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Poésie

Posts Tagged ‘nourrisson’

Le Gardeur de Troupeaux (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2018



Tout ce que je vois est net comme un tournesol.
J’ai l’habitude d’aller le long des routes
Tout en regardant à droite et à gauche,
Et de temps en temps derrière moi…
Or ce que je vois à chaque instant
Est cela même qu’auparavant jamais je n’avais vu,
Et je sais fort bien m’en rendre compte…
Je sais maintenir en moi l’étonnement
Que connaîtrait un nourrisson si, à sa naissance,
Il remarquait qu’il est bel et bien né…
Je me sens nouveau-né à chaque instant
Dans la sereine nouveauté du monde…

Je crois au monde comme à une marguerite,
parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser, c’est ne pas comprendre…
Le monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(Penser, c’est être dérangé des yeux)
Mais pour que nous le regardions et en tombions d’accord…
Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais c’est que je l’aime, et je l’aime pour cela même,
Parce que lorsqu’on aime, on ne sait jamais ce qu’on aime
Pas plus que pourquoi on aime, ou ce que c’est qu’aimer…

Aimer est la première innocence,
Et toute innocence ne pas penser…

(Fernando Pessoa)

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LE LAC (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



 

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LE LAC

I
Depuis hier, le lac hurle et gémit :
Jusqu’au printemps, il criera sans répit,
car il proteste et ne peut accepter
dans son chagrin, que soit fini l’été.

II
Il se tourne et pleure ainsi qu’un nourrisson,
qu’un amant déçu qu’Amour blesse et morfond.
Ne te résigne pas au mal sans combat
crient sa bouche et son coeur sauvage qui bat.

III
Etendu près de lui, je l’entends qui réclame ;
il se plaint et gémit comme fait une femme,
et je pourrais, les yeux ouverts jusqu’à l’aurore,
réfléchir à ma vie et l’écouter encore.

(Gyula Illyès)

Illustration: Clara Lieu

 

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DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018




    
DÉSIR DE FUSION DANS L’ÉTREINTE

En vain dans tes grands yeux quelque bûcher s’allume,
En vain de tes baisers le tourment me consume,
Mes lèvres sont meurtries, mais je veux davantage !

Pour arracher ta robe, un feu incendiaire
En vue des cieux profonds halète dans ta chair.
Et qu’y a-t-il encor? Mais je veux davantage.

Pareil au nourrisson que sa catin de mère
Pour qu’il morde le feu jette en la poudrière,
Voici mon сoeur, mon coeur si beau, fou de désir !

Ah! combien j’aimerais que nos corps s’unissant,
Le sang, le mien, le tien ne soient qu’un même sang,
Fleuves unis par l’ouragan qui va finir !

Double, notre âme unique alors s’envolerait,
Calme, vers l’infini; mais qui l’effacerait,
Juste pour un seul corps et que plus rien ne touche,

Rêve de tristes fleurs qui vont éclore ensemble,
tel un subtil parfum dans la brise qui tremble,
Lorsque s’apaise enfin la tourmente farouche.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Puis, las! (Lucien Ricaille)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017



    

Illustration: Edvard Munch

Puis, las! un soir, la Mort, notre parente,
Malgré tes cris, sur ta bouche aspirante,
Te donnera, macabre nourrisson,
L’amer baiser et son dernier frisson…

(Lucien Ricaille)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Puis, las ! (Lucien Ricaille)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



 

Illustration: Edvard Munch

    

Puis, las ! un soir, la Mort, notre parente.
Malgré tes cris, sur ta bouche aspirante,
Te donnera, macabre nourrisson,
L’amer baiser et son dernier frisson…

(Lucien Ricaille)

 

Recueil: Poètes du Baiser
Editions: Société des Éditions LOUIS-MICHAUD

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Vie D’Ebène (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2016



