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Poésie

Posts Tagged ‘nulle part’

TOMBEAU DU NÉANT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Alexandre Folliot
    
TOMBEAU DU NÉANT

Ci-gît la vie,
ci-gît le rire,
ci-gît tout ce qui planait sur la montagne,
tout ce qui dansait au son de la résine ;
ci-gît un homme qui n’eut que le tort d’exister,
ci-gît un enfant qui crut saisir un peu d’espace.

Mort l’arc-en-ciel, vieux châle décrépi ;
morte la comète, d’avoir voulu se reposer ;
et l’arbre s’est pendu du haut de sa propre cime,
et le vautour s’est étranglé de son aile puissante,
et le poisson explosa en découvrant la brise pure.

« Désolées », disent les roches, et les voilà qui se réduisent en amadou ;
« Peinées », disent les vagues, et les voilà qui se transforment en écailles.
Où est celui qui s’obstinait à devenir lui-même ? on l’a tué ;
où est celui qui cherchait à savoir pourquoi l’on parle
pourquoi l’on pleure ? nulle part, il fut écorché vif.

Ci-gît quoi donc ? personne n’ose en discuter.
Ci-gît, pourquoi le dire ? quelqu’un sur qui déjà galope la bourrasque;
ci-gît ce qui est trop éphémère pour qu’on l’appelle mort ;

ci-gît…
qui donc encore comprend l’épitaphe ?
qui donc encore conçoit le deuil ?
qui donc encore s’émeut de voir
les gens tomber, les choses disparaître ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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QUAND L’ÂME EUT FROID (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
QUAND L’ÂME EUT FROID

Mon coeur ouvert de toutes parts
Et l’effroi du jour que je pleure
D’un mal sans fin mourant trop tard
Je ne fus rien que par hasard
Priez qu’on m’enterre sur l’heure

On reverra dans le brouillard
Avec ses maux et ses années
Le roi qu’il fut dans la fumée
D’un feu qui n’était nulle part
Sa mère avait des yeux d’eau vive
Il reviendra dans le brouillard
Le coeur ouvert par trois poignards
Vidé par les lunes oisives

Mais les ans passent sans nous voir
L’aube naît d’une ombre où l’on pleure
De quoi voulez-vous que l’on meure
La nuit ne sait pas qu’il fait noir
Tout est passé pour nous revoir
Nos pas reviennent nous attendre
On rouvre la classe du soir
Où l’on attend le roi des cendres

J’ai cru le voir dans un miroir
Qui m’est resté de mon enfance
Un chant de source était devant
Qui m’a bercé jusqu’au silence
Et je le suis jusqu’à l’absence
Mon corps s’ouvrant à tous les vents
A bu le froid dans l’eau d’argent
D’un coeur noir qu’il est las d’entendre

Tout est trop beau pour être vu
Un amour plus grand que l’espace
Ferme les yeux qui ne voient plus
Et l’ombre que sa forme efface
Mendiant son pas mendiant sa place
Au jour mort d’un rêve pareil
Dira des ombres qui la suivent
Ma vie avait des yeux d’eau vive
Passé prête-moi ton sommeil

(Joë Bousquet)

 

Recueil: La Connaissance du Soir
Editions: Gallimard

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Où va l’âme après la mort ? (Jakob Böhme)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2017



    

Où va l’âme après la mort ?

Il n’est pas nécessaire
qu’elle aille nulle part.

(Jakob Böhme)

 

 

 

 

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On dirait (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 28 juillet 2017



 

On dirait
que le poème
surgit de nulle part

comme le reflet
d’un avant-monde
englouti

dont l’harmonie perdue
consume les rêves des hommes

(Bernard Mazo)

Illustration: Charles Courtney

 

 

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Ouvre le livre de l’horizon, ô main de la poésie! (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 24 juillet 2017



 

   
Ouvre le livre de l’horizon,
ô main de la poésie!

Dans l’air, dans le nulle part,
le poète a construit son foyer.
Il a pris pour amis l’obsession,
l’insomnie, le silence.

Réincarnez-vous
afin de savoir comment visiter les corps des plantes
dans leurs demeures.
Fraternisez à nouveau
dans les lits des branches et dans le sein de l’herbe,
afin de guérir les blessures entre vous
et le reste des créatures.
Et toi, chasseur,
je t’en prie, n’égorge pas cette tourterelle.
Peut-être est-elle la femme que tu as aimée
ou que ton ami le poète a aimée,
pour la première fois.

Il est dans l’amour-poésie
une autre lumière pour que nous transformions la raison
en un sixième sens pour palper l’inconnu,
pour que nous la changions de cage en oiseau,
pour que nous fassions couler son eau dans le coeur,
et en elle le vin du coeur.

