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Poésie

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Il y aura toujours (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2020



Il y aura toujours dans mon oeil cependant
une invisible rose de regret
comme quand au-dessus d’un lac
a passé l’ombre d’un oiseau

Et des nuages très haut dans l’air bleu
qui sont des boucles de glace

la buée de la voix
que l’on écoute à jamais tue

(Philippe Jaccottet)

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Une aigrette rose (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 13 mai 2020



 

aigrette rose   [1280x768]

Une aigrette rose à l’horizon
un parcours de feu

et dans l’assemblée des chênes
la huppe étouffant son nom

Feux avides, voix cachées
courses et soupirs

L’oeil :
une source qui abonde

Mais d’où venue?
De plus loin que le plus loin
de plus bas que le plus bas

Je crois que j’ai bu l’autre monde

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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À Rosette (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2020



À Rosette

Mai sourit au firmament,
Mai, le mois des douces choses ;
Ton aveu le plus charmant
Est venu le jour des roses.

Pour témoins de ce bonheur
Nous avons pris, ô ma belle,
Le premier lilas en fleur,
Et la première hirondelle.

Le vallon sait notre amour,
Les grands bois sont nos complices ;
Les lis gardent, loin du jour,
Ton secret, dans leurs calices !

Les papillons nuancés
Et les vertes demoiselles
Portent tes serments tracés
Sur la poudre de leurs ailes.

L’étreinte des lierres frais,
Verts chaînons que rien ne brise,
Figure, dans les forêts,
L’ardeur que tu m’as promise.

Et pour qu’à notre dessein
Ton souvenir soit fidèle,
Sur les rondeurs de ton sein,
Tous les nids ont pris modèle.

Oh ! Ne trahis pas ta foi !
Regarde, mon cœur, regarde :
Tout l’azur a l’œil sur toi,
Et tout le printemps te garde !

Si tu venais à mentir,
Les muguets, aux fines branches,
Feraient tous, pour m’avertir,
Tinter leurs clochettes blanches ;

Les limaçons consternés,
Comme des prophètes mornes,
Par les chemins détournés,
Me suivraient avec des cornes ;

Et les oiseaux, dans la nuit,
Se heurtant à ma fenêtre,
Me rapporteraient le bruit
De ta rigueur prête à naître !

Hélas ! Hélas ! Les beaux jours
N’ont qu’un temps, comme les roses.
J’ai peur des grands étés lourds
Et des grands hivers moroses !

Ces mois-là n’ont rien promis,
Et tous les crimes s’y peuvent,
Sans que les blés endormis
Ou les glaçons froids s’émeuvent.

O mon ange ! ô mon trésor !
Cher bonheur que Dieu me donne,
Jure-moi d’aimer encor,
Lorsque jaunira l’automne !

Jure-moi !… ― mais tu souris
De mes alarmes trop fortes…
Viens !… les rameaux sont fleuris,
Oublions les feuilles mortes !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Eugène Begarat 

 

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L’écho (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2020



L’écho

qu’il vienne une voix
le signe d’un mal pareil au mien!

un caillou tombe de la montagne
et crève l’oeil du vide

(Daniel Boulanger)


Illustration: Hokusaï

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COMPLAINTE DU VERBE ÊTRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2020




    
COMPLAINTE DU VERBE ÊTRE

Je serai je ne serai plus je serai ce caillou
toi tu seras moi je serai je ne serai plus
quand tu ne seras plus tu seras
ce caillou.

Quand tu seras ce caillou c’est déjà
comme si tu étais n’étais plus,
j’aurai perdu tu as perdu j’ai perdu
d’avance. Je suis déjà déjà
cette pierre trouée qui n’entend pas
qui ne voit pas ne bouge plus.

Bientôt hier demain tout de suite
déjà je suis j’étais je serai
cet objet trouvé inerte oublié
sous les décombres ou dans le feu ou l’herbe froide
ou dans la flaque d’eau, pierre poreuse
qui simule un murmure ou siffle et qui se tait.

