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Posts Tagged ‘noyé’

SOLEIL DE MES VINGT ANS… (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2023



Illustration: Alexis Leborgne
    
SOLEIL DE MES VINGT ANS…

Soleil de mes vingt ans vous offensez mes ombres
Par vos jeux indiscrets
Car d’un temple inconnu je déchiffre les nombres
Et les calculs secrets.

Du sommeil de l’amour j’avais chanté l’étude.
Son flux et son reflux
Peuplaient et dépeuplaient l’île de solitude
Où je n’habite plus.

Vers un lieu sous-marin environné de pieuvres
Dans mon sommeil parti
Mon regard de noyé observe de mes œuvres
Le navire englouti.

J’avais pour vous rêvé, navire, des voyages
Toutes voiles dehors…
Et voilà maintenant qu’algues et coquillages
Recouvrent vos trésors.

Vitesse enivrez-vous je vous cède la place
Passez votre chemin
Votre orgueilleuse gloire étant que je vous fasse
Un signe de la main.

Passez m’éclaboussant de boue et de lumière.
Je ne le ferai pas.
Je vous laisse à vos buts. Le mien c’est la manière
Dont je pose mes pas.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Clair-obscur
Traduction:
Editions: Points

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Pieds et poings liés (Benjamin Péret)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2022




Pieds et poings liés

Quand je serai le cheval de pierre
debout devant l’éternité
je demanderai aux divinités des plantes
le manteau de pluies indispensable aux voyageurs éternels
Aujourd’hui je suis dans un puits glacé
où pleurent les madones noyées par leurs larmes et la pluie éternelle
qui recouvre les pensées des hommes
leurs souvenirs et leurs ambitions déjà flétris
par une main inexperte
et incolore comme l’eau d’une carafe
où vit cependant l’oeil de ma bien-aimée
couleur de citron et d’orage implacable

(Benjamin Péret)

 

 

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LE LAC (Emile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2022



LE LAC

Remémore, mon coeur, devant l’onde qui fuit
De ce lac solennel, sous l’or de la vesprée,
Ce couple malheureux dont la barque éplorée
Y vint sombrer avec leur amour, une nuit.

Comme tout alentour se tourmente et sanglote !
Le vent verse les pleurs des astres aux roseaux,
Le lys s’y mire ainsi que l’azur plein d’oiseaux,
Comme pour y chercher une image qui flotte.

Mais rien n’en a surgi depuis le soir fatal
Où les amants sont morts enlaçant leurs deux vies,
Et les eaux en silence aux grêves d’or suivies
Disent qu’ils dorment bien sous leur calme cristal.

Ainsi la vie humaine est un grand lac qui dort
Plein sous le masque froid des ondes déployées,
De blonds rêves déçus, d’illusions noyées,
Où l’Espoir vainement mire ses astres d’or.

(Emile Nelligan)


Illustration

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SONATE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2021



 

SONATE

Plus rien entre le ciel et moi sinon le temps!
Je ne suis nulle part ailleurs que dans les ailes
invisibles de l’air qui battent faiblement
sous l’espace noyé par sa pluie éternelle.

Quel secret demander à ce désert savant ?
Quel secours sinon lui, quelle heure sinon celle
qui s’arrête!… La feuille est veuve de tout vent;
il suffit d’écouter et d’attendre comme elle.

Nul pas ne reviendra sur ce champ spacieux;
tout est déjà mémoire au front calme des dieux
et pour être plus près de leur lointain silence,

ouvre en toi-même un flot égal à ce qui fuit,
sans regret, sans espoir et sans autre présence
que ce coeur encor lourd d’immémoriale nuit.

(Jean Tardieu)

Illustration: Lauri Blank

 

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Le désir est un hôte (David Eloy Rodríguez)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2021



Illustration
    
Le désir est un hôte

On entre en amour
dans un brouhaha d’enfants
qui jouent dans une piscine.

On quitte l’amour
dans le silence de deux vieillards
qui regardent sur la plage
la lente asphyxie d’un noyé.

***

El deseo es un huésped

Se entra en el amor
con el bullicio de chiquillos
que juegan en una piscina.

