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LA NONNE GITANE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019


 


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LA NONNE GITANE

Silence de chaux et de myrte.
Mauves dans les herbes fines.
Sur une toile jaune paille
la nonne brode des giroflées.
Volent dans le lustre gris
les sept oiseaux du prisme.
Tel un ours panse en avant
loin de là grogne l’église.
Comme elle brode ! Quelle grâce !
Sur la toile jaune paille
elle aimerait bien broder
des fleurs à sa fantaisie.
Quel tournesol ! Quel magnolia
de faveurs et de clinquant !
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l’autel !
Cinq oranges en compote
cuisent dans l’office proche :
ce sont les plaies du Christ
cueillies près d’Almeria.
Dans le regard de la nonne
galopent deux cavaliers.
Une rumeur dernière et sourde
lui décolle la chemise,
la vue des monts et des nuées
dans les lointains arides
fait qu’alors son coeur se brise,
son mur de sucre et de verveine.
Oh, quelle plaine escarpée
sous l’éclat de vingt soleils !
Quelles rivières soulevées
entrevoit sa fantaisie !
Mais à ses fleurs elle s’applique
tandis que debout dans la brise
l’éclat du jour joue aux échecs
par les fentes de la jalousie.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Louis Toffoli 

 

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Chanson pour le jardin d’une nonne (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 8 juin 2018



Combien de rires, dites, combien de roses
dans le corsage d’une nonne.
Combien de roses fanées,
combien de rires rongés,
combien de corps piétines
pour un seul qui n’existe pas.

Combien de rêves, dites, combien de fièvres
dans le corsage d’une nonne.
Combien de rêves chassés,
combien de fièvres brûlées,
combien de cœurs dépecés
pour un seul qui n’existe pas.

Mais, sur sa monture luisante,
voici le sauveur.
La nonne, à genoux, l’accueille,
tremblante comme une feuille
et blanche comme la douleur.

Combien d’eau dites, combien d’étoiles
dans le corsage d’une fiancée.
Combien de fleuves retrouvés,
combien de bateaux pavoisés,
combien de rives enchantées
pour un jour qui va naître.

Le cavalier d’amour l’emporte
quand, du couvent, la lourde porte
se referme sur les années;

sur les nonnes en prière
qui ne seront plus de pierre.

(Edmond Jabès)

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ROMANCE NOCTURNE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



 

ROMANCE NOCTURNE

Un solitaire au clair d’étoiles
S’en va dans la calme minuit.
L’enfant s’éveille ivre de rêves,
Ses traits croulent gris dans la lune.

La folle geint cheveux au vent
A fa fenêtre grillagée.
Sur le lac vont en douce errance
Des amoureux, étrangement.

L’assassin blême rit au vin,
L’effroi de mort point les malades.
La nonne prie, meurtrie et nue,
Devant la croix de son Sauveur.

La mère chantonne en sommeil.
L’enfant regarde dans la nuit
De ses yeux vrais, paisiblement.
Dans le bordel sonnent les rires.

A la chandelle dans la cave
Le défunt peint d’une main blanche
Au mur un ricanant silence.
Le dormeur chuchote toujours.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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La sagesse des parfums (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017




    
La sagesse des parfums

Vieilles écorces nécrosées
Que des suintements verts enduisent,
Lichens, mousses décomposées
Où des baves d’argent reluisent,

Vernes au ciel de pluviôse
Emmêlant, spectres affolés,
Vos troncs aux pourpres ecchymoses
Et que la serpe a mutilés,

Dispersant vos branches moisies,
Répandez vos philtres, ma chair
Réclame votre anesthésie,
Allégeante morphine, éther.

Que loin des langueurs bestiales
Et du vouloir-vivre importun,
Me plonge en une paix claustrale
Votre torpeur morne, ô parfums.

Bouquets d’anémiques astères
Brouillant au cours des eaux flétries
Des pâleurs mauves de paupières
Que l’ardent amour a meurtries,

Rosiers diaphnéisés,
Blêmes comme des fronts de nonnes,
Qui tendrement agonisez
Aux humides vergers d’automne,

Distillez dans le soir qui meurt
Vers nos coeurs la subtile essence,
Ainsi qu’un opium endormeur,
De vos fleurs en déliquescence;

Prodiguez, troncs velus des ormes
Qu’ont abattus les bûcherons,
Vos sourds relents de chloroforme
Et nos blessures se tairont.

