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PENSÉE NOSTALGIQUE (Fan Zhongyan)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



PENSÉE NOSTALGIQUE

Des nuages galopent dans le ciel émeraude
Des feuilles jaunies jonchent le sol
Les couleurs d’automne colorent le fleuve
couvert d’une brume verte
le soleil couchant teint la colline
Le cours d’eau s’étire à l’horizon
Les herbes y restent indifférentes

Attristé par le mal du pays
je laisse voguer ma pensée
Propices au rêve doux
les longues nuits me plongent dans un profond sommeil
La lune est claire
Le balcon est haut
Pas le moment de m’attarder seul devant la balustrade
Dans les entrailles mélancoliques
Le vin distille des larmes nostalgiques

(Fan Zhongyan)

Illustration

 

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Je ne sais pas qui je suis (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



Guy Lévis Mano s

 

je ne sais pas qui je suis
je viens de terres très lointaines
tant de sangs en moi sont tourmentés
mon grand-père était oriental
et j’ai on me l’a dit une aïeule juive
je ne sais pas qui je suis
mes lèvres n’acceptent jamais les lèvres présentes
je sais qu’il doit exister des lèvres meilleures
je ne sais pas où
là-bas
et mes lèvres sont tendues vers les inexistences
toujours

ils m’ont dit
votre marche est indolente
vos paroles ont des lenteurs chantantes
elles sont toutes de douceur
ils m’ont dit aussi
avec leurs yeux déchirés d’amertume
vous avez des sursauts cruels
vous étranglez les cœurs avec vos dents ardentes
et votre inconscience est terrible

je ne sais pas
j’ai parfois des yeux qui ne sont plus les miens
je viens de terres si lointaines
et tant de races tant de passions jouent en moi
mon grand-père était oriental
mon aïeule on me l’a dit était une juive
qui avait des yeux merveilleux

mes yeux sont pleins d’horizons dorés
j’ai mes mains lourdes de tendresse
sans cesse
mon corps appelle les corps
et je n’ai jamais trouvé
celle des mains douces et de mes rêves fervents
je vais incliné vibrant vers d’incertaines beautés
parfois m’a serré le désir du vulgaire
et mes contradictions sont immenses

parce que mes yeux sont noirs
frissonnant de sensualités profondes
parce que ma peau est brune
l’on me demande d’où je viens
et qui je suis

je sais que je viens de terres très lointaines
là les mers sont couleur de beau ciel
les soirs elles pleurent d’étranges agonies
en des couleurs qui ont déteint dans mon âme
je ne sais pas les chanter
mais elles sont berçantes et nostalgiques
comme mes mers étales

je sais que je viens de très loin
mais je ne sais pas qui je suis
mes solitudes et mes absences incomparables
ne me l’ont jamais appris

(Guy Lévis Mano)

 

 

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Qu’espères-tu d’un Revoir (Johann Wolfgang Von Goethe)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2018



Illustration: Edvard Munch
    
Qu’espères-tu d’un Revoir, à présent,
Et de ce jour, fleur pas encor déclose ?
Le Paradis et l’Enfer se proposent.
Comme ton coeur souffre un trouble mouvant !
Ne doute plus ! Elle prend dans ses bras
Ton âme, et le ciel s’ouvre sur ses pas.

Ainsi, comme déjà reconnu digne
D’éternels jours, tu vins au Paradis.
Là, nul espoir, nul désir n’est admis.
Là est le but profond que tu t’assignes.
Et, contemplant cette unique Beauté,
Les nostalgiques larmes ont cessé.

***

Was soil ich nun vom Wiedersehen hoffen,
von dieses Tages noch geschloßner Blüte ?
Das Paradies, die Halle steht dir offen ;
Wie wankelsinnig regt sichs im Gemüte !-
Kein Zweifeln mehr! Sie tritt ans Himmelstor,
Zu ihren Armen hebt sie dich empor.

So warst du denn im Paradies empfangen,
Als wärst du wert des ewig schönen Lebens;
Dir blieb kein Wunsch, kein Hoffen, kein Verlangen,
Hier war das Ziel des innigsten Bestrebens,
Und in dem Anschaun dieses einzig Schönen
Versiegte gleich der Quell sehnsüchtiger Tri nen.

(Johann Wolfgang Von Goethe)

 

Recueil: Elégie de Marienbad
Traduction: Jean Tardieu
Editions: Gallimard

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Mon île chante (Myriam Cazalou)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2018



 

Mon île chante

Mon île chante au vent et à la pluie
La grande voix nostalgique des flots
S’enfle, s’étend quand ruissellent les eaux,
Au flanc des monts, sous le ciel noir de suie,
Immense flot de dentelle d’argent,
En bouillant, descendent les cascades,
Et, au galop, telle une cavalcade,
Avec fracas, dévalent les torrents.
Mon île chante, au vent et à la pluie,
De cris plaintifs, paille en queue, et fouquets,
Remplissent l’air et les cimes qu’ils fuient.
Dans les jardins saccagés, par bouquets,
Feuilles et fleurs, s’envolent, tourbillonnent,
Illuminés d’éclairs, qui les sillonnent,
Les cieux plombés grondent terrifiants.
Mon île chante aux souffles des grands vents.

