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Posts Tagged ‘nuque’

A UNE JEUNE MORTE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2020


 


 

Anne Yvonne Gilbert   009834_31 [1280x768]

A UNE JEUNE MORTE

Tu ne dors pas, je le sais, va, tu es morte, et nul rêve
ne vient plus réchauffer ton sourire, figé sur ton visage comme une fleur de givre
Je ne te mentirai plus, je ne te ferai plus miroiter l’espoir du printemps si proche.
Tu es morte à jamais, le souffle a cessé de passer entre tes dents.

Jamais plus tu ne viendras avec nous dans les vignes
Ni chanter sur les routes douces et sablonneuses
Riant comme ce jour où nous t’avions hissée sur le cerisier chargé de fruits
Riant aux éclats de voir tes chaussures dégringoler sous l’arbre
Tu attendais ton amoureux en haut du paysage
Tes jambes à jamais sont fermées par la mort

Qui donc voudrait maintenant s’endormir sur tes boucles?
Tu nous es devenue étrangère, peut-être hostile aussi. Demain
Des mottes glacées heurteront ton cercueil et tandis que rentrés chez nous,
Nous nous mettrons à table, essayant de refouler notre chagrin,
Par la planche humide une goutte froide tombera sur ta nuque tendre et au-dessus de toi
Ton tertre funéraire fondra et la terre se refermera, inexorable.

Certes, nous penserons à toi et puis… ta propre mère t’oubliera!
Ton souvenir s’effacera, comme ton destin qui ne fut qu’un jeu trop sévère.
Un jeu! me dis-je tout à l’heure en passant par la bruyère qui craquait sous mes pas.
Avec toi nous oublierons peu à peu notre jeunesse, la chanson
S’éteindra dans notre vieux coeur obscurci, et si un jour
Nous devions nous retrouver, ton âme de fillette s’écarterait de nous.

(Gyula Illyès)

Illustration: Anne Yvonne Gilbert

 

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Je jette mon filet (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2020




Je jette mon filet et c’est toi
que je crois saisir. Mais tu n’es pas là
que dans le vide que tu me laisses.
Il y a des choses qui scintillent,
la nuque de vieillard du bébé,
les seins d’une fille, un géranium.
C’est toi peut-être ce souffle d’air
de l’orage qui vient, cette attente,
ce peu d’été tombé des platanes.

(Jacques Ancet)

Illustration: ArbreaPhotos

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À fleur de peau (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019




Illustration: Egon Schiele

    
À fleur de peau

Les pétales mouillés s’agitent sur les tempes
dans les rameaux secrets des coquilles intimes
du clignement de l’oeil aux chemins de halage
les courbes discourent dans les épis de la neige

La rosée

Le calice tendre frémit
délicieusement entre le cuivre et l’orangé
dans l’écrin des paupières vertes
baisers de seins clairs
germent avec les ongles sombres
sur les nuques saupoudrées de pollen

L’étamine
le parfum brille
je t’aime

La corolle striée grandit chante
les roues marbrées des veines caressantes
le duvet des lueurs les liqueurs d’émoi
rouillent dans les ruines où tremblent nos brumes

Le pistil
rosée de fièvre
la neige de soie tombe
respire

Tout autour de nous
tout proche
le scintillement des découvertes

Respire encore

Le sang vif perle
autour du fard dans les coquilles
caressantes entre le bronze et les rameaux
charmeurs de soies passagères
valsent en lèvres
niellées dans la lueur des pétales

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

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De la nuque (Guy Viarre)

Posted by arbrealettres sur 4 octobre 2019



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
de la nuque se vider devant l’étoilement le fascinant

(Guy Viarre)

 

Recueil: restes noirs
Traduction:
Editions: Fissile

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A MERCI (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



A MERCI

Mon pied droit sur ta nuque et l’autre sur la terre
Je pèse. Mon talon s’enfonce dans ton cou.
Ne bouge plus. Mange la terre, homme de terre,
Mange l’angoisse, et pour jamais sache le goût
Du monde.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration: Eugène Delacroix

 

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Ce soir (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019



 

Ettore Aldo Del Vigo 20_n

Les chats mordent les chattes à la nuque pour les posséder.
Toujours mordre pour posséder. S’abandonner un instant.
Ce soir rien n’arrive de ce que je ne sais pas que je veux.
Les étoiles ont une lueur gelée à la langue.

