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Poésie

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TU DAMNES PAR LES IMAGES (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2019



Illustration: Jean-Jacques Henner
    
TU DAMNES PAR LES IMAGES

Pourquoi les apparences passent-elles?

Si je te touche, belle, tu glaces d’horreur,
Tu montres l’idée nue et, plus cruelle,
Avant que rien m’ait détrompé,
Déjà tu m’as lié à d’autres peines.
Pourquoi crées-tu, pensée, en corrompant?

Pourquoi persévéré-je à t’écouter?

Quel éternel secret
Me hantera toujours en toi?

Je te traque, je te recherche,
Je regravis la pente, sans répit,
Et toujours, inlassable en la tempête
Ou désarmant les rocs,
Tu damnes par les images.

Silences frémissants, élans infinis,
Courses, brûlures jalouses, faux pas,
Rires, tourments, frissons, lèvres inquiètes,
Délirante clameur,
Abandon écumant,
Impérieuse gloire,
Solitude sans nombre,

Votre lumière, je le sais, n’est pas la vraie,

Mais vivrait-on sans tes métamorphoses,
Faute heureuse?

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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AMOUR DÉSHABILLÉ DE NOUS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2019




    
AMOUR DÉSHABILLÉ DE NOUS…

Amour déshabillé de nous comme, de mousse,
Par la rage de l’eau,
Un mur, toujours plus bas plongeant dans le terreau
Peuplé de larves douces,

Ton torse blanc résiste à la griffe des houx,
Aux hachures de l’ombre
Et chaque pierre en toi reste fidèle au nombre
Qui s’est défait de nous.

Te retrouverons-nous ? Brûlerons-nous ensemble ?
Parfois, dans le charbon,
L’enfant croit reconnaître en nos amas profonds
Quelqu’un qui lui ressemble,

Mais ce n’est qu’un nuage, une feuille, un serpent
Ou quelque rêve informe
Comme en font les rochers lorsque l’on croit qu’ils dorment
A l’ombre des vivants.

Et toi tu resplendis, à la fois vierge et veuve
Au soleil revenu :
On dirait que, nous arrachant à ton flanc nu,
La mort te fait plus neuve,

Amour femelle, et ton entêtement joyeux
Dans la beauté du monde
Qui n’est beau que de toi, de ton haleine blonde
Et de l’eau de tes yeux.

(Jean Rousselot)

 

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Je viens de la rue (Henri Thomas)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2019




    
Je viens de la rue aux travaux sans nombre,
j’ai vu l’arroseur matinal changer
le bord du trottoir en azur léger,
sur l’autre trottoir c’est encore l’ombre.

J’ai vu fuir, presque silencieuse,
une automobile merveilleuse,
et les petits bars, très en retard
sur le jour (ils n’ouvrent que le soir).

J’ai vu peu de chose et bien des choses,
la rosée au fond des parcs déserts,
la Seine où mouraient de froides roses,
les chalands de leurs panneaux couverts.

Que m’en restera-t-il dans dix années,
et dans trente, seul, geignant dans un lit?
Rien peut-être, une incertaine pensée,
ou bien tout un monde, épars dans ma nuit?

(Henri Thomas)

 

Recueil: Poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Qu’y a-t-il derrière les nombres ? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
QU’Y a-t-il derrière les nombres ?
Et qu’y a-t-il devant ?

Toutes les choses se meuvent,
même les pierres et les morts.
Les nombres ne se meuvent pas :
ils cèdent la place à d’autres nombres.

Quel est donc le lieu des nombres ?
Lorsque nous les écrivons sur un papier
nous leur inventons un lieu,
comme ils inventent parfois
un lieu pour nous.

Toutes les choses veulent prendre notre place,
mais les nombres, non.
Ils ressemblent à l’être :
ils ne sont en aucun lieu.

Mais qu’y a-t-il à l’intérieur des nombres ?
Le simulacre de la mesure
et les masques des signes
nous ont fait oublier leur substance.

