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Poésie

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La coccinelle (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2020




    
La coccinelle

Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J’aurais dû – mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche,
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.

On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche franche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s’envola.

– Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l’insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l’homme.

(Victor Hugo)

 

Recueil: Les rayons et les ombres
Traduction:
Editions: Bayard Jeunesse

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L’AIR DU VOYAGEUR (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



 

L’AIR DU VOYAGEUR

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines…
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en viens nommer le monde à mon tour

À suivre partout de nouveaux nuages
Chaque jour
Je perds et reprends mon nom et mon âge
Tour à tour
Je fais et défais cent fois mon voyage
Sans retour

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines…
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en viens nommer le monde à mon tour

J’ai vu les amours mourir et renaître
Et parfois
Revenu chanter à cette fenêtre
J’aperçois
Celle que je n’ai pas su reconnaître
C’était toi… !

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines…
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en viens nommer le monde à mon tour

J’aurai
fait mon temps, occupé l’espace
D’un regard
Je n’aurai laissé partout que la trace
D’un départ
Et c’est un oiseau qui prendra ma place
Quelque part…

Loin de mes pays de mes amis de mes amours
Se passe mon temps s’en vont mes semaines
Seul sur des chemins qui vont au bout de mes beaux jours
Je m’en vais nommer le monde à mon tour

Loin… loin.

(Gilles Vigneault)

 

 

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ECRIRE DE LA POESIE (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020




Illustration: Loek Groenendijk
    
ECRIRE DE LA POESIE

Trouver le fragile équilibre
entre le silence et le mot

entre suivre le chemin
et s’égarer

entre l’indescriptible
et ce qui peut être nommé

à surmonter
le gouffre profond
entre plume et papier.

***

WRITING POETRY

To find the fragile balance
between silence and word

between the road
and the deviation

between the nameless
and the nameable

to bridge
the deep abyss
between paper and pen.

***

A SCRIE POEZIE

A afla echilibrul fragil
dintre tăcere și cuvânt

dintre drum
și rătăcire

dintre spus
și nespus

a traversa
prăpastia adâncă
dintre condei și hârtie.

***

ESCREVER POESIA

Encontrar o frágil equilíbrio
entre o silêncio e a palavra

entre o caminho
e a desorientação

entre o dizível
e o indizível

entrelaçar
a funda fissura
entre pluma e papel.

***

DICHTEN

Het broze evenwicht vinden
tussen de stilte en het woord

tussen de weg
en het verdwalen

tussen het naamloze
en het noembare

te overbruggen
de diepe kloof
tussen pen en papier.

***

ESCRIBIR POESÍA

Hallar el frágil equilibrio
entre el silencio y la palabra

entre el camino
y la desorientación

entre lo decible
y lo indecible

entrelazar
la brecha honda
entre pluma y papel.

***

PISANIE POEZJI

Znaleźć kruchą równowagę
między milczeniem a słowem

między drogą
a błądzeniem

między tym co nazwane
a tym co zostanie nazwane

przerzucić most
przez otchłań
między piórem a papierem

***

SCRIVERE POESIA

per trovare il fragile equilibrio
tra il silenzio e la parola

tra la strada
e la sua deviazione

tra ciò che è senza nome
e ciò che è pronunciabile

per solcare
il profondo abisso
fra la carta e la penna.

***

SCRIVIRI PUISII

Truvari lu fraggili bilanciu
ntra lu silenzuiu e la palora

ntra la strata
e la diviazzioni

Ntra zoccu ‘un havi nomu
E chiddu ca pò siri numinatu

Iccari un ponti
supra l’abissu prufunnu
ntra la carta e la pinna.

***

DICHTEN

Das zerbrechliche Gleichgewicht finden
zwischen der Stille und dem Wort

zwischen dem Weg
und dem Verirren

zwischen dem Namenlosen
und dem Benennbaren

zu überbrücken
die tiefe Schlucht
zwischen Feder und Papier.

***

***

***

***

写 诗

在沉默和言语之间
找到脆弱的平衡

在道路和
偏差之间

在无名者和
名人之间

在纸和笔之间
去搭桥
联通深渊

***

ΓΡΑΦΟΝΤΑΣ ΠΟΙΗΣΗ

Να βρω ψάχνω ισορροπία
ανάμεσα σε λέξη και σιωπή

ανάμεσα στ’ ανώνυμο
και στο ονομαστό

να γεφυρώσω
τη βαθειά άβυσσο
ανάμεσα στο χαρτί και στο μολύβι

***

AÐ YRKJA LJÓÐ

Að finna viðkvæmt jafnvægi
milli þagnar og orðs

milli vegar
og afvegar

milli nafnlauss
og nefnanlegs

að brúa
djúpið
milli pappírs og penna.