(Marie Dauguet)

 

 

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Pierres (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 7 octobre 2017



 

Illustration: Paul Hoecker
    
Pierres qui reposez
sur cette froide nonne.

(Jacques Prévert)

 

Recueil: Fatras
Editions: Le Point du Jour

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Cérès Eleusin (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Cérès Eleusin

LA nuit des vergers bleus d’acanthes,
Des jardins pourpres d’aloès,
Attend l’Evohé des Bacchantes
Et les mystères de Cérès

Dans le temple aux flammes païennes,
Le soir, accroupi comme un sphinx,
Contemple les Musiciennes,
Evocatrices de Syrinx.

Une étrange et pâle prêtresse,
Délaissant l’autel de Vénus,
Apporte à la Bonne Déesse
Les daturas et les lotus.

Car la blonde enlace la brune,
Et les servantes d’Ashtaroth,
Aux vêtements de clair de lune,
Te narguent, Deus Sabaoth.

Les nonnes et les courtisanes,
Mêlant la belladone au lys,
Chantent les Te Deum profanes
Et les joyeux De profundis.

(Renée Vivien)

Illustration: Joseph-Marie Vien

 

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Histoire de la Nonne (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2017



Histoire de la Nonne

Rebroussée par un vent brutal,
sa chevelure lui tomba
sur le visage,

l’aveugla, l’enivra.

C’était avril,
le temps des rages,
des errances.

La nuit soufflait des spectres,
de grandes mains mouvaient
des ombres de caresses.

Les yeux fermés,
dans le désir,
elle embrassa le vent,

vacante, s’égara,
connut la griffe,
la morsure,

enfin vit se lever
au plus obscur
un oeil géant.

Alors la chevelure fut tranchée,
le front voilé,
le corps serré dans un fourreau de glace.

(Jean Joubert)


Illustration:
Paul Hoecker

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Chanson pour le sein crucifié d’une nonne (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 9 novembre 2016



On avait défendu aux fleurs l’entrée du couvent.
On ne peut rien contre une rose.
Une nonne la cultivait au secret.
Mais où, mais comment?
Quand on lui déchira la robe,
sœur Anne était en sang.
On effeuilla ses seins.
Elle priait nue, ses lèvres mortes.
Et deux colombes, ses mains jointes.
 » Sœur, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir?  »
 » Je vois – répondit la terre – une rose jusqu’au toit  »
car, – mais ne l’aviez-vous pas deviné? –
pour étouffer le scandale, on avait
enterré la pécheresse en sandales.

(Edmond Jabès)

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Mères, nonnes, toutes adorent des images (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



 

Mères, nonnes, toutes adorent des images,
Mais l’image qu’un cierge éclaire, ce n’est pas
Ce qui émeut le rêve d’une mère,
Elle a trop de la paix du marbre, du bronze,
Bien qu’elle aussi brise des coeurs. — Présences
Que savent la passion, la piété, l’amour
Et qui disent du ciel toute la gloire,
Pérennités qui raillent le temps terrestre;

***

Both nuns and mothers worship images,
But those the candles light are not as those
That animate a mother’s reveries,
But keep a marble or a bronze repose.
And yet they too break hearts— O Presences
That passion, piety or affection knows,
And that all heavenly glory symbolise—
O self-born mockers of man’s enterprise ;

(William Butler Yeats)

Illustration: Akseli Gallén-Kallela

 

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Depuis l’heure où le sable efface le jour (Jean-Dominique Rey)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2016




Depuis l’heure
où le sable efface le jour
tu marches en moi
comme un coeur trop rapide

es-tu la nonne du désert
qui sous le velours et le silence
masque son visage

ou l’amoureuse
qui ventre à ventre
danse le sabbat de l’exil

la nuit j’entends
ton cri de miel lourd
monter
comme un Nil entre deux temples

(Jean-Dominique Rey)

Illustration: Herbert James Draper

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