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Poésie

Posts Tagged ‘nom’

Vos nom, prénom (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017




Vos nom, prénom

Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers
J’ai lavé mes empreintes et j’ai perdu mon âge,
Appelez-moi fumée appelez-moi nuage
Laissez le reste en blanc sans rien me demander.

Je n’ai jamais volé que mes instants de chance,
Je n’ai jamais tué que le temps qui passait,
Mes poches sont percées mais je garde en secret
Le coquillage bleu au fond de mon enfance.

Vous n’avez pas le droit de prendre mes bretelles
Ouvrez-moi cette porte, rendez-moi mes lacets!…
Je n’ai rien demandé, simplement je passais,
Si je n’ai pas de nom c’est que nul ne m’appelle.

Je suis très bien ainsi, laissez-moi m’en aller
Je ne mendiais pas, n’étais même pas ivre
Et s’il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
Appelez-moi nuage, appelez-moi fumée…

(Francis Blanche)

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Cette fleur est belle (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



 

    

Cette fleur
Est belle à l’oeil

J’ignore
son nom
mais non son parfum
qui me revivifie

***

Diese Blume
ist augenschön

ich weiss nicht
ihren Namen
nur den Duft
der mich erquickt

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Petite pluie (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Yves Ogier
    
Petite pluie. Une vallée sans nom sur la carte.

Exotisme tout familier
d’une cosse
lâchant sur le sentier sa lourdeur de grains noirs.

Juments bleuies d’herbage jusqu’au ventre.

Rien, trois fois rien,

mais en nous
une paix
balbutie.

C’est rare de ne pas trembler
quand le temps
traverse
tout le temps
notre corps.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Sur le Rhin (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration: Odd Nerdrum
    
Sur le Rhin
le pont entre la ville allemande Breisach
et sa vieille ennemie française au nom d’écho
Neuf-Brisach
crie tellement de soleil qu’on oublie en le traversant
les siècles de canons et de bombes.

Les meules de foin roulent sous la gloire du soleil, tout dit
la joie du ciel dans une étourdissante immobilité,

le langage cesse de clabauder la haine, il se tient là parmi
les ombres apaisées,

un homme, une femme s’endorment à deux, le long de la douceur de leur peau.

Pourquoi pas cette minute, pourquoi pas la paix, pourquoi pas nous ?

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Depuis que je t’ai vue… (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Depuis que je t’ai vue,
Le chant du rossignol, le doux chant de l’oiseau
Se fait encor plus beau.
Et, dissipant la nue,
L’éclat du grand soleil
Est soudain sans pareil.
Mais nul mot ne me vient de ta bouche menue,
Nul sourire pour l’éclairer…
Doucement. Et celui qui t’aime
N’est plus que l’ombre de lui-même.
Il voudrait t’embrasser. Il voudrait te serrer.

Depuis que je t’ai vue, ô toi, femme cruelle,
Dans les champs, je perçois
Une senteur nouvelle.
Plus fines qu’autrefois
Sont les fragrances, plus câlines,
Et l’orgueilleux rosier ne porte plus d’épines.
Mais ton âme est de glace et trop fier est ton cœur.
Ce qui fut la brise du désespoir, ô Femme,
A présent brûle avec ardeur
Et devient amoureuse flamme!

Depuis que je t’ai vue – et pourquoi le nier! –
Le ciel, pour moi, est toujours printanier.
Aucun oiseau n’est prisonnier d’aucune fille.
Et moi seul, ton captif, suis derrière une grille.
Il me sera doux de mourir.
Car mon cœur douloureux à toi n’a pu s’offrir.
En quittant cette terre,
En me sentant partir,
J’exhalerai le nom de celle qui m’est chère.

(Attila Jozsef)


Illustration: William Bouguereau

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Ô Saint homme ! (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



 

    

Ô Saint homme ! S’unir simplement à Lui,
voilà ce qu’il y a de meilleur.

