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Poésie

Posts Tagged ‘nuit’

DANS UNE FORET, LA NUIT (Henri Cazalis)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




    
DANS UNE FORET, LA NUIT.

Arbres, silencieux géants, spectres sans voix,
qui apparaissez devant mes yeux;

fils aînés de la Nature, rochers noirs,
endormis immobiles sous les claires étoiles;

lune, témoin éternel,

qui êtes vous,
et qui suis-je ?

Et pourquoi nous rencontrer ainsi
dans l’immensité de l’abîme,

moi, vous interrogeant,
et vous, pleins de silence ?

(Henri Cazalis)

 

Recueil: Le livre du Néant
Editions: Alphonse Lemerre

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LA ROSE MALADE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




LA ROSE MALADE

Ô rose, tu es malade :
L’invisible ver
Qui vole de nuit
Dans la tempête hurlante,

A trouvé où est ton lit
De joie cramoisie ;
C’est son noir amour secret
Qui détruit ta vie.

***

THE SICK ROSE

O rose, thou art sick:
The invisible worm
That flies in the night,
In the howling storm,

Has found out thy bed
Of crimson joy;
And his dark secret love
Does thy life destroy.

(William Blake)

Illustration: William Blake

 

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LE PETIT GARÇON PERDU (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




LE PETIT GARÇON PERDU

« Père, père, où vas-tu ?
Ne marche pas si vite !
Oh, père, parle, parle à ton petit garçon,
Autrement je serai perdu. »

La nuit est noire, et pas de père,
Le garçon était mouillé de rosée,
Et le bourbier profond, et le garçon en pleurs,
S’envolait la vapeur.

***

THE LITTLE BOY LOST

`Father, father, where are you going?
Oh, do not walk so fast!
Speak, father, speak to your little boy,
Or else I shall be lost.’

The night was dark, no father was there,
The child was wet with dew;
The mire was deep, and the child did weep,
And away the vapour flew.

(William Blake)

 

 

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BERCEUSE (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017



Illustration: Anne Yvonne Gilbert
    
BERCEUSE

Dors, dors, éclatante beauté,
En rêvant dans les joies de la nuit.
Dors, dors ; dans ton sommeil
De petits chagrins se tiennent et pleurent.

Doux enfant, sur ton visage
Je peux découvrir de doux désirs,
Joies secrètes et secrets sourires,
Gentilles enfantines petites ruses.

Pendant que je touche tes membres si doux,
Des sourires comme ceux du matin glissent
Sur ta joue et sur ta poitrine
Là où ton petit coeur se repose.

Oh, astucieuses ruses qui rampent
Dans ton petit coeur endormi !
Quand ton petit coeur s’éveillera
Alors la lumière terrible naîtra.

***

A CRADLE SONG

Sleep, Sleep! beauty bright
Dreaming o’er the joys of night.
Sleep, Sleep! in thy sleep
Little sorrows sit & weep.

Sweet Babe, in thy face
Soft desires I can trace,
Secret joys & secret smiles,
Little pretty infant wiles.

As thy softest limbs I feel,
Smiles as of the morning steal
O’er thy cheek, & o’er thy breast
Where thy little heart does rest.

O! the cunning wiles that creep
In thy little heart asleep;
When thy little heart does wake
Then the dreadful lightnings break.

(William Blake)

 

Recueil: Chants d’Innocence et d’Expérience
Traduction: Marie-Louise et Philippe Soupault
Editions: Quai Voltaire

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La peau est sur le sang (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    
La peau est sur le sang comme un papier
qui se déchire à la place des yeux
et l’on voit bien les grands fonds du regard
s’éclairer par moment d’un peu de feu.

C’est le même homme qui va de nuit en nuit
enfouissant sa tête dans le ciel bas.
Quand il se retourne, il trouve toujours
la même ombre qui enchaîne ses pas.

C’est le même homme que se renvoient
îes vitrines posées sur des fonds sous-marins.
C’est le même homme entouré de siècles
qui ne trouve plus de carrefours sur sa route.

La pluie tombe droite comme les moissons
et cherche un passage dans le vent dur.
Le jour naissant est si haut, si vide
qu’il n’y a plus qu’un homme sur la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Les paysans dans l’été (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Joseph Matar
    

Les paysans dans l’été sont si sûrs de leurs gestes
qu’il semble que la mort passe auprès d’eux sans les prendre.
Le plus petit ruisseau fait bouger la terre et part
en portant la clarté du jour et le poids des arbres.

