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Poésie

Posts Tagged ‘obscure’

De manière obscure (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2019



 

De manière obscure
les livres, gravures et clefs
connaissent mon sort.

(Jorge Luis Borges)

Illustration

 

 

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Mais tourne le dos, ma pensée ! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 2 juillet 2019



 

Mais tourne le dos, ma pensée !
Viens ; les bois sont d’aube empourprés ;
Sois de la fête ; la rosée
T’a promise à la fleur des prés.

Quitte Paris pour la feuillée.
Une haleine heureuse est dans l’air ;
La vaste joie est réveillée ;
Quelqu’un rit dans le grand ciel clair.

Viens sous l’arbre aux voix étouffées,
Viens dans les taillis pleins d’amour
Où la nuit vont danser les fées
Et les paysannes le jour.

Viens, on t’attend dans la nature.
Les martinets sont revenus ;
L’eau veut te conter l’aventure
Des bas ôtés et des pieds nus.

C’est la grande orgie ingénue
Des nids, des ruisseaux, des forêts,
Des rochers, des fleurs, de la nue ;
La rose a dit que tu viendrais.

Quitte Paris. La plaine est verte ;
Le ciel, cherché des yeux en pleurs,
Au bord de sa fenêtre ouverte
Met avril, ce vase de fleurs.

L’aube a voulu, l’aube superbe,
Que pour toi le champ s’animât.
L’insecte est au bout du brin d’herbe
Comme un matelot au grand mât.

Que t’importe Fouché de Nantes
Et le prince de Bénévent !
Les belles mouches bourdonnantes
Emplissent l’azur et le vent.

Je ne comprends plus tes murmures
Et je me déclare content
Puisque voilà les fraises mûres
Et que l’iris sort de l’étang.

***

Fuyons avec celle que j’aime.
Paris trouble l’amour. Fuyons.
Perdons-nous dans l’oubli suprême
Des feuillages et des rayons.

Les bois sont sacrés ; sur leurs cimes
Resplendit le joyeux été ;
Et les forêts sont des abîmes
D’allégresse et de liberté.

Toujours les coeurs les plus moroses
Et les cerveaux les plus boudeurs
Ont vu le bon côté des choses
S’éclairer dans les profondeurs.

Tout reluit ; le matin rougeoie ;
L’eau brille ; on court dans le ravin ;
La gaieté monte sur la joie
Comme la mousse sur le vin.

La tendresse sort des corolles ;
Le rosier a l’air d’un amant.
Comme on éclate en choses folles,
Et comme on parle innocemment !

O fraîcheur du rire ! ombre pure !
Mystérieux apaisement !
Dans l’immense lueur obscure
On s’emplit d’éblouissement.

Adieu les vains soucis funèbres !
On ne se souvient que du beau.
Si toute la vie est ténèbres,
Toute la nature est flambeau.

Qu’ailleurs la bassesse soit grande,
Que l’homme soit vil et bourbeux,
J’en souris, pourvu que j’entende
Une clochette au cou des boeufs.

ll est bien certain que les sources,
Les arbres pleins de doux ébats,
Les champs, sont les seules ressources
Que l’âme humaine ait ici-bas.

O solitude, tu m’accueilles
Et tu m’instruis sous le ciel bleu ;
Un petit oiseau sous les feuilles,
Chantant, suffit à prouver Dieu.

(Victor Hugo)

Illustration: Chantal Dufour

 

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ECRIT UN SOIR D’ETE (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

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ECRIT UN SOIR D’ETE

Les cloches de l’église ont sonné aux alentours leur mélancolie
Appelant les gens à prier encore,
A se plonger encore dans la tristesse, dans de plus terribles soucis,
A écouter encore plus l’affreuse éloquence d’un sermon,
A coup sûr l’esprit de l’homme est étroitement garrotté
Par quelque obscure incantation ; on voit chacun s’arracher
Aux joies du coin de l’âtre et aux airs lydiens
Aux tendres et hauts entretiens de ceux que la gloire a couronnés.
Encore, encore, les cloches sonnent et j’en sentirais un froid,
Un frisson comme celui qui vient de la tombe, si je ne savais
Qu’elles vont mourir comme une lampe consumée,
Que c’est leur dernier soupir, leur lamentation dernière
Au moment de rentrer dans l’oubli
Et que de fraîches fleurs croîtront et beaucoup de gloires
portant le sceau de l’immortalité.

(John Keats)


 

 

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DEVANT L’OMBRE VIERGE (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2019



 

Ernest Pignon-Ernest extases 211

DEVANT L’OMBRE VIERGE

Moi toujours te pénétrant,
mais toi toujours vierge,
ombre ; comme ce jour
où je vins d’abord,
invoquant ton secret,
lourd d’une libre ardeur !

Vierge obscure et pleine,
percée d’iris profonds
à peine visibles ; toute
noire, avec les sublimes
étoiles, qui, ne parviennent pas
de là-haut — à te découvrir !

