la carte (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2018



Ce point sur la carte
Cette tache noire au centre de l’Europe
cette tache rouge
cette tache de feu cette tache de suie
cette tache de sang cette tache de cendres
pour des millions
un lieu sans nom.
De tous les pays d’Europe
de tous les points de l’horizon
les trains convergeaient
vers l’in-nommé
chargés de millions d’êtres
qui étaient versés là sans savoir où c’était
versés avec leur vie
avec leurs souvenirs
avec leurs petits maux
et leur grand étonnement
avec leur regard qui interrogeait
et qui n’y a vu que du feu,
qui ont brûlé là sans savoir où ils étaient.
Aujourd’hui on sait
Depuis quelques années ont sait
On sait que ce point sur la carte
c’est Auschwitz
On sait cela
Et pour le reste on croit savoir.

(Charlotte Delbo)

 

 

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C’EST UNE CITE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Gaston Bussiere (French, 1862-1929)   Juventa

C’EST UNE CITE

C’est une cité avec beaucoup de lumière.

As-tu jamais vu des maisons pétrifiées
En rêve ou en éveil ?
Tout est fragile comme porcelaine,
Avec des portes automatiques qui s’ouvrent et se referment.

Si tu remues la main elle se brise

Pleines de lustres dans les salles à miroirs,
Elles multiplient la lumière terrible, la disloquent
Sur les planchers où nagent des cygnes peints.
De belles femmes avec des hanches et des seins
Observent leur visage dans les eaux et attendent les cygnes.

Personne n’y habite. Tous ont été
Enterrés dans des tombes de marbre.

Tu peux les visiter
Comme on visite les musées.
Chacune possède son nom sur la plaque,
Son numéro, son genre, ses rêves.

Nous avons souffert des excès de lumière d’un été sec.
Mais ce fut beau, très beau.

(Georges Themelis)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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PLOMB (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



PLOMB

Les lourds cercueils dormaient de leur sommeil de plomb,
Les fleurs de plomb aussi, les habits funéraires —
Dans le caveau le vent sifflait… et solitaire
J’entendais grincer là les couronnes de plomb.

Pour toujours mon amour dormait… Amour de plomb
Couvert de fleurs de plomb. Alors, dans les ténèbres,
Seul près du corps j’ai crié son nom… froid funèbre…
Et ses ailes pendaient, ailes mortes, de plomb.

(George Bacovia)

Illustration

 

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PROSTRÉS (José Ángel Valente)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018




PROSTRÉS pendant
qu’au-dessus le rayon non visible
S’enveloppe de ténèbres.

Troupeau aveugle
d’animaux obscurs
renversés dans la boue.

Qui viendra du haut
avec des fragments de vent
te donner nom ?

***

POSTRADOS mientras
arriba el rayo no visible
se envuelve en la tiniebla.

Manada ciega
de animales oscuros
volcados sobre el barro.

¿ Quién vendrá de lo alto
con fragmentos de viento
a darte nombres ?

(José Ángel Valente)

Illustration: Salvador Dali

 

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Et toi, tu resteras avec ton amour impossible (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



femme-a-cheval

Et toi, tu resteras avec ton amour impossible,
flamboyante, enflammée, chevauchant un cheval noir,
fille nue surgissant de la nuit sur la plage,
courant au son du galop, de la mer et du cœur,
et criant le nom de celui que tu aimes
avec une précision sauvage,
jusqu’à ce que tu crées des éclairs, des ténèbres,
et que l’abîme ouvre à tes pieds son magnifique gouffre
et que tout retourne au chaos primordial.

(Alejandra Pizarnik)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

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