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Poésie

Posts Tagged ‘nulle part’

En guerre (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Aina Frozt
    
En guerre

Il fait nuit si profonde autour de moi,
tant de solitude et de détresse.
Les murs tremblent et se pressent,
les larmes coulent du pain froid.

Il fait froid à pierre fendre dans la maison.
Aucun feu ne brûle, nulle part de lumière.
Mon souffle fume et expire dans l’air,
et tout espoir devient renonciation.

Dans le pays les routes bâillent largement
et m’appellent sûrement aussi.
Mais je suis fatiguée et emplie de peine…
ll fait nuit si profonde autour de moi.

***

Im Krieg

Es ist so tiefe Nacht um mich
und Einsamkeit und graue Not.
Die Wände drängen zitternd sich
und Tränen rinnen aus dem Brot.

Es ist so bitter kalt im Haus.
Kein Feuer brennt und nirgends Licht.
Mein Atem raucht im Raume aus
und aile Hoffnung wird Verzicht.

Im Lande gähnen Strassen weit
und rufen mich auch sicherlich.
Doch ich bin miide und volt Leid…
Es ist so tiefe Nacht um mich.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Même si tout s’arrêtait là (Liliane Wouters)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2019



Même si tout s’arrêtait là,
Au dernier souffle, à la fosse, à la cendre,
Même s’il me fallait descendre
Ces escaliers qui ne conduisent nulle part,
Cela valait la peine d’être né,
D’avoir bu à longs traits le vin de l’existence,
D’avoir connu des joies et des douleurs intenses,
D’avoir aimé, d’avoir lutté, d’avoir pleuré.

Je n’ai pourtant pas fait des étincelles,
Rien que ces choses que l’on dit très ordinaires.
Mes fautes ne sont pas des actes mais des manques.
Je confesse médiocrité.
Mais j’ai parfois marché sur l’eau, flotté dans l’air,
Je me suis vu sur la plus haute vague,
J’ai respiré un peu d’éternité.

(Liliane Wouters)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Pêcheur (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019



 

DCF 1.0

Pêcheur

{Refrain:}
Pêcheur, pêcheur, pêcheur d´amour
Pêcheur, pêcheur à la tombée du jour
Tout seul, tout seul sur un bateau de bois
Tout seul, tout seul, je suis seul avec moi

Dans mes filets ce sont des diamants
Ce sont les larmes de l´océan
Mais au matin elles s´évaporent
Le cœur léger je rentre au port

{au Refrain}

Tout seul je vais où me pousse le vent
La terre est si loin derrière ou devant
Et personne ne m´attend nulle part
Ma vie n´est faite que de départs

{au Refrain}

Lorsque la mort viendra me chercher
Qu´elle me brise contre un rocher
De mes filets qu´elle fasse un linceul
J´y dormirai tout seul, tout seul, tout seul, tout seul…

Pêcheur, pêcheur, pêcheur d´amour
Pêcheur, pêcheur à la tombée du jour

(Georges Moustaki)

Illustration: Sylvain Horréard

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Nous irons au devant de nulle part (Gilles Weinzaepflen)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Nous irons au devant de nulle part
Avec pour seul amour
La fin prochaine de la beauté

(Gilles Weinzaepflen)

 

Recueil: Noël Jivaro
Traduction:
Editions: Le clou dans le fer

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Soupe de cailloux (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



    

Soupe de cailloux
(à Jean-Claude Pirotte)

l’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

deux mains sont nécessaires
pour soulever la pierre
deux mains font le chemin

le chemin est de cendre
de boue et de poussière
tu le suis comme un chien

tu goûtes et tu renifles
tu lèches la lumière
tu mords le grand rien

les pieds ne vont nulle part
les pieds sont une prière
tu marches sur les mains

hier va plus loin
demain est une pierre
aujourd’hui tu as faim

L’horreur et la merveille
se cachent sous la même pierre
la pierre c’est demain

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Et pourquoi (Alain Veinstein)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2019




    
et pourquoi.
Tout est devenu plat, une ruelle sombre
ou plutôt un long couloir
qui ne mène nulle part
et ne relie rien à rien.
C’est exactement ça:
le monde est un long couloir sans destination,
recouvert d’un carrelage noir étincelant.