Depuis le jour où j’ai rencontré mon Dieu,
les jeux de notre amour n’ont jamais cessé !

Je ne ferme pas mes yeux;
je ne bouche pas mes oreilles;
je ne mortifie pas mon corps.
Je regarde avec mes yeux grands ouverts ;
je souris et partout je contemple Sa beauté.

Je murmure Son nom et tout ce que je vois me parle de Lui.
Tous mes actes sont un culte que je rends à mon Dieu.
L’aurore et le crépuscule me sont semblables.
Les contradictions n’existent plus pour moi.
Partout où je vais je n’agis qu’en Lui.
Tout ce que j’accomplis est Son Service.
Quand je me couche, c’est à Ses pieds que je me prosterne.
Il est le seul adorable à mes yeux;
je n’en connais pas d’autres.

Ma langue ne prononce plus de paroles impures;
jour et nuit elle chante Ses louanges.
Debout ou assis, je ne puis l’oublier,
car le rythme de Sa chanson bat à mes oreilles.

Kabîr dit : «Mon coeur est embrasé d’une joie frénétique
et je découvre tous les mystères cachés dans mon âme.
— Je suis immergé dans une immense félicité
qui surpasse toute joie et toute douleur. »

(Kabîr)

 

 

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Pas de trêve (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



    
Pas de trêve pour les hirondelles,
pour les primevères.
D’elles aussi nous sommes comptables
comme des aveux de la rivière
pour qui l’avenir n’a pas de nom,
pas de place définie.

Nous bivouaquons dans des camps abandonnés.
Nous nous signons avec le sable
et le dernier veilleur affolé par les songes
interroge de loin les choses
dont il a oublié le nom.
Il nous livre soudain la réponse :
nous ne sommes déjà plus là pour l’entendre

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Brefs (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



 

Illustration 

    
Brefs

De l’autre côté de la forêt
le ciel prend ses quartiers,
les noms deviennent fleuves.
Ce que l’on n’aperçoit plus
existe alors de plein droit.
Le bleu atteint ta perfection
pour découvrir un paysage
restituant au corps sa part d’infini.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Le hibou (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



Le hibou

Caillou, genou, chou, pou, joujou, bijou,
Répétait sans fin le petit hibou.

Joujou, bijou, pou, chou, caillou, genou
Non, se disait-il, non, ce n’est pas tout.

Il y en a sept pourtant, sept en tout :
Bijou, caillou, pou, genou, chou, joujou.

Ce n’est ni bambou, ni clou, ni filou
Quel est donc le septième ? Et le hibou,

La patte appuyée au creux de sa joue,
Se cachait de honte à l’ombre du houx.

Et il se désolait, si fatigué
Par tous ses* devoirs de jeune écolier

Qu’il oubliait, en regardant le ciel
Entre les branches épaisses du houx

Que son nom, oui, son propre nom, hibou,
Prenait, lui aussi, un X au pluriel.

(Maurice Carême)

Illustration

 

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LE NOM (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2017



    

LE NOM

L’océan s’est enflé, en entendant un nom.
Les fauves ont fait silence. Du haut des monts,
une rumeur rouge et panique a dévalé
sur la ville, telle une araignée assommée,

apportant la poussière du temps écoulé
et des choses mourantes, en un si profond
désarroi, que tandis que tout il consumait,
allait croissant la force étrange de ce nom.

Quelle puissance si terrible est recueillie
dans ses syllabes cruelles et musicales,
pour ainsi ranimer tout ce qu’oublie l’esprit?

Et restent-elles à voltiger, à vibrer,
dans l’univers révulsé, entre les spirales
convulsées d’un amour qui ne peut plus aimer?

(Carlos Drummond de Andrade)

 

Recueil: La machine du monde et autres poèmes
Traduction: Didier Lamaison et Claudia Poncioni
Editions: Gallimard

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