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Poésie

Posts Tagged ‘obstiné’

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE (Didier Le Blanc)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



    

Illustration: Edmund Blair Leighton

QUEL SECOURS FAUT-IL QUE J’ATENDE

Quel secours faut-il plus que j’atende à ma peine,
Si ce n’est par la mort qui m’est toute certaine,
Puis que mes longs soupirs, ma foy, mon amitié
Le brasier de mon cœur, l’éfroy de mon visage,
Ne peuvent esmouvoir vostre obstiné courage
A se laisser toucher d’un seul trait de pitié.

O que le feu d’Amour est d’estrange nature !
Mon cœur sans defaillir luy sert de nourriture.
Je n’ay sang ny poulmon qui n’en soit consommé,
Mais differant et tout de la commune flame,
Encor que je vous touche il n’émeut point vostre ame,
Et rien qui soit en vous n’en peut être allumé.

***

What further help must I await for my suffering,
If it is not by death that is quite certain for me,
Since my long sighs, my faith, my friendship
My heart ablaze, the fright of my face
Cannot move your obstinate spirit
To let itself be touched by a single act of pity.

O how strange is the fre of Love!
Without flinching, my heart serves as sustenance.
I have neither blood nor lung that not be consumed by it,
But different and all of the common flame,
Even though I touch you, it does not move your soul,
And nothing in you can be lit.

***

Welch‘ Hilfe muss ich noch erwarten meiner Pein,
Wenn nicht durch den Tod, der mir ist gewiss.
Da doch meine langen Seufzer, meine Treue‘ und meine Freundschaft,
Die Glut mein‘s Herzens, die Furcht auf meinem Antlitz
Nicht erweichen können Euer störrisch‘ Herz,
Sich von auch nur einer Gest‘ des Mitleids rühren zu lassen?

Oh, wie das Liebesfeuer seltsam ist!
Mein Herze dient ihm voll & ganz als Speise.
Blut und Lunge all werden so verzehrt.
Aber anders ist‘s als die gemeine Flamme,
Auch wenn mein Berühren Euch nicht die Seele rührt,
Und nichts in Euch sich dadurch kann entzünden.

(Didier Le Blanc)

0:00:00 – Hélas Que Me Faut-il Faire?
0:02:36 – Passepieds De Bretagne
0:05:19 – Que Feray-Je?
0:11:36 – Allons Vielle Imperfaite
0:15:18 – Bien Qu’un Cruel Martire
0:21:51 – Spagnolette
0:25:26 – Sus! Mon Lut D’un Accord Pitoyable
0:28:45 – Les Mariniers Adorent Un Beau Jour
0:33:25 – Quel Secours Faut-Il Que J’Atende
0:38:34 – Tant Et Tant Il M’Ennuye Tant
0:42:24 – Mai Voyez Mon Cher Esmoy
0:46:43 – Fantaisie
0:49:53 – J’Ayme Trop Mieux Souffrir La Mort
0:52:04 – Ô Combien Est Heureuse
0:59:06 – Belle Qui M’Avez Blessé

Cœur – Airs De Cour Français De La Fin Du XVIe Siècle
Vincent Dumestre, Le Poème Harmonique

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Viens (Patricia Castex Menier)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Viens,
accompagne la paume dans la caresse,
et la dent dans la morsure.
Le désir est précis,
et ses travaux préparés de longue date.
Nous serons obstinés,
mènerons nos patiences d’aveugles
vers les grisous enfouis de la tendresse.

(Patricia Castex Menier)

Illustration: Karen L’Hémeury

 

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Arbre de long séjour (Anne Goyen)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018




    
Arbre de long séjour
Apprends-moi
Le chant nouveau
Toujours plus loin
De la racine
Pour une liberté
Non visible

Dis-moi le temps
Où l’homme et l’arbre
Se ressemblent
Par le rêve obstiné
De croître sans vertige
Et de vivre debout

Dis-moi l’heure
Où l’ange et l’oiseau
Se ressemblent
Par l’urgence de l’aile
Et par le chant
Qui vibre au plus haut.

(Anne Goyen)

 

Recueil: Arbres, soyez
Traduction:
Editions: Ad Solem

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LE PEINTRE (Guy Goffette)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: René Magritte
    
LE PEINTRE

Lui qui avance les mains nues les paupières scellées
sur la scène déserte et sous les projecteurs
le temps ne l’arrête pas ni le vide, il marche
depuis des siècles vers un mur connu de lui seul
comme l’arbre qu’un ciel obstiné tire vers l’horizon
et s’il s’écarte parfois c’est pour laisser à sa place
une fenêtre ouverte où quelqu’un appelle invisible
et chacun croit l’entendre dans sa langue

(Guy Goffette)

 

Recueil: Éloge pour une cuisine de province
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le matin est un jeune dieu (Albert Ayguesparse)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2018



Le matin est un jeune dieu. Un arbre se désaltère dans le ciel.
Et le chant obstiné d’un oiseau nous propose le printemps.

