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Poésie

Posts Tagged ‘offrir’

A croquer (Virginie Greiner)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2019



Illustration: Eugenio Sicomoro
    
A croquer

Puisque tu n’as jamais pris le temps de te dénuder,
J’entreprends aujourd’hui de te déshabiller.
De ta nudité, j’apprendrai les contours.
Je croquerai chaque courbe qui passera à ma portée.
Lorsque l’épreuve de ta géographie sera mise à jour,
Je l’offrirai à toutes les femmes dont tu as mendié l’amour.

(Virginie Greiner)

 

Recueil: EN MÂLES DE NUS
Traduction:
Editions: Attakus
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La maison du temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



La maison du temps

Du matin au soir
La fenêtre suit le soleil
Avec un regard malicieux
La maison se hausse sur ses fondations
Dans une lumière à peine esquissée
Au pied d’un arbre ventripotent

Le lierre encadre les pommettes de la façade
Qui m’offre le sourire de sa porte
Le soleil ne cicatrise pas
Les blessures du toit

La maison se lézarde
D’avoir trop ri et d’avoir trop pleuré
Et d’avoir trop prié

Le temps consume sa bougie
Chaque goutte de cire
Est une heure qui coule

La flamme diminue
Avant de s’éteindre

La mèche n’est jamais assez longue.

(Jean-Baptiste Besnard)

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L’enfant d’autrefois (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
L’enfant d’autrefois
face offerte
accueille la pluie
cinglante
et pourtant douce
menus oiseaux
picorant la peau

L’eau s’amuse
à devenir métallique
fines aiguilles
qui piquent
sans blesser
ni transpercer

Étincelles ludiques
sur le front
le pavé

Visage au vent
l’enfant rit
ruisselante

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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LA CHUTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2018



Illustration: Jacob-Peter Gowi
    
LA CHUTE

C’est la chute, la chute éternelle
d’eau, de pierre, d’oiseaux blessés, le coeur blessé,
la cascade de la délivrance. Les anges tombent
comme des amants de l’azur, séparés,
et meurent de cette même mort qui nous achève tous.

Tombant dix millions d’années, nous nous jetons
dans les bras accueillants du temps;
notre vol nuptial doit finir dans la mort,
délivrance toujours recommencée
tandis que le mystique acharné„ retient son souffle.

La surface aux aguets de la mer vivante
toujours intacte, offre le sourire de l’amour,
là où le sang vivant se noie dans son extase,
régi par la nature qui fait bouger les montagnes,
se croyant délivré quand il est le moins libre.

Allons-nous sombrer, sombrer ensemble dans l’abîme?
Ici, sur le pic, neige et vent nous invitent
à tomber dans leurs gouffres.
La voie est tracée, inconnaissable la fin,
la mer nous emportera là où mènent courants et marées.

***

THE FALL

It is the fall, the eternal fall of water,
of rock, of wounded birds, and the wounded heart,
Me waterfall of freedom. Angels fall
like loyers from the azure, separate,
and die by that saine death that ends us ail.

Falling ten million years, we fling ourselves
again info the inviting arms of time;
our nuptial flight must end again in death
that serves for freedom time and lime again
while the hard labouring mystic holds his breath.

The watching surface of the living sea
ever intact, :miles with the face of love,
where living blood drowns in its ecstasy,
impelled by nature that can mountains move,
feeling most freedom when it least is free.

Shall we go down, shall ive go down together?
here on the mountain top, the wind and snow
urge us to fall, and go the way they go.
The way is clear, the end we shall not know,
the sea will carry us where tides run and currents flow.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Lui que je loue de ma bouche muette nocturne
Murmurant des silences jusqu’au moment où les étoiles
Sont suspendues aux noeuds immobiles de mes vagues tourmentées,
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Je tisse sur le sol désert de l’espace
La danse nuptiale, je danse les mystères
Qui ont incendié la maison de Penthée.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

Il pose dans ma tombe profonde ses feux impérissables,
Sa flamme jaillit en moi fontaine arbre et coeur,
Il plane’issu du lit de la nature dans un vol d’oiseau.
Vers mon obscurité j’ai hâlé sa lumière.

Mes feuilles attirent de leurs mains vertes le soleil
Et lient en gerbe ses rayons dans la rose sauvage du monde.
J’offre mes miroitantes mers à son visage.
Son éclat brille jusqu’en mon lieu le plus obscur.

***

Him I praise with my mute mouth of night
Uttering silences until the stars
Hang at the still nodes of my troubled waves.
Into my dark I have drawn down his light.

I weave upon the empty floor of space
The bridal dance, I dance the mysteries
That set the house of Pentheus ablaze.
His radiance shines into my darkest place.

He lays in my deep grave his deathless fires,
In me his flame springs fountain tree and heart,
Soars up from nature’s bed in a bird’s flight.
Into my dark I have drawn down his light.

