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Il était jaloux, inquiet et tendre (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Il était jaloux, inquiet et tendre,
Comme le soleil du bon Dieu il m’aimait,
Mais pour que son chant oublie le passé,
Il a tué mon oiseau blanc.

Il a dit, en entrant au crépuscule dans ma chambre :
«Aime-moi, ris, écris des vers ! »
Et j’ai enterré l’oiseau joyeux
Derrière le puits rond, sous le vieil aulne.

Je lui ai promis de ne pas pleurer,
Mais mon coeur maintenant est une pierre,
Il me semble que toujours et partout
J’entendrai chanter la voix si douce.

(Anna Akhmatova)

Illustration

 

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Pourquoi te déguises-tu (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 22 mars 2019




Pourquoi te déguises-tu
En vent, en pierre, en oiseau ?
Pourquoi me souris-tu du ciel
Comme un éclair inattendu ?

Cesse de me tourmenter ! Ne me touche pas !
Laisse-moi à la gravité de mes soucis …
Un feu ivre passe en vacillant
Sur les marais gris desséchés.

La muse dans sa robe trouée
Chante d’une voix traînante, monotone.
Sa force miraculeuse
Est dans son angoisse cruelle et jeune.

(Anna Akhmatova)

 

 

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Le doux printemps est ton temps est le mien est le nôtre (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Karen L’Hémeury

    

« le doux printemps est ton
temps est le mien est le nôtre
car c’est le temps de l’amour
et vive le doux amour »

(tous les joyeux petits oiseaux
volent dans le flottant dans les
esprits mêmes ils chantent dans
le battement d’ailes des fleurs)

les amants vont les amants viennent
vagabondant ils s’émerveillent
mais tous les deux parfaitement
seuls il n’est nul autre au monde

(un tel ciel et un tel soleil
n’ai pas connu ni toi non plus
personne jamais n’a respiré
autant de variétés de oui)

nul arbre ne sait compter ses feuilles
chacune d’elles de s’ouvrir seule
mais ces qui brillant par milliers
ne font qu’un seul étonnement

(en secret adorant timides
petits s’allant dardant flottant
et joyeux dans le fleurissant
les heureux soi toujours chantent)

« le doux printemps est ton
temps est le mien est le nôtre
car c’est le temps de l’amour
et vive le doux amour »

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Une fois un
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: La Nerthe

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Printemps (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019


 

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule.

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison.

(Paul Eluard)

Illustration: Sandro Botticelli

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Printemps du corps (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Printemps du corps

Mon corps ici, mon corps ailleurs, mon corps
Ensoleillé par la mort et qui glisse
De source en fleuve et de fleuve en caresse
Pour se mêler à d’autres floraisons.

Que ma non-mort en ses terres vitales
Soit cet oiseau, ce poisson, ces parures
De fleurs et d’ors dans le jardin des mots
Et que ma nuit ne soit qu’une apparence.

Ma bouche parle en d’intenses corolles,
Mon oeil regarde au-delà du rosier,
Mes bras unis sont rives de l’étang
Où nénuphar je chante au ras des eaux.

Ainsi mes mains, les ultimes semeuses,
Sont la semence éparse du blé noir
Et mon échine à tous les vents frissonne
La mort en moi, la mort qui danse encore.

Ce doux pollen aux ailes de l’abeille :
Un peu de moi. Ce bourgeon qui s’entrouvre :
Mon vieux délire ici ressuscité
Par le savoir infini de l’aurore.

Mon corps en moi, mon corps en vous, mon corps,
Cette parcelle éminente du jour,
Pour t’affranchir frère de la durée
Et composer la musique des gestes.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

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Ne devinez-vous pas pourquoi je meurs d’amour ? (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Ne devinez-vous pas pourquoi je meurs d’amour ?
La fleur me dit : salut : l’oiseau me dit bonjour :
Salut ; c’est le printemps ! c’est l’ange de tendresse !
Ne devinez-vous pas pourquoi je bous d’ivresse ?
Ange de ma grand’mère, ange de mon berceau,
Ne devinez-vous pas que je deviens oiseau,
Que ma lyre frissonne et que je bats de l’aile
Comme hirondelle ?…

(Arthur Rimbaud)

Illustration: William Robert Symonds

 

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Saperlipopette (Christian Moncelet)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Saperlipopette

Saperlipopette ! Saperlipopette !
Le clair juron que celui-ci
comme une fleur criarde
aux lèvres d’un printemps !

Saperlicoquette ! Saperlicoquette !
dit l’oiseau qui voit tant de rose
sur les tendres joues de l’aurore !

Saperlipompette ! Saperlipompette !
dit mon cœur qui voit tant de rouge
sur le nez solaire d’un ciel
ivre d’été dès le matin

Saperlipoprette ! Saperliproprette !
dit le ciel en voyant la terre
se laver à grande eau de pluie.

Et toi qui lis présentement
mes mots en jeu mes mots en joie
Tu dois te dire en souriant :
Saperlipoète ! Saperlipoète !

(Christian Moncelet)


Illustration

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Après l’Hiver (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Après l’Hiver
N’attendez pas de moi que je vais vous donner
Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ;
La nuit meurt, l’hiver fuit ; maintenant la lumière,
Dans les champs, dans les bois, est partout la première.
Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frêle, charmant, fleuri ;
Je sens devant l’enfance et devant le zéphyre
Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;
Mai complète ma joie et s’ajoute à mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilà des fleurs.
Accourez, la forêt chante, l’azur se dore,
Vous n’avez pas le droit d’être absents de l’aurore.
Je suis un vieux songeur et j’ai besoin de vous,
Venez, je veux aimer, être juste, être doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,
Être enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.

Ô printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle d’air vivant qui vous pénètre,
Et l’ouverture au loin d’une blanche fenêtre ;
On mêle sa pensée au clair-obscur des eaux ;
On a le doux bonheur d’être avec les oiseaux
Et de voir, sous l’abri des branches printanières,
Ces messieurs faire avec ces dames des manières.

(Victor Hugo)

Illustration: Piel-Colombo

 

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Un jour nous ne pourrons plus partir (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2019




    
Un jour nous ne pourrons plus partir.
Subitement, il se fera tard.
Il ne sera pas important de savoir
d’où venait et où allait le voyage.
Peut-être vers l’autre extrémité du monde
ou seulement de soi vers son ombre.

Nous dessinerons alors la figure d’un oiseau
et nous la clouerons au-dessus de la porte
comme blason et mémento,
afin de rappeler que l’ultime départ
n’existe pas non plus.

Et la lance,
qui était déjà clouée au sol,
ne s’enfoncera qu’un peu plus.

***

Un día ya no podremos partir.
Repentinamente, se habrá hecho tarde.
No importará desde dónde
o hacia dónde era el viaje.
Tal vez hacia el otro extremo del mundo
o sólo desde uno hacia su sombra.

Dibujaremos entonces la figura de un pájaro
y la clavaremos encima de la puerta
como blasón y memento,
para recordar que tampoco existe
la última partida.

Y la lanza,
que ya estaba clavada en el suelo,
sólo se hundirá un poco más.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Parfois, je sens (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Jeanie Tomanek kore

Parfois, je sens
comme la rose
que je serai un jour, comme l’aile
que je serai un jour;
et un parfum m’enveloppe, étranger et mien,
mien et de rose;
et me prend une errance, étrangère et mienne,
l’errance d’un oiseau.

***

A veces, siento
como la rosa
que seré un día, como el ala
que seré un día;
y un perfume me envuelve, ajeno y mío,
mío y de rosa;
y una errancia me coje, ajena y mía,
mía y de pájaro.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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