Les rues sont plus larges que des cathédrales. Une profusion de
soleil émerge comme un plain-chant de l’ombre agenouillée.

La lumière embrasse mon visage. La chair ressuscitée est pleine
d’allégresse. La vie n’a pas tué l’évangile qui chante en ma mémoire.

(Albert Ayguesparse)

Illustration

 

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LE FOND DE LA PENSÉE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 décembre 2017




    
LE FOND DE LA PENSÉE

Sur les cailloux
Au fil du sang
L’herbe le brin de paille
Et la main qui descend
Toute la vie
Au bord des sombres pâturages
Les yeux et l’horizon qui manquent d’éclairage
Le feuillet où j’inscris l’avenir de travers
Et si loin
Les hautes cheminées de la mer
Ce qui était mon bien ma raison de comprendre
Toutes mes fleurs
Tous mes oiseaux qu’on veut me prendre
Et jusqu’à cet amour tendrement obstiné
Amour de mon amour
Et des bêtes de lait
Toute la vie pour la plus folle
Pour une belle pour une seule parole.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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À pas lents, pesants (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2017




    
À pas lents, pesants, obstinés,
Dans la nuit noire m’en allant,
Empli d’un espoir infini,
Répétant cent fois la prière,
Je sais — la prière portera
Secours à l’espérance claire,
La pesante foi posera
La pierre lente du labeur.
À pas lents, pesants, obstinés,
Je mesure les chemins de la nuit:
Empli d’une foi infinie
J’espère atteindre le matin.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LE VIDE ET LES FORMES (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE VIDE ET LES FORMES

La poursuite, la lutte
sur le bord invisible,
les images saisies, déjà crues
nôtres et en un instant
redevenues brouillard,
le retour déçu —
du chasseur auquel ne fut donné
qu’un bruissement de feuillages et l’éclair gris
du lièvre qui s’enfuit en bondissant dans les buissons ;
du pêcheur dont la longue attente
s’acheva dans un ironique saut de carpe,
cette illusion d’argent sur l’hameçon à peine effleuré…

Comme nous voici vaincus !
Comme nous tombent des mains les armes inutiles!
La pierre reste pierre,
la toile n’est que toile, la feuille une bruissante
absence, le clavier
silence obstiné.

Le vide se défend.
il ne veut pas qu’une forme le tourmente.

***

L’inseguimento, la lotta
sull’orlo invisibile,
le immagini afferrate, già credute
nostre, ed in un istante
ridivenute nebbia,
il deluso ritorno —
di cacciatore a cui toccô soltanto
uno stormir di frasche e il breve lampo grigio
della lepre che a balzi si salva tra i cespugli ;
di pescatore la cui lunga attesa
fini in un guizzo ironico di carpa,
quella belfa d’argento sull’amo appena sfiorato…

Come siamo sconfitti !
Come ci cadono di mano le inutili armi !
La pietra resta pietra,
la tela è solo tela, il f oglio una frusciante
assenza, la tastiera
ostinato silenzio.

Il vuoto si difende.
Non vuole che una forma lo torturi.

(Margherita Guidacci)

 

Recueil: PRISMA
Traduction: Philippe Renard
Editions: OBSIDIANE

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L’amour ressemble un champ (Marguerite de France)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017



    
L’amour ressemble un champ, le laboureur l’amant;
L’un et l’autre présume, à la fin de l’année,
Selon qu’elle sera mauvaise ou fortunée,
Moissonner le chardon, la paille ou le froment.

La paille est la douceur d’un vain contentement,
Mais le vent la dérobe aussitôt qu’elle est née;
Le chardon la rigueur d’une Dame obstinée;
Et la grâce est le grain qu’on recueille en l’aimant.

L’amant ne peut gagner, pour service qu’il fasse,
Un point d’honneur plus haut qu’être en la bonne grâce
D’une Dame accomplie, objet de sa langueur.

La grâce vient du coeur, et toute autre espérance
S’éloigne du devoir d’honnête récompense.
Que désire-t-on plus en amour que le coeur?

(Marguerite de France)

 

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Couchant sur l’Hellas (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Emile-Antoine Bourdelle
    
Couchant sur l’Hellas

Tes pas mystérieux d’amante virginale
Erraient près de l’étang que l’Artémis créa.
Le couchant, glorieux comme un cri de cymbale,
Ensanglantait les flots où dort le nymphéa.

Mon rêve rayonna d’une extase inconnue,
Autour de toi rôda mon désir obstiné…
Tu souriais debout et divinement nue,
Plus blanche que Léda, plus blonde que Daphné.

Le soleil, rougissant les cheveux des prêtresses,
Exaspérait l’ardeur de leur corps irrité…
Au lointain hennissaient les noires Centauresses
Dont le rut saccageait les herbes de l’été.

(Renée Vivien)

 

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