***

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 620
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Anglais Stanley Barkan / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Portugais José Eduardo Degrazia / Néerlandais / Espagnol Rafael Carcelén / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Italien Luca Benassi / Corse Gaetano Cipolla / Allemand Wolfgang Klinck / Hébreu Dorit Wiseman / Russe Rahim Karim / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Grec Manolis Aligizakis / Islandais Thor Stefánsson / Arabe Sarah Silt /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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HOP ET HOP (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
HOP ET HOP

Il y a des Hop ici des Hop là
il y a sûrement des Hop partout

Les Hop ne sont pas ce que l’on croit
des crève-la-faim des va-nu-pieds
ce sont les grands noms du Gotha
la fine fleur du Bottin mondain

Nommez des Hop ici des Hop là
nommez des Hop de-ci de-là

Il ne s’agit pas mes seigneurs
de jouer comme à saute-mouton
mais en bien humbles serviteurs
de prendre des Hop pour des boutons

Il y a des Hop là des Hop ici
tous les espoirs sont permis

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Ô Volonté de Dieu (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020




    
Ô Volonté de Dieu

Ô Volonté de Dieu, tu t’éveilles et le Vide
s’emplit, les hommes t’ont nommée force, et tes ailes
emportent les étoiles dans leur ronde
inlassable ; son, lumière, forme
sont les masques de ton mouvement éternel.
Nous voyons ce que tu choisis, mais c’est toi que nous voyons.

Moi, Morcundeya, délivré des mondes,
le Voyant — mais c’est Dieu seul qui voit ! –
je m’affranchis des liens qui retiennent ici-bas
l’homme à sa petitesse, perdu depuis la nuit des temps
dans le spectacle que ses sens tissent autour de lui ;
je les découvre et ne suis plus leurré.
Mais avant que je m’élance, avant que je devienne
le vaste et lumineux Infini, et que libéré du passé
et de l’avenir, j’oublie ces êtres qui forgent leurs propres fers,
une fois je parlerai et vous dirai ce que je vois.
Le reste est Dieu. Partout, il n’est plus que silence.
Mes yeux au-dedans s’ouvrirent et je vis.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Ce que nous appelons « moi » (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020


Antonio Donghi  z

Ce que nous appelons « moi » est un costume d’arlequin
composé d’histoires rapportées, d’étoffes empruntées.

C’est un vêtement pauvre, mal cousu.
Parfois il se déchire et va dans la folie
– et quand il tient, c’est toujours par miracle.

Nous ne sommes soudain faits d’une seule pièce
que par la chance d’une voix qui nous appelle en nous aimant.
Nommer d’amour fait venir l’unique au monde.

(Christian Bobin)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Antonio Donghi

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ARRÊT BRUSQUE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
ARRÊT BRUSQUE

Se battre contre le brouillard
les couleurs du crépuscule
Tous les parfums de l’oubli
et avancer sur ce chemin
dont on devine déjà la fin
à tâtons une canne à la main
Faut-il attendre la nuit qui tombe
ou le lever du jour le lendemain
et tous les autres lendemains
étendre sans cesse les bras
pour mieux crier ou se taire
pour se heurter une fois de plus
à ce mur qu’on nomme l’inconnu
avant d’atteindre le bord du gouffre
et le silence absolu
l’oubli de l’impossible retour
aveugle sourd muet paralytique
dont les mains sont vides comme les yeux
et la tête qui ne sait plus où se donner
pour marcher sans savoir où s’arrêter

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Sans cesse (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2020




Sans cesse
je nomme tout ce que je vois.
C’est fatigant!

(Anne Tardy)

 

 

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A vous que je ne peux nommer (Charles d’Orléans)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019




A vous que je ne peux nommer
Comme à mon gré je l’aimerais,
Ce jour de l’an, de biens et joie
Que Dieu veuille vous faire étrennes !

Vous appeler amie serait
Vous décerner un nom trop simple,
À vous que je ne peux nommer
Comme à mon gré je l’aimerais.

Vous donner comme nom: ma dame,
Ce serait vous rendre orgueilleuse ;
Je récuse en vous la maîtresse:
Comment faut-il que je m’adresse
À vous que je ne peux nommer

(Charles d’Orléans)

Illustration: Fabienne Contat

 

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La contractuelle (Max Olivier Bizeau)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2019




    
La contractuelle
En bleu, qu’on nomme pervenche
Fleur… et papillons !

(Max Olivier Bizeau)

 

Recueil: Paris … en haïku et en brèves
Traduction:
Editions: La Simarre

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