***

¿QUÉ hay detrás de los nûmeros?
¿Y qué hay delante?

Todas las cosas se mueven,
hasta las piedras y los muertos.
Los números no se mueven:
sólo dejan su lugar a otros números.
¿Pero cual es el lugar de los números?

Cuando los escribimos sobre un papel
les inventamos un lugar,
como ellos nos inventan a veces
un lugar a nosotros.

Todas las cosas quieren reemplazarnos,
pero los números no.
Se parecen al ser:
no están en ningún lugar.

Pero ¿qué hay adentro de los números?
El simulacro de la medida
y las máscaras de los signos
nos han hecho olvidar su sustancia.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Tu cherches un temps sans ombre (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2018



Illustration: Gao Xingjian
    
Tu cherches un temps sans ombre.
Tu marches, haut comme la mort,
contre le ciel.

Tu inventes
un autre espace
parmi les nombres errants.

il y a une porte ouverte.,
un couloir interminable,
ce feu sourd près de la fenêtre,
le temps qui bat.

Dans l’averse oubliée,
l’image d’un matin naïf
qui s’éloigne sous
la bienveillance d’une étoile.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Syllabes de sable Poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

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HEURES SEREINES (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2018



 

Brendan Monroe 3

HEURES SEREINES

J’ai pénétré bien des mystères
Dont les humains sont ébahis :
Grimoires de tous les pays, Êtres et lois élémentaires.

Les mots morts, les nombres austères
Laissaient mes espoirs engourdis;
L’amour m’ouvrit ses paradis
Et l’étreinte de ses panthères.

Le pouvoir magique à mes mains
Se dérobe encore.
Aux jasmins
Les chardons ont mêlé leurs haines.

Je n’en pleure pas; car le
Beau
Que je rêve, avant le tombeau,
M’aura fait des heures sereines.

(Charles Cros)

Illustration: Brendan Monroe

 

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Divisibles par neuf (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 31 octobre 2018




    
Je me souviens que tous les nombres
dont les chiffres donnent un total de neuf
sont divisibles par neuf
(parfois je passais des après-midi à le vérifier…).

(Georges Perec)

 

Recueil: Je me souviens
Traduction:
Editions: Hachette

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L’abeille (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Multitude de l’abeille!
Élévation
sacrée
de l’unité,
collège
palpitant!

Bourdonnent
de sonores
nombres
qui travaillent
le nectar,
et passent
de rapides
gouttes
d’ambroisie :
c’est la sieste
de l’été dans les vertes
solitudes
d’Osorno. Là-haut
le soleil plante ses lances
dans la neige,
les volcans luisent,
vaste
comme
les mers
est la terre,
bleu est l’espace,
mais
il y a quelque chose
qui frémit, c’est
le coeur
brûlant
de l’été,
le coeur de miel
multiplié,
la bruissante
abeille,
le crépitant
rayon de miel,
d’envol et d’or!

Abeilles,
travailleuses pures,
ogivales
ouvrières,
fines, étincelantes
prolétaires,
parfaites,
téméraires milices
attaquant au combat
d’un aiguillon suicide,
bourdonnez,
bourdonnez par-dessus
les dons de la terre,
famille d’or,
multitude du vent,
secouez l’incendie
des fleurs,
la soif des étamines,

le vif
fil

(Pablo Neruda)

 

 

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Aux pierres sauvages (Sylvie Saliceti)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2018



Illustration
    
Aux pierres sauvages
L’écho
Le silence, silence…

Aux pierres sauvages
Il y a le mystère jongleur des nombres
Et l’on tombe amoureusement de ses mains…

Va jusqu’aux pierres sauvages où tout commence.

(Sylvie Saliceti)

 

Recueil:
Traduction:
Editions:

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A l’aurore (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2018



 

bécasse

A l’aurore
La bécasse lustre ses ailes
Cent fois.
Mais les nuits où tu ne viens pas,
Moi,j’en compte le nombre.

(Anonyme)

Illustration

 

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