(Alain Veinstein)

 

Recueil: Voix seule
Traduction:
Editions: Seuil

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La dormeuse (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2019



Illustration: Lauri Blank
    
La dormeuse

La tombée de la nuit semble être prise d’un sortilège.
Sur la toile, l’étoile du soir ne s’est pas couchée.
Ayant dénoué ses boucles ondulantes
Elle dort sa tête posée sur un bras.
Qui est-ce qui l’a aidée à s’endormir ainsi,
Interrompant son vigile sur la terre ?
Ayant ramené de nulle part des murmures de silence,
Les ayant versés dans ses oreilles pour toujours.
Une cascade sans fin au fond de l’image
Jaillit sans cesse en chansons silencieuses.
Pour toujours le bruissement silencieux de la forêt,
Pour toujours on sent la présence pudique,
Aussitôt qu’elle se réveille, confuse
Elle couvrira de sa robe ses seins.

***

Beauty asleep : still life

The evening twilight is bound by a spell.
On the canvas the evening star has not set.
Having undone her undulating locks
She sleeps resting her head on an arm.
Who is it who has helped her to fall asleep
In the midst of a permanent vigil on earth ?
Having culled from nowhere murmurs of silence
And has poured them for ever inside her ears.
An unending waterfall behind the image
Keeps on gushing in silent songs.
For ever the silent rustling of the forest,
For ever stands the bashful presence,
As soon as she wakes up, ashamed
She will cover her breast with her robe.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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TÉLÉGRAMME (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2019




    
TÉLÉGRAMME

MOI JAMAIS CONTENT RESTER MÊME CHOSE
MOI TOUJOURS PARTIR NOUVEAU
FUIR ENNUI DU TOUJOURS MÊME
TOUJOURS ESPÉRER TROUVER FENÊTRE
AU BOUT TUNNEL APRÈS SUIE ET OMBRE
TOUJOURS VOULOIR BRISER ENTRAVES
OUVRIR PORTE SAUTER MONTER
LA-HAUT-LA OÙ NOIR-NOIR
S’ÉCARTE OÙ BRILLE AURORE
TOUJOURS FRAÎCHEUR TOUJOURS
INCONNU RECONNU.

(De nulle part. An zéro.
Signé : Personne.)

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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INTERROGATION ET NÉGATION (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2019



    

INTERROGATION ET NÉGATION

Vous ? Moi ?
Non, personne
personne jamais
non vraiment personne jamais.

Comment ? Ni où,
ni quoi,
ni comment ?

Non vraiment personne jamais
nulle part
rien ni personne
jamais
non jamais
jamais jamais jamais
jamais
non, jamais.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE CAVEAU DE LA MÉMOIRE (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019



LE CAVEAU DE LA MÉMOIRE

Qui dit que je vis tristement s’égare.
Ne crois pas que les souvenirs me rongent.
Je rends peu de visites à ma mémoire,
D’autant qu’elle dit beaucoup de mensonges.

Quand, lampe en main, au caveau je descends,
A chaque fois l’avalanche, il me semble,
Dans l’escalier étroit sourdement gronde.
La lampe fume, il n’y a point de retour,
Je descends chez l’ennemi de toujours ;
Alors, comme une grâce je demande…

Mais là — finie la fête. Tout est éteint.
Les dames sont rentrées il y a trente ans,
De vieillesse est mort le boute-en-train…
Malheur à moi — je suis venue trop tard.
Vrai, je ne peux me montrer nulle part.

Mais j’effleure les ornements du mur,
Je me chauffe à l’âtre. Et, enchantement! —
Dans le moisi, les miasmes, la pourriture
Deux émeraudes vont étincelant
Et un chat miaule. À la maison, rentrons!
Mais où est ma maison ? et ma raison ?

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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