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Posts Tagged ‘nuit blanche’

Je ne sais pas ou tu commences (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

Albena Vatcheva G

Je ne sais pas où tu commences

Tu portes ma chemise
Et je mets tes colliers.
Je fume tes gitanes,
Tu bois mon café noir.
Tu as mal à mes reins
Et j´ai froid à tes pieds.
Tu passes mes nuits blanches
Et j´ai tes insomnies.

Je ne sais pas où tu commences,
Tu ne sais pas où je finis.

Tu as des cicatrices
Là où je suis blessé.
Tu te perds dans ma barbe,
J´ai tes poignets d´enfant.
Tu viens boire à ma bouche
Et je mange à ta faim.
Tu as mes inquiétudes
Et j´ai tes rêveries.

Je ne sais pas où tu commences,
Tu ne sais pas où je finis.

Tes jambes m´emprisonnent,
Mon ventre te retient.
J´ai ta poitrine ronde,
Tu as mes yeux cernés.
Ton souffle me réchauffe
Et j´étouffe tes cris.
Je me tais quand tu m´aimes,
Tu dors quand je le dis.

(Georges Moustaki)

Illustration: Albena Vatcheva

 

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NUITS BLANCHES (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2017



 

NUITS BLANCHES

Personne ici,
et le corps dit : tout ce qui est dit
n’est pas à dire. Mais aussi
personne n’est un corps, et ce que dit le corps
n’est entendu de personne
hormis toi.

Chute de neige et nuit. La répétition
d’un meurtre
parmi les arbres. La plume
court à travers la terre : elle ne sait plus
ce qu’il adviendra, et la main qui la tient
a disparu.

Cependant, elle écrit.
Elle écrit : au commencement,
parmi les arbres, un corps venait
de la nuit. Elle écrit :
la blancheur du corps
est couleur de la terre. Elle est terre,
et la terre écrit : tout
est couleur du silence.

Je ne suis plus ici. Je n’ai jamais dit
ce que tu dis
que j’ai dit. Et pourtant, le corps est un lieu
où rien ne meurt. Et chaque nuit,
du silence des arbres, tu sais
que ma voix
s’avance vers toi.

(Paul Auster)

Illustration: Arthur Hughes

 

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Pendant une nuit blanche (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2017



Pendant une nuit blanche

Ah, je n’ai pas fermé la porte.
Je n’ai pas allumé de bougie.
Tu ne le sais pas. Fatiguée,

Je n’arrive pas à me coucher.
Voir comment disparaissent les lueurs
Du couchant dans l’ombre des pins,
M’enivrer du son d’une voix
Qui ressemble à la tienne.

Savoir que tout est perdu,
Que la vie est un enfer.
Oh! j’étais persuadée
Que tu reviendrais.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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Au pas des oiseaux (Lavinia Greenlaw)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2016



Les nuits blanches emplument mon esprit,
Je suis un géant de l’insomnie, aussi haut
que la falaise où les pingouins pondent des oeufs chancelants
qui vacillent brutalement, telles des larmes.

Ils ne roulent pas. Mon esprit roule.
Pour dormir, je dois penser comme les oiseaux,
camouflage, appeaux, patrouilles.

Les chevaliers gambettes prennent l’herbe d’assaut,
postent des sentinelles
sur les poteaux télégraphiques, aussi tendus
que les huîtriers qui, dans tous leurs états,
crient plus fort que leurs petits pour tromper les corbeaux
qui haussent les épaules, fanfaronnent, chargent.

A trois heures du matin, un cormoran plonge.
Aiguille noire, nuit qui tombe, mes yeux se ferment.

(Lavinia Greenlaw)


Illustration

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La mort peut venir chaque matin (Yvon Le Men)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2015



La mort peut venir chaque matin.
Tu peux ne pas ouvrir tes pétales,
Et attendre.
Quelque part un enfant ouvre la route
En regardant ses mains.
Un oiseau porte mille fois le brin d’herbe
Pour que nous découvrions un nid.
Passe ton chemin alors, petit enfant,
Vous vous êtes rencontrés d’une maison à l’autre,
Et c’est bien.
ici un homme a passé une nuit blanche,
Dans le noir
Ailleurs une femme a éclaté de rire.
Et de fleuve en colline
De forêt en port
La vie se lève la première,
Avant même que tu m’ouvres les yeux.

(Yvon Le Men)


Illustration: Vladimir Kush

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