Et voilà qu’ils sondent la matière,
transpercent le mur du son,
descendent sur la lune,
dialoguent avec les constellations.
Mais c’est toi seule, poésie,
résidant dans l’intériorité de la création,
qui connais le secret.

(Adonis)

 

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Chanson de l’étranger (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2017



Chanson de l’étranger

Je suis à la recherche
d’un homme que je ne connais pas,
qui jamais ne fut tant moi-même
que depuis que je le cherche.

A-t-il mes yeux, mes mains
et toutes ces pensées pareilles
aux épaves de ce temps?

Saison des mille naufrages,
la mer cesse d’être la mer,
devenue l’eau glacée des tombes.

Mais, plus loin, qui sait plus loin ?
Une fillette chante à reculons
et règne la nuit sur les arbres,
bergère au milieu des moutons.

Arrachez la soif au grain de sel
qu’aucune boisson ne désaltère.
Avec les pierres, un monde se ronge
d’être, comme moi, de nulle part.

(Edmond Jabès)

Illustration: Leonor Fini

 

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Amour (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 


    
Amour

Nulle part ailleurs qu’ici
Dans le souffle du coeur
Lorsque le couteau des minutes
Découpe le jour
Et tous les dés sont perdants
Nulle part ailleurs qu’ici
Tu es plus
Que ce que tu es

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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CHEMIN (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

CHEMIN

Tout ballonné de désespoir
Le pauvre homme s’en va sans rien voir
Il porte le couchant sur le dos
Le couchant
Et c’est lourd et c’est lourd
Il n’aime plus comme naguère
Ses pieds voyageurs
Ses mains contournantes
Ses yeux pécheurs
Indifférent
Il marche dans la boue des rues
Ou sur des trottoirs dorés
La route est toujours plus longue
Et la vie plus loin
Son chemin est aussi bien
Derrière lui que devant
Où va-t-il
Nulle part
Et il n’arrivera jamais
Puisqu’il s’en va

(Pierre-Albert Birot)

Illustration: Théophile Alexandre Steinlen

 

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Poème sur mes pensées (Antoni Lange)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017



 

pont en feu

Poème sur mes pensées

Où que tu sois, tu as toujours envie de partir,
Tu voudrais être à un autre endroit, en ce moment,
Tu t’es mis en tête que ton sort peut changer et devenir
Comme l’étoile qui brille, ailleurs… Tu y penses chaque jour !

Où que tu sois, tu souhaites seulement partir au loin,
Car ta place, tu le sais, ne se trouve nulle part, ici-bas —
Et tu vogues, toujours déchiré dans tes pensées profondes,
Et dans l’erreur, tu suis sans cesse des vagues qui te repoussent.

Où que tu sois, tu cherches seulement à fuir, fuir au loin,
Peu importe où, là où tu n’existes, car partout où tu n’es pas,
Tes chagrins non plus n’y sont pas — et ce désespoir sans voix
Ne t’effraie plus, là-bas… Pousse au loin ta barque, et rame !

Où que tu sois, tu es toujours porté vers cet ailleurs,
Où tu cesses à jamais d’être dans l’espace et le temps,
Pour toujours — là-bas — où que tu sois, jusques
Aux portes de l’éternité — cette demeure est la tienne.

***

J’ai construit un pont —
J’ai relié les bords des deux rives, de façon
À pouvoir, sur-le-champ, quitter
La première rive, pour rejoindre l’avenir des féeries…
Derrière moi, des lignées sombres sont restées,
Emplies de rêves et de baisers,
Et de désillusions…
Et, bien que je regrette de les laisser,
Il me faut pourtant partir au loin —
Je dois aller vers ces pays impossibles à mesurer…
Quand bien même je souhaiterais revenir sur mes pas,
Une voix m’appelle et crie : Brûle tes souvenirs !
Oh, je voudrais tellement revenir en arrière —
Rejoindre le soleil d’or de ma jeunesse…
Mais, cette voix m’a dit :
Oublie ce que tu sais et avance au loin,
Avance tout droit
Vers l’autre rive !…
… J’ai traversé la rive et rejoint l’autre bord —
Alors, j’ai mis le feu au pont…

(Antoni Lange)

 

 

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L’un va tout droit (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 27 avril 2017



Illustration: Gao Xingjian

 

L’un va tout droit,
L’autre tourne en rond,
Attend le retour à la maison du père,
Attend l’amie du temps passé.
Mais moi je vais — derrière moi le malheur,
Ni droit ni de travers,
Vers nulle part et vers jamais,
Comme les trains qui déraillent.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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