(Myriam Cazalou)

Illustration

 

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POETE JE REVE POUR VOUS (Jean-Pierre Vallotton)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2017



Je me vois déjà,
en quelque siècle à venir,
pauvre baladin rescapé,
d’un temps de catastrophes,
ayant pignon sur rue,
parmi les flots bruyants de machines inhumaines –
et l’enseigne de ma petite échoppe,
comprimée tristement entre deux buildings
et fréquentée par quelques rares nostalgiques,
annonçant en lettres bleues
ces mots insolites, frondeurs :

POETE
JE REVE POUR VOUS

(Jean-Pierre Vallotton)

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Pour rien ma journée est passée (Younous Emré)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Pour rien ma journée est passée
De toi que ferai-je, ma vie ?
Tu n’as pas pu me contenter
De toi que ferai-je, ma vie ?

Venu ? Passé ? Comment savoir ?
Pour moi ni pleurs ni désespoir
Te quitter ? Je ne l’ai pas dit
De toi que ferai-je, ma vie ?

En bien, en mal tout sera mis
Le fil de vie sera rompu
Mon visage se défera
De toi que ferai-je, ma vie ?

Tu partiras sans revenir
Tu reviendrais sans me trouver
Ce moi, ne va pas le prolonger
De toi que ferai-je, ma vie ?

Mais où est ma confiance en toi ?
Ma confiance me consolait
Tous mes acquis ne sont plus rien
De toi que ferai-je, ma vie ?

Pauvre Younous, tu partiras
Curieux voyage tu feras !
Nostalgique tu resteras
De toi que ferai-je, ma vie ?

(Younous Emré)

 

Recueil: La montagne d’en face (Poèmes de derviches anatoliens)
Traduction: Guizine Dino, Michèle Aquien, Pierre Chuvin
Editions: Fata Morgana

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Deux vaches (Anneke Brassinga)

Posted by arbrealettres sur 18 mai 2017



    

Deux vaches dans l’autre monde
ruminent leur vie qui continue
les yeux embués nostalgiques
d’une faim qui ne cède pas
devant l’herbe.

(Anneke Brassinga)

 

Recueil: Poètes néerlandais de la modernité
Traduction: Kim Andringa
Editions: Le Temps des Cerises

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Ton Souvenir est comme un livre bien aimé (Albert Samain)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Ton Souvenir est comme un livre bien aimé,
Qu’on lit sans cesse, et qui jamais n’est refermé,
Un livre où l’on vit mieux sa vie, et qui vous hante
D’un rêve nostalgique, où l’âme se tourmente.

Je voudrais, convoitant l’impossible en mes voeux,
Enfermer dans un vers l’odeur de tes cheveux ;
Ciseler avec l’art patient des orfèvres
Une phrase infléchie au contour de tes lèvres ;

Emprisonner ce trouble et ces ondes d’émoi
Qu’en tombant de ton âme, un mot propage en moi ;
Dire quelle mer chante en vagues d’élégie
Au golfe de tes seins où je me réfugie ;
Dire, oh surtout ! tes yeux doux et tièdes parfois
Comme une après-midi d’automne dans les bois ;
De l’heure la plus chère enchâsser la relique,
Et, sur le piano, tel soir mélancolique,
Ressusciter l’écho presque religieux
D’un ancien baiser attardé sur tes yeux.

(Albert Samain)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

 

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Seul le vent m’apporte des nouvelles de ma patrie perdue (Tommaso Landolfi)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2016



Seul le vent m’apporte des nouvelles
De ma patrie perdue,
Il boute ma fenêtre, me réveille,
Et joue les nostalgiques.
Je dois au vent
Ce qui me reste de vie.

***

Solo il vento mi reca le novelle
Della patria perduta,
Preme alla mia finestra, mi ridesta,
Mi finge nostalgia.
Devo al vento
Quello the resta della vita mia.

(Tommaso Landolfi)


Illustration

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JAZZ DANS LA NUIT (René Dommange)

Posted by arbrealettres sur 24 novembre 2016



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JAZZ DANS LA NUIT

Le bal, sur le parc incendié,
Jette ses feux multicolores,
Les arbres flambent, irradiés,
Et les rugissements sonores

Des nègres nostalgiques, fous,
Tangos nerveux, cuivres acerbes,
Étouffent le frôlement doux
Du satin qui piétine l’herbe.

Que de sourires épuisés,
À l’ombre des taillis complices,
Sous la surprise des baisers
Consentent et s’évanouissent…

Un saxophone, en sanglotant
De longues et très tendres plaintes,
Berce à son rythme haletant
L’émoi des furtives étreintes.

Passant, ramasse ce mouchoir
Tombé d’un sein tiède, ce soir,
Et qui se cache sous le lierre ;
Deux lèvres rouges le signèrent,

Dans le fard, de leur dessin frais.
Il te livrera, pour secrets,
Le parfum d’une gorge nue
Et la bouche d’une inconnue.

***

JAZZ IN THE NIGHT

The ball in the blazing park
Hurls its multicoloured flames,
The trees are on fire, radiating,
And the resounding roars

Of the mad, nostalgic Negroes,
Edgy tangos, biting brass,
Stifle the soft caress
Of satin that tramples the grass.

How many exhausted smiles,
In the shade of the complicit shrubbery,
Beneath the surprise of the kisses
Give way and faint…

A saxophone, as it sobs
Long and so tender lamentations,
Cradles to its breathless rhythm
The turmoil of furtive embraces.

You who pass by, pick up this handkerchief
Fallen from a warm bosom, this evening,
And that is hidden beneath the ivy;
Two red lips signed it,

With rouge, with their fresh outline.
It will give you for secrets
The perfume of a bare neck
And the mouth of a fair unknown.

(René Dommange)

 Illustration: Jean-Luc Lopez

 

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