Se sale del amor
con el silencio de dos viejos
que miran en la playa
la lenta asfixia de un ahogado.

(David Eloy Rodríguez)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Judite Rodrigues, Poésie par effraction
Traduction:
Editions: Université Bordeaux Montaigne

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FAUX DÉPART (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2020




    
FAUX DÉPART

Penser qu’on aurait pu devenir cela aussi :
des héros, le visage resplendissant
et le corps couturé de blessures,
Alexandre aux portes d’Ecbatane, Colomb ou —

Penser cela ici, dans l’herbe abandonnée
au piétinement des boeufs sombres,
et piétiner comme eux, l’âme assourdie,
mais l’oeil prêt à ce qui doit venir

tôt ou tard, n’importe : qui viendra,
étant donné le point d’origine, l’axe,
l’uniformité du mouvement et la vitesse
avec laquelle comme un noyé

nous déglutissons nos échecs et nos ruines.

(Guy Goffette)

 

Recueil: Le pêcheur d’eau
Traduction:
Editions: Gallimard

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J’AI VU (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



J’AI VU

J’ai vu plus d’un adieu se lever au matin,
J’ai vu sur mon chemin plus d’une pierre blanche,
J’ai vu parmi la ronce et parmi le plantain
Plus d’un profil perdu, plus d’un regard éteint
Et plus d’un bras, la nuit, que me tendaient les branches.

Par le calme et la pluie et le souffle du vent
J’ai vu passer les mots qu’un baiser accompagne.
J’ai vu ces baisers-là s’en aller au couvent
Et dans le flot des lacs où le temps va, rêvant,
J’ai vu plus d’un noyé dont je fus la compagne.

J’ai vu tous mes regrets guetter mon avenir,
L’amour me délaisser pour une autre nature
Mon coeur, mal estimé, de loin me revenir
Et ce coeur me rester pour battre ma mesure.

Ces mains, ces yeux, ces bras où passa mon destin
Ces profils éperdus ne pesant plus une once,
Je les revois dans l’onde et l’arbre et le plantain
Et je vois mon destin dans l’entrelacs des ronces.

(Louise de Vilmorin)

 

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Sous un ciel gris (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 7 août 2020



Sous un ciel gris, sans joie,
Le clocher de l’église
Saint Maclou, dans la bise
Nargue la Tour Montjoie

Au loin l’Oise et la Seine
Se recouvrent de brume
Et je vois à grand peine
La ville qui s’allume.

Au fil de l’eau livide
Glisse un corps de noyé,
Je vais, le cœur broyé,
Tout le long d’un quai vide.

(Jean-Baptiste Besnard)

(CONFLANS 1951)


Illustration

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Le désordre (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2019



Avec ce peu de temps qui m’est alloué
peu me soucie le désordre que crée
l’ordre de branle-bas. Perdue d’avance
chaque bataille. Admirez le malchance,
la gare éteinte et les trains déraillés,
les ponts pendus sur les astres noyés.
La nue s’effondre où se perchaient les dieux.
Notre avenir est bien plus ancien qu’eux.

(Jean Grosjean)

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Jadis c’était la couleur du dire (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 juin 2019



Illustration: Margaret Brohan
    
Jadis c’était la couleur du dire
Qui inondait ma table sur le versant le plus laid d’une colline
Avec un champ chaviré où une école se tenait, tranquille
Et un carré noir et blanc de filles s’y répandait en jeux ;
Les doux glissoires du dire je les dois détruire
Pour que les noyés enchanteurs se relèvent pour chanter comme coq et tuer.
Quand je sifflais avec des gamins joueurs à travers le parc du réservoir
Où la nuit nous lapidions les froids, les niais
Amants dans la boue de leur lit de feuilles,
L’ombre de leurs arbres était mot à plusieurs obscurités
Et lampe d’un éclair pour les pauvres dans la nuit ;
Maintenant mon dire doit me détruire,
Et je déviderai chaque pierre comme un moulinet.

(Dylan Thomas)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Vision et Prière (et autres poèmes)
Traduction: Alain Suied
Editions: Gallimard

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