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RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2020



 

Tereza Vlcková -a-perfect-day-elise...-10

RITUEL D’AMPLIFICATION DU MONDE

Je commencerai par être
un verbe
sans limites
un langage
où rien ne serait dit
mais tout pressenti
dans le monde visible
et nulle part ailleurs
un grain de sable
qui dialogue avec les dieux
une élévation
dans l’affection et le bruit neufs
un miracle inouï
sous le soleil de la conscience
je commencerai par être
en devenant ce que je suis

Je commencerai par être
un dispositif
d’émerveillement
un voyage
au bout du possible
vers
ce qui m’apprend
à mourir
la raison
la plus silencieuse
en moi-même
le loup
chaviré
d’une langue universelle
je commencerai par être
là voix d’une résonance

Je commencerai par être
un souffle
d’année-lumière
contre le vertige
de la tentation
du malheur
une anthologie
des bouleversements
un retour
de nuit blanche
qui coule
dans les veines
une tendresse
démesurée
je commencerai par être
au milieu de la poussière

Je commencerai par être
un sourire
blessé
une fêlure
centrale
un tressaillement
une souveraineté
fluide
tendue
la part donnée
offerte
au vide
une salve
dans l’imprévisible
je commencerai par être
avec la peau des dents

Je commencerai par être
le refus
de rêver pareil
le refus
du bureaucrate intérieur
une exaltation sereine
un visage
qui se transforme
en tigre
à chaque émotion
un visage sans visage
qui accueille
tous les visages
un tremblement de ciel
je commencerai par être
jusqu’au paroxysme

Je commencerai par être
mille kilomètres
de battements
de coeur
à la seconde
ici-haut
contre tous les robots
couleur chair
un saut
dans la vie
un saut
dans le vide
un saut
de lumière noire
je commencerai par être
une pulpe d’aimantation

Je commencerai par être
un soir
d’anéantissement
la plus haute
obstination
une science
de l’excès
l’empreinte
digitale
de la mort dans la vie
le toujours
maintenant
la parfaite
insoumission
je commencerai par être
à bout portant

Je commencerai par être
celui qui
chaque jour
découvre l’infinie
première fois
la parure du chaos
l’abandon
des masques
l’éclosion accélérée
d’une fleur de sens
celui qui
ne veut plus
traduire la vie
en cendres mortes
je commencerai par être
incomparable

Je commencerai par être
au diapason
d’un vent bleu
une danse exacerbée
des atomes
une mise au jour
de l’ossature du temps
le feu insoupçonné
de ma propre consumation
une vigilance détendue
une porte battante
qui va et qui vient
quand j’inspire
quand j’expire
je commencerai par être
jusqu’au bout du monde

Je commencerai par être
un maquisard de l’esprit
un étoilement
de précipices
pour saluer sans fin
les grands isolés
une secousse
de moelle
à mourir de fou rire
un accomplisseur
secret
préférant le coup de sang
au coup de dés
un infini départ
je commencerai par être
repassionné

(Zéno Bianu)

Illustration: Tereza Vlcková

 

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Voisiner (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2020



Illustration: Patrice Murciano

    

Des vides aux anciennes odeurs
restent entre les murs
de maisons condamnées
plus loin des tempes grises
un visage lisse
des yeux gris d’orage
une poitrine offerte
voisinent avec l’eau noire.

(Jean Follain)

 

 

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POURQUOI ? (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018




POURQUOI ?

Pourquoi toujours cette aile ouverte
Vers d’autres ciels, vers d’autres nids ?
Pourquoi ces pas toujours bannis,
Cette âme en éternelle alerte ?

A l’impossible découverte
Pourquoi ces départs infinis ?
Alors que belle et calme, et sous des ciels béni
Amante à ton amour offerte,

Là,
la
plaine,
pleine
d’or,
dort.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Vincent Van Gogh

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Indignes tellement de la beauté (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 29 avril 2018




Indignes tellement de la beauté
à nous offerte, en quelle majesté un peu de chair
sur la route s’avance quand nous voici
déchus de ce que nous sommes, enténébrés de rien
que nos regrets, quand l’orage
dehors illumine

(Gérard Pfister)

 

 

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PLURIEL FÉMININ (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



 

Parc de Bagatelle, Bois de Boulogne, Paris 16e (75), mai 2012

PLURIEL FÉMININ

Je suis encombré des amours perdues,
Je suis effaré des amours offertes.
Vous voici pointer, jeunes feuilles vertes.
Il faut vous payer, noces qui sont dues.

