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Poésie

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Moi, je vis la vie à côté (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2019



 

Moi, je vis la vie à côté

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : « Comme il est bête ! »
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !

(Charles Cros)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Fourmi (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018



Fourmi

Une fourmi
Fait un trajet
De cette branche
A cette pierre,
Une fourmi,
Taille ordinaire
Sans aucun si-
Gne distinctif,
Ce matin, juin,
Je crois le sept;
Elle porte un
Brin, un fétu.
Cette fourmi,
taille ordinaire,
Qui n’a pas la
Moindre importance
passe d’un trot
Simple et normal.
Il va pleuvoir,
Cela se sent.
Et je suis seul;
Moi, seul au monde
Ai vu passer
Cette fourmi.

(Norge)

Illustration

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Je trouve si naturel que l’on ne pense pas (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Je trouve si naturel que l’on ne pense pas
que parfois je me mets à rire tout seul,
je ne sais trop de quoi, mais c’est de quelque chose
ayant rapport avec le fait qu’il y a des gens qui pensent…

Et mon mur, que peut-il bien penser de mon ombre ?
Je me le demande parfois, jusqu’à ce que je m’avise
que je me pose des questions…
Alors je me déplais et j’éprouve de la gêne
comme si je m’avisais de mon existence avec un pied gourd…

Qu’est-ce que ceci peut bien penser de cela ?
Rien ne pense rien.
La terre aurait-elle conscience des pierres et des plantes qu’elle porte ?
S’il en est ainsi, eh bien, soit !
Que m’importe, à moi ?
Si je pensais à ces choses,
je cesserais de voir les arbres et les plantes
et je cesserais de voir la Terre,
pour ne voir que mes propres pensées…
Je m’attristerais et je resterais dans le noir.
Mais ainsi, sans penser, je possède et la Terre et le Ciel.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://frogsblog7.wordpress.com/

 

Recueil: Le Gardeur de troupeaux et les autres poèmes d’Alberto Caeiro
Traduction: Armand Guibert
Editions: Gallimard

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SAINTE VERONIQUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018



Illustration: El Greco
    
SAINTE VERONIQUE

Jésus Marie qu’est-ce qui m’arrive ?
Disait la femme plus morte que vive

La balayeuse de wagons
Dans un couloir du Paris-Lyon

Plus de vingt ans sur le métier
Mis et remis mon tablier

Pour découvrir chose pareille
A retourner tête et planète

C’est pas normal ça constitue
Un défaut d’organisation de plus

Cependant elle considère
Dans le petit matin sévère

Les journaux gras les coques d’oeuf
Sa modeste pension de veuve

Quoi ! Appeler gens et police
Et voir mon nom sur des registres

Mieux vaut cacher au fond du coeur
Le visage du Voyageur !

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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J’ai enlevé le masque (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2017




    
J’ai enlevé le masque et me suis vu dans le miroir…
J’étais l’enfant d’il y a tant d’années…
Je n’avais pas du tout changé…

Voila l’intérêt qu’il y a à savoir ôter le masque.
On est toujours l’enfant,
Le passé qui demeure,
L’enfant.

J’ai enlevé le masque, et puis je l’ai remis.
Comme ça c’est mieux.
Comme ça je suis le masque.

Et je retourne à la normale comme on arrive au terminus.

***

Depus a máscara e vi-me ao espelho…
Era a criança de há quantos anos…
Não tinha mudado nada…

É essa a vantagem de saber tirar a máscara.
É-se sempre a criança,
O passado que fica,
A criança.

Depus a máscara, e tornei a pô-la.
Assim é melhor.
Assim sou a máscara.

E volto à normalidade como a um términus de linha.

(Fernando Pessoa)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Álvaro de Campos – Anthologie essentielle
Traduction: Patrick Quillier
Editions: Chandeigne

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Les je nous pas clairs (Fabrice Marzuolo)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2017



Illustration: Jean-Claude Apert
    
Les je nous pas clairs

Une impasse étrange
où l’on avance
comme dans un puits sans fond
nos regards se croisent
il me reconnaît
je le reconnais
il est celui que j’étais
je suis celui qu’il sera
ça lui donne un coup au moral
mais rien de plus normal
je ne suis pas fier non plus
de celui que j’étais

(Fabrice Marzuolo)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vivre c’est oublier qu’on est mort
Editions: Du Contentieux

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Supposons (Hilary Putnam)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2017




    
Supposons qu’un être humain
(vous pouvez supposer qu’il s’agit de vous-même)
a été soumis à une opération par un savant fou.

Le cerveau de la personne en question (votre cerveau)
a été séparé de son corps
et placé dans une cuve contenant une solution nutritive
qui le maintient en vie.

Les terminaisons nerveuses ont été reliées à un super-ordinateur scientifique
qui procure à la personne l’illusion que tout est normal.

Il semble y avoir des gens, des objets, un ciel, etc.

Mais en fait tout ce que la personne (vous-même) perçoit
est le résultat d’impulsions électroniques que l’ordinateur envoie aux terminaisons nerveuses.
L’ordinateur est si intelligent que si la personne essaye de lever la main,
l’ordinateur lui fait « voir » et « sentir » qu’elle lève la main.
En plus, en modifiant le programme le savant fou peut faire « percevoir » (halluciner)
par la victime toutes les situations qu’il désire.

Il peut aussi effacer le souvenir de l’opération,
de sorte que la victime aura l’impression de se trouver dans sa situation normale.
La victime pourrait justement avoir l’impression d’être assise
en train de lire ce paragraphe qui raconte l’histoire amusante
mais plutôt absurde d’un savant fou qui sépare les cerveaux des corps
et qui les place dans une cuve contenant des éléments nutritifs
qui les gardent en vie.

(Hilary Putnam)

 

Recueil: Raison, vérité et histoire

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La montagne (Jean Ferrat)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2017




Ils quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

(Jean Ferrat)

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C’est la fièvre de la jeunesse (Georges Bernanos)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



 

C’est la fièvre de la jeunesse
qui maintient le reste du monde
à la température normale.
Quand la jeunesse se refroidit,
le reste du monde claque des dents.

*

L’espérance est un risque à courir.

(Georges Bernanos)

Illustration: Annagol

 

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L’OUBLI IMPOSSIBLE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



L’OUBLI IMPOSSIBLE

Je le sais bien, ce qui m’arrive est très normal,
Et ce n’est pas de quoi me traîner sur la claie.
Je devrais la payer de la môme monnaie,
Et l’oublier, ainsi qu’un mot dit dans un bal.

Mais je ne puis. Au lieu d’imiter l’animal
Qui va tapir sa mort dans le coin d’une haie,
Je fouille ma poitrine et tourmente ma plaie,
Comme un enfant rageur qui fait saigner son mal.

Je n’enterrerai pas ma peine; elle est trop forte.
J’ai beau sous terre avoir claquemuré la morte,
Je l’entends toujours geindre au fond du noir caveau.

Pour étouffer vraiment sa voix accusatrice,
Il faudrait m’arracher le cœur et le cerveau
Et me couler du plomb dans chaque cicatrice.

(Jean Richepin)

 

 

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