Vie D’Ebène

Un calme effrayant marquera ce jour
Et l’ombre des réverbères et des avertisseurs fatiguera la lumière
Tout se taira les plus silencieux et les plus bavards
Enfin mourront les nourrissons braillards
Les remorqueurs les locomotives le vent
Glisser en silence
On entendra la grande voix qui venant de loin passera sur la ville
On l’attendra longtemps
Puis vers le soleil de milord
Quand la poussière les pierres et l’absence de larmes composent
sur les grandes places désertes la robe du soleil
Enfin on entendra venir la voix
Elle grondera longtemps aux portes
Elle passera sur la ville arrachant les drapeaux et brisant les vitres
On l’entendra
Quel silence avant elle mais plus grand encore le silence
qu’elle ne troublera pas mais qu’elle accusera du délit de mort prochaine
qu’elle flétrira qu’elle dénoncera
Ô jour de malheurs et de joies
Le jour le jour prochain où la voix passera sur la ville.
Une mouette fantomatique m’a dit qu’elle m’aimait autant que je l’aime
Que ce grand silence terrible était mon amour
Que le vent qui portait la voix était la grande révolte du monde
Et que la voix me serait favorable.

(Robert Desnos)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Belle Iris (Gabriel Du Bois Hus)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2015



 

Belle Iris

[…]

Un bel oeil nageant dans ses pleurs
Fait soupirer de ses douleurs
La plus insensible poitrine ;
Ô larmes de Jésus, que ne ferez-vous pas ?
Chère enfance divine,
Qui pourra résister à vos chastes appas ?

Belle Iris, nourrice des fleurs,
Arc de rayons et de couleurs,
Dont les flèches sont les rosées,
Vos larmes céderont aux pleurs de cet Amour
Quoiqu’elles soient puisées
En des sources de musc et des canaux de jour.

Rosée, agréable présent,
Dont l’Aurore va courtisant
Les nourrissons de la prairie,
De qui l’été reçoit ses aimables fraîcheurs,
Et la plaine fleurie
Les parfums embaumés de ses riches blancheurs.

Gouttes, filles des beaux matins,
Yeux des fleurs, astres argentins,
Nourriture des prés humides,
Étoiles des jardins, douces sueurs des cieux,
Cristaux, perles liquides,
Vous n’avez rien d’égal aux larmes de ces Yeux.

(Gabriel Du Bois Hus)

Illustration: Guillaume Seignac

 

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Tu rêves comme une forêt en feu (Thierry Cazals)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2015


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Tu rêves
comme une forêt en feu
agites des bras
de tornade blanche
déracines
chaque visage
pampa à perte de vue
balayée par les vents
comment le faire comprendre
à ceux qui croient rendre visite

à un simple
nourrisson

(Thierry Cazals)

 

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CHANSON DE PANDÉMIE (Gérard Noiret)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2015




CHANSON DE PANDÉMIE

D’abord, c’est un ivrogne
Qui souffre et qui hurle par les rues,
Entre les rangs de pavillons
Et les blocs de HLM…

Ensuite, c’est un homme qui a perdu
Son fils ? Son chien ? Et qui appelle
A travers le quartier,
Si bien qu’on sort pour l’aider…

Enfin, c’est la Faucheuse
Qui enjoint de grossir,
D’un geste, le cortège exponentiel !
La Faucheuse aux mille appeaux :

Chahuts d’adolescents,
Rengaines de couteleurs,
Miaulements de chats (indifférenciables
du cri, la nuit, des nourrissons)…

(Gérard Noiret)

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LES DEUX CORTEGES (Joséphin Soulary)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2015



 

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LES DEUX CORTEGES

Deux cortèges se sont rencontrés à l’église.
L’un est morne : il conduit le cercueil d’un enfant ;
Une femme le suit, presque folle, étouffant
Dans sa poitrine en feu le sanglot qui la brise.

L’autre, c’est un baptême ! au bras qui le défend
Un nourrisson gazouille une note indécise :
Sa mère lui tendant le doux sein qu’il épuise,
L’embrasse tout entier d’un regard triomphant !

On baptise, on absout, et le temple se vide.
Les deux femmes, alors, se croisant sous l’abside,
Echangent un coup d’œil aussitôt détourné ;

Et – merveilleux retour qu’inspire la prière –
La jeune mère pleure en regardant la bière,
La femme qui pleurait sourit au nouveau-né !

(Joséphin Soulary)

Illustration: Corinna Wagner

 

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