La neige descend, plumes assidues.
Hiver en retard, tu me déconcertes.
Froideur des amis, tu m’étonnes, certes.
Et mes routes sont désertes, ardues.

Amours neuves, et vous amours passées,
Vous vous emmêlez trop dans mes pensées
En des discordances éoliennes.

Printemps, viens donc vite et de tes poussées
D’un balai d’églantines insensées
Chasse de mon coeur les amours anciennes !

(Charles Cros)

Illustration

 

 

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Souvenirs avec toi (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2018



Souvenirs avec toi

Tu fais revivre pour moi
Tous les êtres et les choses
Que nous avons connus
Et je peux ainsi
Boire de nouveau
A la source de nos souvenirs communs.

Sous un soleil qui gambade
Sur ta chair hardiment offerte
A mes doigts intimidés
Nous assistons enlacés
Aux noces d’azur et d’émeraude
Du ciel et de la mer
A l’étreinte de l’abeille et de la fleur.

Main dans la main
Nous parcourons une nature en harmonie
Avec nos désirs les plus cachés
Et les gens du village
Qui voudraient bien jaser
Sourient à notre passage.

Nous courons sur la grève déserte
Où tu ramasses pour te parer
Des algues et des coquillages
Où se grave la voix de la mer.

Avant de regagner la maison des étreintes
Nous verrons les étoiles danser
Sur la corde de l’horizon
Et le phare de Cancale
Balayer la baie
Dans l’air frais du soir.

Erotiquement mienne
Et née de l’ombre
Tu me mèneras
Vers la clarté universelle.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Une fleur offerte à ma fille (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2017



Une fleur offerte à ma fille

Frêle la rose blanche et frêles
Sont aussi les mains qui l’offrirent;
L’âme en est plus pâle et fanée
Que la vague blême du temps.

Rosé frêle et fine — et plus frêle
Encor la sauvage merveille
Que tu voiles dans tes doux yeux,
O mon enfant aux veines bleues.

***

A flower given to my daughter

Frail the white rose and frail are
Her hands that gave
Whose soul is sere and paler
Than time’s wan wave.

Rosefrail and fair —yet frailest
A wonder wild
In gentle eyes thou veilest,
My blueveined child.

(James Joyce)


Illustration: Anne Geddes

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La matière (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2017



La matière

la matière des sons
leur texture m’est offerte
m’est ouverte
leur texture jusqu’à la torture

étrangement manipulés
m’éprouvant,
les sons innombrables qui me disjoignent
autrement me joignent,
m’unifient, s’unifient

Enveloppements! Envahissement

Soie dans les fibrillations

(Henri Michaux)


Illustration

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Glaïeul (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2017



Hautaine toute offerte Elle
saigne aux deux pôles du
désir fleur jaillie du sol noir du
naufrage

(Edmond Jabès)

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Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ? (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ?
Quelle fuite est la nôtre où nous perdons ses pas ?
Ne serons-nous jamais que les tremblants emblèmes
De l’ombre qui nous porte où nous n’existons pas ?

Quel dieu me donnes-tu qui m’étreint quand tu m’aimes
Dans la forme invisible où je cherche mes bras,
Bonheur, dont le nom seul (est-ce toi qui blasphèmes ?)
Divulgue à tous les vents ceux que tu me tairas ?

— A l’heure où cette voix reconnaît son visage,
Où de sa même chair, elle, chair sans partage,
Epuise enfin le dieu qui l’enchaîne et l’entend,

Bouche à son tour offerte à celle qui l’ignore,
Amour, es-tu le fruit qu’aux branches de l’instant
Une ombre a dérobé pour te survivre encore ?

(Louis Emié)

Illustration

 

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