***

ANTE LA SOMBRA VIRJEN

¡Siempre yo penetrándote,
pero tú siempre virjen,
sombra; como aquel día
en que primero vine
llamando a tu secreto,
cargado de afán libre!

¡Virjen oscura y plena,
pasada de hondos iris
que apenas se ven; negra
toda, con las sublimes
estrellas, que no llegan
—arriba— a descubrirte!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Sors enfin du fond de ta grotte obscure (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jia Lu

Sors enfin du fond de ta grotte obscure,
nue, ferme et blanche,
et serre-moi dans tes bras, fin de mon rêve !
Retiens-moi, en notre étreinte,
comme en une sculpture de pierre,
que rien, jamais, n’altère ou désunisse !

Donne-moi, debout, le repos ;
donne-moi le sommeil, debout ;
Donne-moi, debout et en paix, l’idée seule,
le sentiment seul,
l’éternelle foi en l’unique,
qu’en vain, j’attends, j’attends dans le multiple !

***

¡Ven ya del fondo de tu cueva oscura,
desnuda, firme y blanca,
y abrázate ya a mí, fin de mi sueño!
¡Reténme, en nuestro abrazo,
como en una escultura material,
que nada, nunca, altere ni desuna!

¡Dame, de pie, el reposo;
dame el sueño, de pie;
dame, de pie y en paz, la sola idea,
el solo sentimiento,
la eterna fe en lo solo,
que en lo tanto, y en vano, espero, espero!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jia Lu

 

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Prière (Raquel Halfi)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Prière

Les piliers de la mer
descendent vers le bas
infiniment bleus
remontent vers le haut
jusqu’à l’infini du blanc
essayant s’efforçant
de m’unir au
pouvoir suprême
vers lequel aspire
ma pierre
la plus intérieure

Pierre dure
perdue
au bord des chemins
Pierre parmi les pierres des ruines
Pierre
seulement en priant
des gouttes dégoulinent
de ces piliers d’eau
la faisant reluire
comme une perle
posée sur le fond
de cette mer intérieure —
énigme obscure sans fond

(Raquel Halfi)


Illustration

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Peuple des rêves (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Peuple des rêves :
En un miroir notre rencontre,
Obscure : moi le fantôme qui hante
Tes champs de lumière.

***

People of dreams:
As in a glass we meet,
Darkly: I the ghost whose haunt
Is your bright fields.

(Kathleen Raine)

Illustration: Salvador Dali

 

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N’AI-JE pas entendu (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2018




N’AI-JE pas entendu
Ou seulement pensé ou espéré entendre
Ces harmonies célestes
Qui font la musique du monde,

Vagues de vent et de marée,
Coeur battant et pulsation
De la vie, tous les chants,
Toutes les formes de l’être ?

S’ils sont là-bas
Avec quelle obscure vision
Contemplés chaque jour sur
La sainte face de la terre,

Mais même s’ils ne sont qu’imaginés
Ils demeurent l’imaginable
Sens et beauté
De la pensée humaine,
De l’extase du coeur.

***

HAVE I not heard
Or only thought or hoped to hear
Those harmonies of heaven
That make the music of the world,

Waves of wind and tide,
Heartbeat and pulse
Of life, all songs,
All forms of being?

If they are there
With what dim vision
Looked daily on
Earth’s holy face,

Yet if imagined only
Still the imaginable
Meaning and beauty
Of human thought,
Of heart’s delight.

(Kathleen Raine)

Illustration: Le Bernin

 

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Le merveilleux (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2018



Le merveilleux rôde autour de nous,
devant nos fenêtres fermées, le mur
d’angoisse de notre face, la chambre
obscure de notre coeur
Seulement les êtres poreux se laissent
envahir par l’émerveillement
du silence

Et l’horreur?
Et si l’horreur venait de l’homme
coupé du merveilleux?

(Michel Camus)

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Avec un couteau (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Granger   knife-duel-1865

Voisines : avec un couteau,
Avec un tout petit couteau,
Au jour dit, entre deux et trois heures,
Deux hommes se tuèrent pour un amour,
Avec un couteau,
Avec un tout petit couteau
Qui tient à peine dans la main,
Mais qui pénètre, aigu et fin,
Dans les chairs étonnées
Et qui s’arrête à l’endroit même
Où tremble dans sa broussaille
L’obscure racine du cri.
Voici un couteau,
Un tout petit couteau
Qui tient à peine dans la main;
Poisson sans écailles et sans fleuve,
Pour qu’au jour dit, entre deux et trois heures,
Avec ce couteau,
Deux hommes durs soient demeurés
Les lèvres à jamais jaunies.
Il tient à peine dans la main
Mais son froid pénètre
Dans les chairs étonnées
Et il s’arrête à l’endroit même
Où tremble dans sa broussaille
L’obscure racine du cri.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration

 

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