My leaves draw down the sun with their green hands
And bind his rays into the world’s wild rose.
I hold my mirroring seas before his face.
His radiance shines into my darkest place.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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GERBE DE MIMOSA (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




GERBE DE MIMOSA

MA mère bien-aimée
Une gerbe de mimosa
Il y a bien longtemps, venant d’une Italie imaginaire
Qu’elle ne verrait jamais
Offrit à sa fille —
Cueillie sur un lointain arbre en fleurs.

Aujourd’hui
Dans un bois de mimosa
Chargé d’une poussière d’or fleuri
J’ai rencontré en souvenir
Ma mère en ce jour
Où je me détournai de
La simplicité de son amour.

Moi qui ai pillé la beauté du monde
Maintenant je n’entrerai jamais
En ce jardin d’or qu’elle m’offrit.

***

MIMOSA-SPRAY

MY dear mother
One mimosa-spray
Long ago, from an imagined Italy
She would never see
Offered her daughter
From a far-off blossoming tree.

Today
In a mimosa-grove
Heavy with flower-gold dust
I met in memory
My mother on that day
When I turned from her
Love’s simplicity.

I who have rifled the world’s beauty
Now will never enter
That golden garden she offered me.

(Kathleen Raine)

Illustration: Suzanne Accaries

 

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Temps (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 4 décembre 2018




Passe, fuis,
Temps inapte à guérir,
Puisque tu ne peux offrir
Nul jour à mon amour et moi,
Dussé-je attendre une vie entière
Sur des rivages déserts,
Pour de nouveau nous réunir.

***

Away, away,
Unhealing time,
Since you can bring no day
When my love and I,
Though I should wait life-long
On lonely shores,
Can meet again.

(Kathleen Raine)

Illustration: Joshua Petker

 

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Parfois elle sent (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
Parfois elle sent : la vie est grande
mais sauvage, tels des fleuves qui écument,
mais sauvage, telle tempête dans les arbres.
Et doucement, lâchant les heures,
elle offre son âme aux rêves.

Puis s’éveille. Une étoile alors
éclaire en silence la terre discrète,
sa maison a des murs tout blancs —
Et elle sait : la vie et lointaine, inconnue —
et elle joint ses mains fripées.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

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Ainsi s’est elle elle-même proclamée (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018



Illustration: Peyton Sawyer
    
Ainsi s’est elle elle-même proclamée

Je n’ai absolument rien à offrir.
Proclamation vraie et honnête.
C’est la raison pour laquelle cela est fini
avant même d’avoir commencé.

Mes caresses ne valent rien.
Mes mots hésitants sont trop petits.
Tu dois comprendre pour de bon
que je ne serai jamais proche de toi.

De la pauvreté dans mes yeux. Mon coeur
est vide comme la voûte flottante.
Une seule flamme brûle
— moi-même.

***

Saadan har hun forkyndt sig selv

Jeg har intet og intet at gi.
Det er sandt og renfærdigt forkyndt.
Derfor er det jo ogsaa forbi,
for det endnu er begyndt.

Mine Kaertegn er ingenting værd.
Mine tovende Ord er for smaa.
At jeg aldrig vil komme dig nær
maa du omsider forstaa.

Det er fattigt i mine Ojne.
Mit Hjerte er tomt som det drivende Hvælv..
Der er kun een Flamme som brænder
– — den er miglv selv

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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De la lumière, quelqu’un attend (Morten Nielsen)

Posted by arbrealettres sur 1 décembre 2018




    
De la lumière, quelqu’un attend —

De la lumière quelqu’un attend.
mais mon attente n’a pas encore pris fin.
Si je t’offrais à présent mes mains,
elles seraient vides.

À travers la pluie, la lumière de l’espace
tombe à fines gouttes sur mon visage —
mais tous les sens se tournent à nouveau
vers les cris d’une voix.

Elle crie — elle gémit, et ta lumière
a disparu à travers la pluie.
Je dois encore rester seul avec un manque
que je n’ai pas vaincu.

De la lumière, quelqu’un attend.
Je suis seul avec une voix dans le vide.
Il serait cruel de venir vers toi qui attends
avant que mon attente ait pris fin.

***

Der er Lys og nogen venter —

Der er Lys, og nogen venter.
Men min Ventetid er endnu ikke omme.
Hvis jeg gav dig mine Hænder nu,
var de tomme.

Ud igennem Regnen falder
paa mit Ansigt Rummets Lys i fine Draaber —
men saa vender aile Sanser si paany
mod en Rost der raaber.

Og den raaber — og den jamrer,
og dit Lys igennem Regnen er forsvundet.
Jeg maa endnu være ene med et Savn,
som jeg ikke har forvundet.

Det er Lys, og nogen venter.
Jeg er ene med en Stemme i det tomme.
Det var ondt mod dig, der venter, huis jeg kom,
for min Ventetid er omme.

(Morten Nielsen)

 

Recueil: Guerriers sans armes Krigere uden vaaben
Traduction: Pierre Grouix
Editions: Grèges

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