Il y a un champ immense de soleil sur les blés
et les sources sont nues jusqu’à la ceinture
et belles de cailloux où la terre vient battre
de tout son coeur plein d’ombre et de lumière.

Il y a des bois clos de silence et de feuilles
qui pèsent sur le monde de toute leur épaule
et qui placés sur l’horizon comme veilleurs
font monter dans le ciel la nuit et les grands vents

les chemins qui contiennent les moissons
tombent des collines sur la grand’route
avec un bruit de voiture et de pas de chevaux
et c’est comme un grand cri qui fait frémir les blés.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Dans le quartier solitaire (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Illustration: Grégoire Mathieu
    
Dans le quartier solitaire qu’on traverse en hâte
des volets se ferment sur des rires d’enfants
sur des voix très douces, très proches du coeur
qui font mal au passant, seul avec ses deux mains.

Prise dans la vitre, la tête d’une femme
supporte le poids de tout le paysage
et l’on sent qu’elle peut mourir en fermant les yeux
sans que bouge une feuille, sans que crie un oiseau.

Gluants d’étoiles, les carreaux sont moins noirs
sur l’ombre qui sort des chambres comme une forêt
qu’on ne peut arrêter, parce qu’il n’y a plus
sur les bords de la terre aucun fleuve de clarté.

Le vent est si las qu’il se pose sur la main
Un feu s’éteint sans cri au tournant de la nuit
et les fumées hautes marchent sur les toits
du pas tranquille de ceux qui sont morts.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Cérès Eleusin (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Cérès Eleusin

LA nuit des vergers bleus d’acanthes,
Des jardins pourpres d’aloès,
Attend l’Evohé des Bacchantes
Et les mystères de Cérès

Dans le temple aux flammes païennes,
Le soir, accroupi comme un sphinx,
Contemple les Musiciennes,
Evocatrices de Syrinx.

Une étrange et pâle prêtresse,
Délaissant l’autel de Vénus,
Apporte à la Bonne Déesse
Les daturas et les lotus.

Car la blonde enlace la brune,
Et les servantes d’Ashtaroth,
Aux vêtements de clair de lune,
Te narguent, Deus Sabaoth.

Les nonnes et les courtisanes,
Mêlant la belladone au lys,
Chantent les Te Deum profanes
Et les joyeux De profundis.

(Renée Vivien)

Illustration: Joseph-Marie Vien

 

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Le grillon (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 21 août 2017



Le grillon

Triste à ma cellule,
Quand la nuit s’abat,
Je n’ai de pendule
Que mon coeur qui bat ;
Si l’ombre changeante
Noircit mon séjour,
Quelque atome chante,
Qui m’apprend le jour.

Dans ma cheminée,
Un grillon fervent
Faisant sa tournée
Jette un cri vivant :
C’est à moi qu’il livre
Son fin carillon,
Tout charmé de vivre
Et d’être grillon.

La bonté du maître
Se glisse en tout lieu ;
Son plus petit être
Fait songer à Dieu.
Sait-il qu’on l’envie,
Seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
Il est bien heureux !

La guerre enfiévrée
Passait l’autrefois,
Lionne effarée,
Broyant corps et voix ;
Mon voisin l’atome
Fut mon seul gardien,
Joyeux comme un gnome
A qui tout n’est rien.

Dieu nous fit, me semble,
Quelque parité :
Au même âtre ensemble
Nous avons chanté.
Il me frappe l’heure,
Je chauffe ses jours ;
Mais, femme, je pleure ;
Lui, chante toujours.

Si jamais la fée
Au soulier d’azur,
D’orage étouffée,
Entre dans mon mur,
Plus humble et moins grande
Que sa Cendrillon,
Oh ! Qu’elle me rende
Heureuse, ou grillon !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

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Il n’y a plus d’ombre (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Albert Marquet
    
Il n’y a plus d’ombre écrasée sur la terre
brûlante comme une pierre chauffée de soleil.
Les abois sont plus sourds dans les fermes
qui étouffent dans l’odeur accablante des foins.

L’eau traverse les cailloux trop clairs
qui surgissent là où la clarté fait des trous.
Les sources sont plus profondes dans les vallées
où passe une rumeur d’insectes qui s’assoupissent.

La tête des femmes est douce comme une écume.
Le couchant est si long que la nuit reste claire
au-dessus du ciel qui serre le monde de près
au-dessus des hiboux qui n’osent pas bouger.

Il n’y a pas de veilleur sur la montagne
qui monte seule à la rencontre de la nuit.
Il n’y a plus d’éclair au creux des arbres
d’où l’ombre sort pour couvrir la terre.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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