Par l’eau par l’ombre et par le soleil submergé
objet sans yeux sans lèvres noir sur blanc
(l’oeil mi-clos pour faire rire
ou une seule dent pour faire peur)
j’étais je serai je suis déjà
la pierre solitaire oubliée là
le mot le seul sans fin toujours le même ressassé.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: Jean Tardieu Un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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ÉCHANGES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2020



Illustration: Irina Vitalievna Karkabi
    
ÉCHANGES

Vous donneriez volontiers
une tartine ou un cercueil
pour une paire de souliers

Je donnerais pour un oeil
une dent ou un râtelier
Nous pouvons nous arranger

Pour une bouchée de pain
vous donneriez volontiers
une bonne poignée de main
un cheval pour un royaume
l’éternité pour une pomme
Inutile de discuter

Marchés conclus
Marchés perdus
le diable n’achète plus les âmes
Tout est noir aujourd’hui Madame
les marchés
et les âmes

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Conte d’amour X (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Conte d’amour X

Ce jour-là, les flots bleus susurreront plus bleus
Le long des côtes blanches,
Et du soleil frileux, les rayons plus frileux
Se joueront dans les branches.

Malgré le rude hiver, les fleurs de l’églantier
Souriront grand’ouvertes,
Et l’on verra changer les cailloux du sentier
En émeraudes vertes.

Les loups pour les agneaux auront des soins exquis,
Et sous l’oeil bon des aigles,
Les grands vautours feront la cour, en fins marquis,
Aux colombes espiègles.

Les dames, aux propos galants des séducteurs,
Ne seront pas rebelles,
Et les Almavivas, malgré les vieux tuteurs,
Enlèveront leurs belles.

Car ce jour-là, jour saint, vaillamment attendu,
Dans tes chastes prunelles,
Mes yeux retrouveront le paradis perdu
Des amours éternelles.

Car ce jour-là, les coeurs par le bonheur brisés,
Mes lèvres dans les tiennes,
Nous nous rappellerons en de nouveaux baisers
Nos caresses anciennes.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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FRÈRES AVEUGLES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
FRÈRES AVEUGLES

Pensez à tous ceux qui voient
vous tous qui ne voyez pas
où vont-ils se laisser conduire
ceux qui regardent leur bout de nez
par le petit bout d’une lorgnette
Pensez aussi à ceux qui louchent
à ceux qui toujours louchent vers l’or
vers la mer leur pied ou la mort
à ceux qui trébuchent chaque matin
au pied du mur au pied d’un lit
en pensant sans cesse au lendemain
à l’avenir peut-être à la lune au destin
à tout le menu fretin
ce sont ceux qui veillent au grain
Mais ils ne voient pas les étoiles
parce qu’ils ne lèvent pas les yeux
ceux qui croient voir à qui mieux mieux
et qui n’osent pas crier gare
Pensez aux borgnes sans vergogne
qui pleurent d’un oeil mélancolique
en se plaignant des moustiques
des éléphants de la colique
Pensez à tous ceux qui regardent
en ouvrant des yeux comme des ventres
et qui ne voient pas qu’ils sont laids
qu’ils sont trop gros ou maigrelets
qu’ils sont enfin ce qu’ils sont
Pensez à ceux qui voient la nuit
et qui se battent à coup de cauchemars
contre scrupules et remords
Pensez à ceux qui jours et nuits
voient peut-être la mort en face
Pensez à ceux qui se voient
et savent que c’est la dernière fois

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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LES PENSÉES (Henry Bauchau)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020




LES PENSÉES

Je n’aurai rien compris que les pensées réelles
qu’on plantait au printemps sous le mur des remises
la beauté de couleur profonde, les pensées
qui regardaient le temps de la terre sans feuilles
et voyaient d’un regard obstiné l’essentiel
nues, minimes, sans rien, sans rien d’autre que l’oeil.

(Henry Bauchau)

 

 

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PIS ALLER (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2020



Illustration: Nea Borgel
    
PIS ALLER

Ouvrez l’oeil mon ami
ouvrez l’oeil et le bon
et fermez bien la bouche

Souvenez-vous dans vos prières
de toutes les gaffes commises
des injures jetées lancées
Rappelez-vous sans vergogne
des cicatrices de votre coeur
et des nausées de vanité

Ouvrez la bouche l’oeil le nez
si vraiment vous y tenez
et puis allez vous promener

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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