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Posts Tagged ‘office’

LA NONNE GITANE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019


 


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LA NONNE GITANE

Silence de chaux et de myrte.
Mauves dans les herbes fines.
Sur une toile jaune paille
la nonne brode des giroflées.
Volent dans le lustre gris
les sept oiseaux du prisme.
Tel un ours panse en avant
loin de là grogne l’église.
Comme elle brode ! Quelle grâce !
Sur la toile jaune paille
elle aimerait bien broder
des fleurs à sa fantaisie.
Quel tournesol ! Quel magnolia
de faveurs et de clinquant !
Quels safrans et quelles lunes
sur la nappe de l’autel !
Cinq oranges en compote
cuisent dans l’office proche :
ce sont les plaies du Christ
cueillies près d’Almeria.
Dans le regard de la nonne
galopent deux cavaliers.
Une rumeur dernière et sourde
lui décolle la chemise,
la vue des monts et des nuées
dans les lointains arides
fait qu’alors son coeur se brise,
son mur de sucre et de verveine.
Oh, quelle plaine escarpée
sous l’éclat de vingt soleils !
Quelles rivières soulevées
entrevoit sa fantaisie !
Mais à ses fleurs elle s’applique
tandis que debout dans la brise
l’éclat du jour joue aux échecs
par les fentes de la jalousie.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Louis Toffoli 

 

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Un rideau de lumière (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2019



Un rideau de lumière
interrompt l’office des ténèbres.
Alors nous comprenons que la lumière
est aussi un office,
le rite originaire,
la liturgie nue
d’une révélation
sans autre exégèse.

Et l’ombre le sait.
C’est pourquoi elle s’ouvre devant la lumière.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Odilon Redon

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C’est toi (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 22 février 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
C’est toi

Dans les intervalles de silence du vent
les paroles pressées de l’eau qui dévale
sa fraîcheur le long du sentier de montagne
c’est toi fraîcheur pensive de ma vie

L’été brûlant Le soleil feu perpendiculaire à l’herbe
A bouche fermée le bourdonnement grégorien
des abeilles célébrant l’office quotidien du miel
c’est toi basse continue de ma durée

Le cri d’une hirondelle cri que j’attrape au vol
(l’oiseau est déjà loin) rire plutôt qu’un cri
léger bonheur qui ricoche sur l’eau des rires de l’été
c’est toi douceur du sourire au creux des chagrins

Le silence soudain La nuit Déjà la neige
Le silence à pas de chat se pose sur le silence
et quand nous ouvrirons les volets le blanc sera très blanc
c’est toi qui ne dis rien et me parles sans mots

Et je te réponds Oui

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Débaptiser le monde (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2018



Illustration: René Magritte
    
Débaptiser le monde,
sacrifier le nom des choses
pour gagner leur présence.
Le monde est un appel nu,
une voix, pas un nom,
une voix porteuse de son propre écho.

Et la parole de l’homme est une part de cette voix,
non pas un signe du doigt
ni une étiquette d’archive
ni un profil de dictionnaire
ni une carte d’identité sonore
ni un drapeau indicatif
de la topographie de l’abîme.

L’оffiсе de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela,
est un acte d’amour : crier de la présence.

L’office de la parole
est que le monde puisse dire le monde,
que le monde puisse dire l’homme.

La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Poésie et Réalité
Traduction: Jean-Claude Masson
Editions: Lettres Vives

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Douceur parfois d’aller le dimanche à l’église (Georges Rodenbach)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2016



Douceur parfois d’aller le dimanche à l’église
Édulcorer ses yeux aux offices du soir,
Être l’Ame qui s’est carguée et qui s’enlise,
Être l’Ame soudain fraîche comme un parloir,
Cependant que l’encens, avec mélancolie,
En rubans bleus à notre enfance nous relie…
Et douceur pour les Yeux de retourner encor
Dans les vitraux profonds qui sont des jardins d’or
Où des anges, vêtus de lin, tiennent des palmes
Et de rigides lis comme des jets d’eau calmes.
Et douceur pour les Doigts, repris du culte ancien,
D’allumer sur le noir candélabre, à Complies,
Quelque cierge qu’on suit des yeux, qu’on sait le sien;

[…]

(Georges Rodenbach)

Illustration

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MORTE SAISON (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 17 octobre 2015




MORTE SAISON

Un homme écoutait l’objection
d’un autre
qui voulait son âme immortelle
sur un seuil de porte une femme
jouait avec une bête
en pleurant
et dans les offices restaient
les végétaux, le lait
les bassines
aux reflets de sang.

(Jean Follain)

 

 

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Liqueur de prunelle (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2015



La claire saison du genièvre
s’assombrit en hiver.
Elle arrosa de liqueur les prunelles
et boucha le bocal de verre.

Lorsque je l’ai dévissé
j’ai senti l’âcre immobilité
troublée d’un buisson
se répandre dans l’office.

Lorsque je l’ai versée
elle tranchait comme une lame
et flambait comme Bételgeuse.

Je bois à toi,
avec ces prunelles
enfumées, bleu-noir,
polies, amères, mais sûres.

(Seamus Heaney)

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C’est vaste nuit (Bernard Manciet)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2015



c’est vaste nuit que l’agnelle en feux
braise d’encens ses sept glaïeuls noirs
de feu rayé et de violette
d’onyx office qu’abeilles tressent

(Bernard Manciet)

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La feuille (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2015


Le lait s’aigrit
dans l’office attiédi
un homme parle à l’autre
ardemment de la gnose
on voit se lever d’à genoux
la ménagère
une toute petite feuille morte
aux nervures rouges
collant à son auriculaire
à l’ongle ravagé.

(Jean Follain)

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