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SOIR (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Stéphane Pellennec
    
SOIR

Ciel ! un fourmillement emplit l’espace noir ;
On entend l’invisible errer et se mouvoir ;
Près de l’homme endormi tout vit dans les ténèbres.
Le crépuscule, plein de figures funèbres,
Soupire ; au fond des bois le daim passe en rêvant ;
À quelque être ignoré qui flotte dans le vent
La pervenche murmure à voix basse : je t’aime
La clochette bourdonne auprès du chrysanthème
Et lui dit paysan, qu’as-tu donc à dormir ?
Toute la plaine semble adorer et frémir.
L’élégant peuplier vers le saule difforme
S’incline ; le buisson caresse l’antre ; l’orme
Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs ;
Les nymphaeas, pour plaire aux nénuphars pensifs,
Dressent hors du flot noir leurs blanches silhouettes ;
Et voici que partout, pêle-mêle, muettes,
S’éveillent, au milieu des joncs et des roseaux,
Regardant leur front pâle au bleu miroir des eaux,
Courbant leur tige, ouvrant leurs yeux, penchant leurs urnes,
Les roses des étangs, ces coquettes nocturnes.
Des fleurs déesses font des lueurs dans la nuit,
Et dans les prés, dans l’herbe où rampe un faible bruit,
Dans l’eau, dans la ruine informe et décrépite,
Tout un monde charmant et sinistre palpite.
C’est que là-haut, au fond du ciel mystérieux,
Dans le soir, vaguement splendide et glorieux,
Vénus rayonne, pure, ineffable et sacrée,
Et, vision, remplit d’amour l’ombre effarée.

(Victor Hugo)

 

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As-tu vu (Charles Nodier)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2016



bateau-a-la-noix- 2

As-tu vu, quelquefois, sur le ruisseau de notre village,
une valve de noix sèche qui fuit comme une pirogue, emportée par le courant ;
tantôt pirouettant sur un petit flot qui tourbillonne,
tantôt échouée sur un récif, entre deux pieds de flambe ou deux feuilles de nymphaea ;
délaissée comme une vieille carcasse de vaisseau à la suite d’une sécheresse,
remise à flot par une averse, et voguant sans mât, sans rames et sans pavillon,
au gré de la pluie et du vent ?

C’est la voiture nautique avec laquelle je parcours les immenses replis de la ceinture du globe !

Je descends le long cours des fleuves, à travers des rivages qu’enrichit une pompeuse végétation,
je vois les villes répéter leurs panoramas magnifiques
dans le cristal immense que je laboure de ma quille assurée.
J’arrive aux mers, sur mon tillac humecté par l’écume d’argent d’une marée favorable,
ou par les gouttes d’eau qui tombent en perles des ailes frémissantes du cormoran.
Bientôt les oiseaux disparaissent.
À peine je vois encore quelque poisson volant refermer ses nageoires membraneuses,
desséchées par un rayon de soleil, et tombant de haut dans la mer ;
ou bondir quelque bonite égarée.

L’Océan m’est ouvert avec ses îles et ses mondes…

(Charles Nodier)

 Illustration

 

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