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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A la montée de la sève (Jean-Marie Petit)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



 

Stéphane Auton_homme arbre

A la montée de la sève
Je me suis greffé sur le bras
Un rejet de cerisier
Au bout des doigts
Un pommier de Saint-Jean
Sur la nuque un figuier
Et maintenant j’attends les oiseaux.

(Jean-Marie Petit)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Stéphane Auton

 

http://www.stephane-hauton.fr/category/peinture/tableaux/

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Le présent (Bernard Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

le présent traverse le corps

la nuque regarde le passé
toi
au croisement

tu es l’instant propice

(Bernard Noël)

 

Recueil: Un livre de fables
Traduction:
Editions: Fata Morgana

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Petites leçons d’érotisme (Giaconda Belli)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2018



 

Illustration: François Joxe
    
Petites leçons d’érotisme

1
Parcourir un corps dans son extension de voile
C’est s’ouvrir sur le monde
Traverser sans boussole la rose des vents
Îles golfes péninsules digues battues par des vagues furieuses
Pour être plaisante, ce n’est point tâche facile
Ne pense pas y parvenir en un jour ou une nuit de draps en bataille
Il est des secrets dans les pores pour combler tant de lunes

2
Le corps est une carte astrale en langage chiffré
Découvres-tu un astre, peut-être te faudra-t-il alors
Changer de cap lorsque nuée ouragan ou hurlement profond
Te feront tressaillir
Conque de la main que tu ne soupçonnais pas

3
Parcours plusieurs fois telle étendue
Découvre le lac aux nénuphars
Caresse de ton ancre le centre du lys
Plonge suffoque distends-toi
Ne te refuse point l’odeur le sel le sucre
Les vents profonds cumulus rhumbs des poumons
Brume dans le cerveau
Tremblement des jambes
Raz-de-marée assoupi des baisers

4
Attends pied dans l’humus sans peur de la fatigue sans hâte
Ne prétends pas atteindre le terme
Retarde l’entrée au paradis
Place ton ange retombé ébouriffe sa dense chevelure
De l’épée de feu usurpée
Croque la pomme

5
Sens
Ressens
Échange des regards salive imprègne-toi
Tourne et retourne imprime des sanglots peau qui s’éclipse
Pied découverte à l’extrémité de la jambe
Suis cherche secret du pas forme du talon
Courbure de la démarche baies croquant une allure cambrée
Savoure…

6
Écoute conque de l’oreille
Comme gémit l’humidité
Lobe qui s’approche de la lèvre rumeur de la respiration
Pores qui se dressent formant de minuscules montagnes
Sensation frémissante de peau insurgée au toucher
Pont suave nuque descends à la houle poitrine
Marée du coeur susurre à ton oreille
Découvre la grotte de l’eau

7
Franchis la terre de feu la bonne espérance
Navigue fou là où se rejoignent les océans
Traverse les algues arme-toi de coraux hulule gémis
Émerge avec le rameau d’olivier pleure fouissant des tendresses
occultes
Dé‚nude des regards stupéfaits
Éveille le sextant depuis le haut des cils
Hausse les sourcils dilate les narines

8
Aspire soupire
Meurs un peu
Doucement lentement meurs
Agonise contre la pupille accrois la jouissance
Plie le mât gonfle les voiles
Navigue cingle vers Vénus
Étoile du matin
— la mer comme un vaste cristal étamé —
endors-toi naufragé‚.

(Giaconda Belli)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Une femme (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



Illustration: Henry Picou
    
Une femme

Une femme avec un sexe entre les jambes
Et de longs cheveux de noyée
Une femme aux yeux couleur de lierre
Aux seins tendres comme la rosée

Ses mains sont la forêt obscure
Où je me perds et qui me déchire
Sa nuque est la clairière ailée
Tous les chemins mènent au port

Sa chevelure est la tempête et le navire
Ses jambes sont la prairie sous-marine
(Prairie je veux dire où poussent les praires)

Une palourde noire y dort
Qui ne s’entrouvre que pour moi

(Marcel Béalu)

 

Recueil: L’Ardeur ABC poétique du vivre plus
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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