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Posts Tagged ‘nomade’

QUAND ON REGARDE UNE MONTRE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



Illustration: Patricia Blondel 
    
QUAND ON REGARDE UNE MONTRE

Je n’ai pas fini d’espérer
infatigable comme une araignée vigilante
je guette pour les retenir
dans ma toile quotidienne
les joies du soir et du matin
qui filent à toute vitesse
Tant pis pour les chagrins et les douleurs
et les emmerdements
qui passent lentement
et qui s’accrochent

Oui mais voilà
je sais que je dois chaque jour
chaque heure
m’avancer vers cette falaise
et vers ce grand trou sans fond
je me retourne souvent
et j’aperçois très loin
le brouillard de ma naissance
Je suis le nomade qui marche la nuit
et qui attend le jour et l’oubli

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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QUELQUE CHOSE DU DEDANS (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 Alexander Anufriev  (11)

QUELQUE CHOSE DU DEDANS

Sortir de sa nuit
après une croissance imparfaite
se réveiller l’âme décolorée
ébouriffée.

Peut-on être nomade du temps ?
Peut-on être
d’une vie à une autre
passant ?

Silence des morts rebelles
qui renforcent les nœuds.
Silence de la vie
au hasard fixée
ou plantée telle une épine
indurée en nos rêves
irritant nos fougues.

Qui peut nous retenir
contre le vertige du dedans
si large si vide ?

Ceux à mi-chemin
arrêtés fébriles
comme des vagues poursuivies

ceux avec leurs mots lourds
tout fripés de tendresse
balancés à contre-temps

ceux boutefeux par désespoir
incendiaires
exacerbés d’espérance

ceux musiciens des songes
qui tâtonnent sans répit
lézardés jusqu’à la moelle

ceux que nulle main n’a guidés
qui s’épuisent à rassembler
leurs brisures

ceux qui mordent à bouche pleine
les pensées fauves
les passions sans remontée

ceux qui n’ont plus de frontières
et qui implosent chargés de sang
et de brûlures…

Qui peut emmurer
le vertige au-dedans
qui peut sceller notre cœur
pour qu’il cesse de s’affoler
pour un souffle d’air
ou d’ange distrait ?

Qui ?

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

Illustration: Alexander Anufriev

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RIMES DU COEUR (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2018



RIMES DU COEUR

De ce temps si vite passé
Rien n’est resté à la patience.

Je n’eus pas le temps d’y penser
Ni de faire un traité d’alliance
J’ai tout pris et tout dépensé.

Chaque plaisir, chaque malaise
Trouvaient les mots qui font pâlir.

Rimes du cœur sous les mélèzes,
La forêt comprend le désir
Et pleurait pour que mieux je plaise.

J’ai pris le rire en sa saison
Quand il venait en avalanche.

Quand parfumés de déraison
S’ouvraient les jasmins à peau blanche
J’acceptais la comparaison.

Il faisait bon si j’étais bonne
Meilleur si je faisais semblant.

Les vœux qu’on ne dit à personne
Éveillés par le cri des paons
Chantaient au remords qui fredonne.

La neige tombe, ohé! traîneau
Je vais partir en promenade.

La neige anoblit mon manteau
Je suis la reine des nomades
Dans mon lit à quatre chevaux.

Je suis la reine sans coutumes
Qui connaît tous les jeux anciens.

La parole était mon costume
Et la lune mon petit chien
Jaloux d’un astre qui s’allume.

Une larme au bord de mes cils
Je dois poursuivre mon voyage.

Beau château restez de profil,
Pour rebroder vos personnages
Je prends mon aiguille et mon fil.

Le bonheur est un invalide
Qui passe en boitant comme moi.

Il n’a pas l’épaule solide
Mais je sais ce que je lui dois:
Mon cœur est plein, j’ai les mains vides.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

 

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L’expérience du désert (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2018



L’expérience du désert a été, pour moi, dominante.
Entre ciel et sable, entre le Tout et le Rien,
la question est brûlante.

Elle brûle et ne se consume pas.
Elle brûle pour elle-même, dans le vide.
L’expérience du désert, c’est aussi l’écoute, l’extrême écoute
(…)

J’ai, comme le nomade son désert,
essayé de circonscrire le territoire de blancheur de la page ;
d’en faire mon véritable lieu ;
comme, de son côté, le Juif qui, depuis des millénaires,
du désert de son livre, a fait le sien ;
un désert où la parole, profane ou sacrée, humaine ou divine
a rencontré le silence pour se faire vocable ;
c’est-à-dire parole silencieuse de Dieu et ultime parole de l’homme.

