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Posts Tagged ‘nord’

CHANSON POUR MA MORT (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

CHANSON POUR MA MORT

Bien que natif du Nord,
Ne suis brave ni fort.
La vie, je l’ai aimée
Et veux t’aimer, ô mort,
— Ma mort, et cependant
Je ne te choisirai.

D’amour j’eus dans ma vie
Autant qu’amour se peut :
J’aimai, sans être aimé,
Etant aimé, j’aimai.
Mort, en toi j’oublierai
Aujourd’hui qu’en ma vie
Je n’ai rien fait qu’aimer.

Je sais, c’est ennuyeux
De mourir, mais mourrai
— Quand tu seras servie —
Sans d’immenses regrets
De cette amère vie,
Que j’ai, pourtant, aimée.

(Manuel Bandeira)

Illustration: Ibara

 

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Cris d’aveugle (Tristan Corbière)

Posted by arbrealettres sur 1 août 2019



 

Jules Bastien Lepage -

Cris d’aveugle

L’oeil tué n’est pas mort
Un coin le fend encor
Encloué je suis sans cercueil
On m’a planté le clou dans l’oeil
L’oeil cloué n’est pas mort
Et le coin entre encor

Deus misericors
Deus misericors
Le marteau bat ma tête en bois
Le marteau qui ferra la croix
Deus misericors
Deus misericors

Les oiseaux croque-morts
Ont donc peur à mon corps
Mon Golgotha n’est pas fini
Lamma lamna sabacthani
Colombes de la Mort
Soiffez après mon corps

Rouge comme un sabord
La plaie est sur le bord
Comme la gencive bavant
D’une vieille qui rit sans dent
La plaie est sur le bord
Rouge comme un sabord

Je vois des cercles d’or
Le soleil blanc me mord
J’ai deux trous percés par un fer
Rougi dans la forge d’enfer
Je vois un cercle d’or
Le feu d’en haut me mord

Dans la moelle se tord
Une larme qui sort
Je vois dedans le paradis
Miserere, De profundis
Dans mon crâne se tord
Du soufre en pleur qui sort

Bienheureux le bon mort
Le mort sauvé qui dort
Heureux les martyrs, les élus
Avec la Vierge et son Jésus
O bienheureux le mort
Le mort jugé qui dort

Un Chevalier dehors
Repose sans remords
Dans le cimetière bénit
Dans sa sieste de granit
L’homme en pierre dehors
A deux yeux sans remords

Ho je vous sens encor
Landes jaunes d’Armor
Je sens mon rosaire à mes doigts
Et le Christ en os sur le bois
A toi je baye encor
O ciel défunt d’Armor

Pardon de prier fort
Seigneur si c’est le sort
Mes yeux, deux bénitiers ardents
Le diable a mis ses doigts dedans
Pardon de crier fort
Seigneur contre le sort

J’entends le vent du nord
Qui bugle comme un cor
C’est l’hallali des trépassés
J’aboie après mon tour assez
J’entends le vent du nord
J’entends le glas du cor

(Tristan Corbière)

Illustration: Jules Bastien Lepage

 

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Liberté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Rockwell Kent  o1_1280 [1280x768]

Liberté

Le vent impur des étables
Vient d’ouest, d’est, du sud, du nord.
On ne s’assied plus aux tables
Des heureux, puisqu’on est mort.

Les princesses aux beaux râbles
Offrent leurs plus doux trésors.
Mais on s’en va dans les sables
Oublié, méprisé, fort.

On peut regarder la lune
Tranquille dans le ciel noir.
Et quelle morale ?… aucune.

Je me console à vous voir,
A vous étreindre ce soir
Amie éclatante et brune.

(Charles Cros)

Illustration: Rockwell Kent

 

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Il y a une frontière nord de la conscience (Hanner Bramnes)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2019



Illustration: Suzanne Clairac
    
Il y a une frontière nord de la conscience…
Une idée m’est venue
un oiseau qui s’envole
l’idée d’une lumière
derrière la lumière

il m’est venu l’idée
du lieu pur de la connaissance
j’ai fait tourner le rouet à l’envers
me suis arrêtée devant un coeur battant

frontière de la conscience

***

Bevisthedens nordgrænse findes…
leg har tenkt meg en tankeen
fugl som letter
jeg har tenkt meg et lys
bak lyset

jeg har tenkt meg
det rene kunnskapens sted
tenkt spunnet tilbake
stanset ved det bankende hjertet

bevissthetens grense

(Hanner Bramnes)

 

Recueil: Le poids de la lumière
Traduction: Anne-Marie Soulier
Editions: Erès

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Qui-perd-gagne (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



