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BERCEUSE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    
BERCEUSE

Endormons-nous, petit chat noir.
Voici que j’ai mis l’éteignoir
Sur la chandelle.
Tu vas penser à des oiseaux
Sous bois, à de félins museaux…
Moi rêver d’Elle.

Nous n’avons pas pris de café,
Et, dans notre lit bien chauffé
(Qui veille pleure.)
Nous dormirons, pattes dans bras.
Pendant que tu ronronneras,
J’oublierai l’heure.

Sous tes yeux fins, appesantis,
Reluiront les oaristys
De la gouttière.
Comme chaque nuit, je croirai
La voir, qui froide a déchiré
Ma vie entière.

Et ton cauchemar sur les toits
Te dira l’horreur d’être trois
Dans une idylle.
Je subirai les yeux railleurs
De son faux cousin, et ses pleurs
De crocodile.

Si tu t’éveilles en sursaut
Griffé, mordu, tombant du haut
Du toit, moi-même
Je mourrai sous le coup félon
D’une épée au bout du bras long
Du fat qu’elle aime.

Puis, hors du lit, au matin gris,
Nous chercherons, toi, des souris
Moi, des liquides
Qui nous fassent oublier tout,
Car, au fond, l’homme et le matou
Sont bien stupides.

(Charles Cros)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

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Voeu (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Ah! les oaristys! les premières maîtresses!
L’or des cheveux, l’azur des yeux, la fleur des chairs,
Et puis, parmi l’odeur des corps jeunes et chers,
La spontanéité craintive des caresses!

Sont-elles assez loin toutes ces allégresses
Et toutes ces candeurs! Hélas! toutes devers
Le printemps des regrets ont fui les noirs hivers
De mes ennuis, de mes dégoûts, de mes détresses!

Si que me voilà seul à présent, morne et seul,
Morne et désespéré, plus glacé qu’un aïeul,
Et tel qu’un orphelin pauvre sans sœur aînée.

Ô la femme à l’amour câlin et réchauffant,
Douce, pensive et brune, et jamais étonnée,
Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant!

(Verlaine)

Illustration: Boris Dejoa

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L’OARISTYS (André Chénier)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2016



Marcel Roux  Oaristys r7

 

L’OARISTYS

DAPHNIS.
Hélène daigna suivre un berger ravisseur
Berger comme Pâris, j’embrasse mon Hélène.

NAÏS.
C’est trop t’enorgueillir d’une faveur si vaine.

DAPHNIS.
Ah ! ces baisers si vains ne sont pas sans douceur.

NAÏS.
Tiens ; ma bouche essuyée en a perdu la trace.

DAPHNIS.
Eh bien ! d’autres baisers en vont prendre la place,

NAÏS.
Adresse ailleurs ces voeux dont l’ardeur me poursuit :
Va, respecte une vierge.

DAPHNIS.
Imprudente bergère,
Ta jeunesse te flatte ; ah ! n’en sois point si fière :
Comme un songe insensible elle s’évanouit.

NAÏS.
Chaque âge a ses honneurs, et la saison dernière
Aux fleurs de l’oranger fait succéder son fruit.

DAPHNIS.
Viens sous ces oliviers ; j’ai beaucoup à te dire.

NAÏS.
Non ; déjà tes discours ont voulu me tenter.

DAPHNIS.
Suis-moi. sous ces ormeaux ; viens de grâce écouter
Les sons harmonieux que ma flûte respire :
J’ai fait pour toi des airs, je te les veux chanter ;
Déjà tout le vallon aime à les répéter.

NAÏS.
Va, tes airs langoureux ne sauraient me séduire.

DAPHNIS.
Eh quoi ! seule à Vénus penses-tu résister ?

NAÏS.
Je suis chère à Diane ; elle me favorise.

DAPHNIS.
Vénus a des liens qu’aucun pouvoir ne brise.

NAÏS.
Diane saura bien me les faire éviter.
Berger, retiens ta main… ; berger, crains ma colère.

DAPHNIS.
Quoi ! tu veux fuir. l’amour ! l’amour à qui jamais
Le coeur d’une beauté ne pourra se soustraire ?

NAÏS.
Oui, je veux le braver… Ah !… si je te suis chère…
Berger…, retiens ta main…, laisse mon voile en paix.

DAPHNIS.
Toi-même, hélas ! bientôt livreras ces attraits
A quelque autre berger bien moins digne de plaire.

