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Poésie

Posts Tagged ‘nuit’

L’Alouette (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



L’Alouette

La nuit est pleine de barreaux.
Comment font-ils donc les hiboux
Pour échapper aux fins réseaux
Que l’obscurité tend partout?
Ce n’est certes pas l’alouette
Qui, ce matin, me l’apprendra,
Elle qui fait des pirouettes
Au soleil et lui crie sa joie
D’être libre encore une fois.

(Maurice Carême)


Illustration

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SIMPLE VIE (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 27 mai 2017



 

SIMPLE VIE

C’est du soir en fruit,
De la nuit en grappe
Et le pain qui luit
Au clair de la nappe.

C’est la bonne lampe
Qui met, sur les fronts
Rapprochés en rond
Sa joie de décembre.

C’est la vie très simple
Qui mange en sabots,
C’est la vie des humbles :
Sourire et repos.

(Maurice Carême)

Illustration: Louis Le Nain

 

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Les mots c’est une roue en mouvement (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Les mots c’est une roue en mouvement et pourrais-je ordonner leur vertige ?
Ma voix s’aiguise à cette meule.

Gel et silence : le simple cri d’une herbe bouleverserait ce désert.
Découverte surprenante : hennir et devenir vert !

Un arbre s’ébroue, un cheval se couvre de feuilles.
Étendues raides, et pourtant nul coup n’a retenti :
antilopes de la joie, si beaux cadavres.

Qui dérange ainsi le damier de la nuit ? Il va falloir couper cette infatigable main.
L’encre aux doigts d’énigme, les hiéroglyphes de la page.

À peine délivré des mailles de la pensée, je retombe dans les rets du chant.
Être un instant cette mouette qui équilibre toute la mer !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Le ciel était encore clair (Béatrice Marchal)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Le ciel était encore clair
sur la masse des arbres noirs,
à la brume se mêlait une odeur
de feu de bois.
Un élan soudain
vers la joie l’amour
soulevait l’enfant
dans le crépuscule d’automne.

Sur la profondeur entrevue
se refermait la nuit,
il fallait rentrer.

(Béatrice Marchal)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Lisa Lea Bemish

 

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Quarante ans (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Quarante ans

Je connais peu ma vie. Je ne l’ai jamais vue
S’éclairer dans les yeux d’un enfant né de moi.
Pourtant j’ai pénétré le secret de mon corps. O mon corps !
Toute la joie, toute l’angoisse des bêtes de la solitude
Est en toi, esprit de la terre, ô frère du rocher et de l’ortie.
Comme les blés et les nuages dans le vent.
Comme la pluie et les abeilles dans la lumière,
Quarante ans, quarante ans, mon corps, tu as nourri
De ton être secret le feu divin du Mouvement :
Tu ne passeras pas avant le mouvement de l’univers.
Que le son de ton nom inutile et obscur
Se perde avec le cri du dormeur dans la nuit ;
Rien ne saurait te séparer de ta mère la terre.
De ton ami le vent, de ton épouse la lumière.
Mon corps ! tant que deux cœurs séparés, égarés ,
Se chercheront dans les vapeurs des cascades du matin.
Tant qu’un douzième appel de midi vibrera pour réjouir
La bête qui a soif et l’homme qui a faim ; tant que le loriot.
L’hôte des sources cachées, renversera sa pauvre tête
Pour chanter les louanges du Père des forêts ; tant qu’une touffe
De myrtil noir élèvera ses baies pour leur faire respirer
L’air de ce monde, quand l’eau de soleil est tombée,
errante poussière ! ô mon corps ! tu vivras pour aimer et souffrir.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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Si tu crois rêver (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Si tu crois rêver

Si tu crois que l’heure
Est à tous les vents
Si tu crois Fauvette

Et si pour passer
Il suffit d’un rêve
D’un rêve et d’un peu
D’amour sur la plaie

Si tu crois Fauvette
A la courte paille
Si tu crois au vent
Oui dit des merveilles
Et aux voiliers bleus
Cachés dans la main

Alors nous aurons
Des saisons entières
Et un fil de soie
Pour tisser des nuits.

(Robert Momeux)


Illustration

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DU CYCLE DES NUITS (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



DU CYCLE DES NUITS

Les astres de la nuit que j’aperçois à mon réveil
surplombent-ils seulement mon visage, celui d’aujourd’hui,
ou bien en même temps le visage tout entier de mes années,
eux, ces ponts qui reposent sur leurs piliers de lumière ?

Qui là-bas veut poursuivre sa route ? Pour qui suis-je
abîme, lit de rivière,
lui qui passe au-dessus de moi ainsi, décrivant le plus vaste des cercles —,
qui saute au-dessus de moi et me prend, comme sur
l’échiquier le fou,
et marque avec insistance sa victoire ?

***

AUS DEM UMKREIS: NACHTE

Gestirne der Nacht, die ich erwachter gewahre,
überspannen sie nur das heutige, meine Gesicht,
oder zugleich das ganze Gesicht meiner Jahre,
diese Brücken, die ruhen auf Pfeilern von Licht?

Wer will dort wandeln? Für wen bin ich Abgrund und
Bachbett,
daß er mich so im weitesten Kreis übergeht —,
mich überspringt und mich nimmt wie den Làufer im
Schachbrett
und auf seinem Siege besteht?

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Patrick Rogelet

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LA-BAS (Charles Le Goffic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017


 


 

Bretagne

LA-BAS

Les Bretonnes au coeur tendre
Pleurent au bord de la mer;
Les Bretons au coeur amer
Sont trop loin pour les entendre.

Mais vienne Pâque ou Noël,
Les Bretons et les Bretonnes
Se retrouvent près des tonnes
D’eau-de-vie et d’hydromel.

La tristesse de la race
S’éteint alors dans leurs yeux;
Ainsi les plus tristes lieux
Ont leur sourire et leur grâce.

Mais ce n’est pas la gaîté
Aérienne et sans voiles
Qui chante et danse aux étoiles
Dans les belles nuits d’été.

C’est une gaîté farouche,
Un rire plein de frissons,
Ferment des âpres boissons
Qui leur ont brûlé la bouche.

Plaignez-les de vivre encor;
Ce sont des enfants barbares.
Ah! les dieux furent avares
Pour les derniers nés d’Armor!

(Charles Le Goffic)

Illustration

 

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Insomnia (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration
    
Insomnia

La nuit darde ses innombrables yeux sur moi.
Ai-je dit des yeux?
Des flèches, plutôt.
Elles foncent sur moi en sifflant, se plantent dans ma peau.

Qui donc aimerait être dans ma peau?
En vain, je m’efforce à longueur de nuit
de les ôter, de les jeter par-dessus bord.

Le matin, je me retrouve bordée par un tas d’éclats de pensée
et je m’étonne d’avoir pu sauver ma peau.

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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LÉGÈRETÉ (Hubert Antoine)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017




    
LÉGÈRETÉ

dans le temps détenu
d’un cil sur une joue
l’amour devient léger
comme un papier carbone
épris d’une chauve-souris
qui devient parfois papillon
quand le jardinier de la nuit
taille la lune en rosier

(Hubert Antoine)

 

Recueil: tohu-bohu et brouhaha
Editions: Le Cormier

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