qui-perd-gagne

J’ai perdu
la conque
j’ai gagné
la plage

j’ai perdu
la cruche
j’ai gagné
la source

J’ai perdu
la source
j’ai gagné
la cime

j’ai perdu
le galet
j’ai gagné
le fleuve

J’ai perdu
le fleuve
j’ai gagné
la terre

j’ai perdu
la tête
j’ai gagné
le nord

J’ai perdu
le nord
j’ai gagné
le sud

j’ai perdu
le sud
j’ai gagné
le soleil

J’ai perdu
le soleil
j’ai gagné
la pluie

j’ai perdu
la terre
j’ai gagné
la lune

J’ai perdu
la lune
j’ai gagné
le ciel

j’ai perdu
la pierre
j’ai gagné
la rue

J’ai perdu
la rue
j’ai gagné
la clé

j’ai perdu
la clé
j’ai gagné
la maison

J’ai perdu
la maison
j’ai gagné
l’âme

j’ai perdu
l’oeuf
j’ai gagné
l’oiseau

J’ai perdu
l’oiseau
j’ai gagné
l’envol

j’ai perdu
les plumes
j’ai gagné
l’air

J’ai perdu
l’air
j’ai gagné
l’eau

j’ai perdu
la trace
j’ai gagné
la face

J’ai perdu
la face
j’ai gagné
le feu

j’ai perdu
la nuit
j’ai gagné
la lune

J’ ai perdu
la lune
j’ai gagné
le ciel

j’ai perdu
pied
j’ai gagné
la mer

***

perder-ganhar

Perdi
o bûzio
ganhei
a praia

perdi
o pùcaro
ganhei
a fonte

Perdi
a fonte
ganhei
o monte

perdi
o seixo
ganhei
o rio

Perdi
o rio
ganhei
a terra

perdi
o tino
ganhei
o norte

Perdi
o norte
ganhei
o sul

perdi
o sul
ganhei
o sol

Perdi
o sol
ganhei
a chuva

perdi
a terra
ganhei
a lua

Perdi
a lua
ganhei
o céu

perdi
a pedra
ganhei
a rua

Perdi
a rua
ganhei
a chave

perdi
a chave
ganhei
a casa

Perdi
a casa
ganhei
a alma

perdi
o ovo
ganhei
a ave

Perdi
a ave
ganhei
o voo

perdi
as penas
ganhei
o ar

Perdi
o ar
ganhei
a âgua

perdi
o rasto
ganhei
o rosto

Perdi
o rosto
ganhei
o gosto

perdi
a noite
ganhei
o luar

Perdi
o luar
ganhei
o céu

perdi
o pé
ganhei
o mar

(Teresa Rita Lopes)

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A MA MONTAGNE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018




    
A MA MONTAGNE

Puisque je dois aimer ton nord
d’obscurité, de froid et de douleur,
la neige, le vallon désert —
qu’il me soit donné d’en aimer l’essence,

la puissance des roches dures,
le flot assourdissant du vent
qui emporte au loin l’esprit
plus vite que le cours du sang.

La bruyère est âpre aux larmes
et les landes revêches
n’apaisent pas le visage enfoui
mais elles me font renaître :

oh, la douce odeur, et les ciels pourpres!

***

TO MY MOUNTAIN

Since I must love your north
of darkness, cold, and pain,
the show, the lonely glen,
let me love true Worth,

the strength of the hard rock,
the deafening stream of wind
that carries sense away
swifter ‘ban ‘rowing blood.

Heather is harsh to tears
and the rough moors
give the buried face no peace
but make me rise,

and oh, the sweet scent, and purple skies !

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Limites de la terre (Yves Di Manno)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2018



 

Limites de la terre

ici au nord

la sainte borne
délimitant

les frontières
du domaine

du dieu

(Yves Di Manno)

 

 

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Voyage (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



 

John Silver 1959 - British Figurative painter -  - (1) [1280x768]

Voyage

La fille près de qui je dors,
M´enroule dans ses cheveux d´or
Comme une araignée dans sa toile.
Moi, j´en appelle à mon étoile
Qui me fera trouver le nord…

Les bateaux reposent encor
Dans les eaux profonds du port,
épuisés par leurs longs voyages.
Moi, j´en appelle au vent du large
Qui me fera quitter le bord.

La nuit que déchire l´aurore
N´est plus que l´envers du décor
De tous mes rêves périssables.
J´en appelle au désert de sable
Qui me fera trouver de l´or.

Je m´en irai l´âme et le corps
Guidés par un commun accord
De tous mes sens insatiables.
J´en appelle à Dieu et à Diable
Qui me feront trouver la mort.

La fille près de qui je dors
M´enroule dans ses cheveux d´or
Comme une araignée dans sa toile.

(Georges Moustaki)

Illustration: John Silver

 

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Sur la digue (Lieou Yu-Si)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2018



Sur la digue

De la rive Sud à la rive Nord, le regard s’étend sur les flots brumeux.
Dans la nuit, les chansons des voyageurs se répondent:
«Les Feuilles de Pêchers» disent l’amour, «Les Branches de Bambous», la mélancolie.
L’eau coule sans cesse et la lune éclaire toutes choses.

(Lieou Yu-Si)

 Illustration: Hiroshige

 

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RÉMINISCENCE DU FOYER (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



https://arbrealettres.files.wordpress.com/2010/09/vangogh-nuit-etoilee.jpg

 

RÉMINISCENCE DU FOYER

Vrai Nord. Nord de Vincent.
Entrevue

l’anti-terre de lumière. Et à travers chaque fissure
de terre, les champs
indigo qui brûlent
sous un vent foisonnant d’étoiles.

Ce qui est enfermé
dans l’oeil qui t’a pénétré
sert toujours
d’image du foyer : la barrière
d’une chaise vide, et le père, absent,
toujours fleurissant dans son vase
à la lunaire.

Tu fermeras les yeux.
Dans l’oeil du corbeau qui vole devant toi
tu te regarderas
te laisser en arrière.

(Paul Auster)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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