NAÏS.
Beaucoup m’ont demandée, et leurs désirs confus
N’obtinrent, avant toi, qu’un refus pour salaire.

DAPHNIS.
Et je ne dois comme eux attendre qu’un refus.

NAÏS.
Hélas ! l’hymen aussi n’est qu’une loi de peine ;
Il n’apporte, dit-on, qu’ennuis et que douleurs.

DAPHNIS.
On ne te l’a dépeint que de fausses couleurs :
Les danses et les jeux, voilà ce qu’il amène.

NAÏS.
Une femme est esclave.

DAPHNIS.
Ah ! plutôt elle est reine.

NAÏS.
Tremble près d’un époux et n’ose lui parler.

DAPHNIS.
Eh ! devant qui ton sexe est-il fait pour trembler ?

NAÏS.
A des travaux affreux Lucine nous condamne.

DAPHNIS.
Il est bien doux alors d’être chère à Diane.

NAÏS.
Quelle beauté survit à ces rudes combats ?

DAPHNIS.
Une mère y recueille une beauté nouvelle :
Des enfants adorés feront tous tes appas ;
Tu brilleras en eux d’une splendeur plus belle.

NAÏS.
Mais, tes voeux écoutés, quel en serait le prix ?

DAPHNIS.
Tout : mes troupeaux, mes bois et ma belle prairie ;
Un jardin grand et riche, une maison jolie,
Un bercail spacieux pour tes chères brebis ;
Enfin, tu me diras ce qui pourra te plaire ;
Je jure de quitter tout pour te satisfaire :
Tout pour toi sera fait aussitôt qu’entrepris.

NAÏS.
Mon père…

DAPHNIS.
Oh ! s’il n’est plus que lui qui te retienne,
Il approuvera tout dès qu’il saura mon nom.

NAÏS.
Quelquefois il suffit que le nom seul prévienne :
Quel est ton nom ?

DAPHNIS.
Daphnis ; mon père est Palémon.

NAÏS.
Il est vrai : ta famille est égale à la mienne.

DAPHNIS.
Rien n’éloigne donc plus cette douce union.

NAÏS.
Montre-les moi ces bois qui seront mon partage.

DAPHNIS.
Viens ;. c’est à ces cyprès de leurs fleurs couronnés.

NAÏS.
Restez chères brebis ; restez sous cet ombrage.

DAPHNIS.
Taureaux, paissez en paix ; à celle qui m’engage
Je vais montrer les biens qui lui sont destinés.

NAÏS.
Satyre, que fais-tu ? Quoi ! ta main ose encore…

DAPHNIS.
Eh ! laisse-moi toucher ces fruits délicieux…
Et ce jeune duvet…

NAÏS.
Berger…, au nom des dieux…
Ah !… je tremble…

DAPHNIS.
Et pourquoi ? que crains-tu ? Je t’adore.
Viens.

NAÏS.
Non ; arrête… Vois, cet humide gazon
Va souiller ma tunique, et je serais perdue ;
Mon père le verrait.

DAPHNIS.
Sur la terre étendue
Saura te garantir cette épaisse toison.

NAÏS.
Dieux ! quel est ton dessein ? Tu m’ôtes ma ceinture.

DAPHNIS.
C’est un don pour Vénus ! vois, son astre nous luit.

NAÏS.
Attends… ; si quelqu’un vient… Ah dieux ! j’entends du bruit.

DAPHNIS.
C’est ce bois qui de joie et s’agite et murmure.

NAÏS.
Tu déchires mon voile !… Où me cacher ! Hélas !
Me voilà nue ! où fuir !

DAPHNIS.
A ton amant unie,
De plus riches habits couvriront tes appas.

NAÏS.
Tu promets maintenant… Tu préviens mon envie ;
Bientôt à mes regrets tu m’abandonneras.

DAPHNIS
Oh non ! jamais… Pourquoi, grands dieux ! ne puis-je pas
Te donner et mon sang, et mon ame, et ma vie.

NAÏS.
Ah… Daphnis ! je me meurs… Apaise ton courroux,
Diane.

DAPHNIS.
Que crains-tu ? L’amour sera pour nous.

NAÏS.
Ah ! méchant, qu’as-tu fait ?

DAPHNIS.
J’ai signé ma promesse.

NAÏS.
J’entrai fille en ce bois, et chère à ma déesse.

DAPHNIS.
Tu vas en sortir femme, et chère à ton époux.

(André Chénier)

Illustration! Marcel Roux

 

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