Le désert est bien plus qu’une pratique du silence et de l’écoute.
Il est une ouverture éternelle.
L’ouverture de toute écriture,
celle que l’écrivain a, pour fonction, de préserver.

Ouverture de toute ouverture.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leila Horchani Destination Désert

 

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Des hommes marchent (Marie Huot)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018




    
Des hommes marchent
des nomades des promeneurs solitaires
ils lissent sous leur pas la terre comme un galet
D’autres hommes allument des bougies
posent des suppliques sous trois cailloux

(Marie Huot)

 

Recueil: Récits librement inspirés de ma vie d’oiseau
Traduction:
Editions: Le temps qu’il fait

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Nomade (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2018



 

Nomade —
jusqu’à ce que nulle part, fleurissant
dans la prison de ta bouche, devienne
tout lieu où tu es : tu
as lu la fable
qui était écrite dans les yeux
des dés : (c’était
le mot-météore, griffonné par la lumière
entre nous, cependant que nous, à la fin,
n’avions aucune preuve, ne
pouvions pas produire
la pierre). Les dés
maintenant reconnaissent ton nom. Comme pour dire,
où que tu sois
le désert est avec toi. Comme,
où que tu partes, le désert
est nouveau,
est en marche avec toi.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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L’ÉTRANGER (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2018



 

L’ÉTRANGER

Ce sont vos bagages
Qui font nos voyages
Nous restons toujours
Dans le lit des jours
L’âme sédentaire
Rivée à la terre
N’y échappe point
Nous n’allons pas loin

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Planètes permises
Faites vos valises
Rien n’est plus ailleurs
Que l’intérieur
Entre neige et pluie
J’ai cherché ma Vie
Des siècles des mois
Elle était chez moi

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Seule à sa fenêtre
A regarder naître
D’octobre en avril
Les fleurs du grésil

Vivante d’attendre
La flamme est à vendre
Me voici songeur
Pauvre voyageur…

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Était-ce une femme
Était-ce ton âme
En tous ses atours
Guettant ton retour
Et ce coeur nomade
Qui bat la chamade
Au moindre départ
Est-il en retard ?

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond d’un vieux soulier

Amour est mon guide
J’arrive mains vides
J’arrive de nuit
Mûri comme un fruit
Tombé des étoiles
J’arrive à la voile
Le coeur en danger
Comme un étranger

Le bonheur
Voyage toujours à pied
Le bonheur
Dort au fond de ton soulier

(Gilles Vigneault)

Illustration: Vincent Van Gogh

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LE STRANDLOOPER (Kenneth White)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2018



LE STRANDLOOPER

Nomade de la côte

pionnier paléolithique
de la vieille ère boréale

il allait de roc en roc
en quête de buccins et de berniques
délogeait les couteaux et les coques

mais passait aussi de longues heures
à errer le long des sables
la nuit, là-bas dans les hautes terres
les yeux levés vers les étoiles.

***

THE STRANDLOOPER

Nomad of the coast

paleolithic pathfinder
in the old boreal days

went from rock to rock
looking for whelks and limpets
dug for razorfish and cockles

but also spent many an hour
just wandering along the sands
at nights, there in the high lands
looking up at the Great Bear.

(Kenneth White)

 

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MAISON NOMADE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2018




    
MAISON NOMADE

Liberté de choisir
La main
Le partenaire
L’horloge qui répond par un pas de travers
Toutes les possessions stériles des mémoires
Le visage de craie au bord du tableau noir
Les mêmes fronts en pente

Mais le rideau levé
Le postillon que hante
Une aile qui suffit au toit de la maison

Conviens de ta grandeur homme des horizons
Toi qui ne peux tracer qu’une ligne à la page
Et brûles tes poumons au sang des équipages

Fidèle à tes chevaux
Aux gammes des ressorts

Tu chantes
Tu n’as pas à partager ton sort
Ta voix dans la verdure
Ta poitrine qui tient aux roues de la voiture
Et le paraphe bleu qui signe l’aventure.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Etincelle nomade (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 décembre 2017




    
Etincelle nomade
qui meurt dans son incendie.

(René Char)

 

Recueil: Fureur et mystère
Traduction:
Editions: Gallimard

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