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Poésie

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Vision et prière (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



 

Qui es-tu , toi
Qui nais dans
La chambre à côté
Si fort près de la mienne
Que je peux entendre la matrice
S’ouvrir et l’obscur soudain courir
Au-dessus du fantôme et de l’enfant délivré
Derrière le mur aussi fin qu’un os de roitelet?
Dans la chambre natale inconnue au feu
Et au voeu du Temps l’empreinte
Du coeur de l’homme ne
Répand nul baptême
L’obscur seul
Bénit le très
Sauvage
Fils.

Je dois reposer
Comme pierre
Contre le mur en os
De roitelet, écoutant le
Gémissement de la mère cachée
Et la tête d’ombre de la douleur
Projetant le futur comme une épine
Et les sages-femmes du miracle chantent
Jusqu’à ce que le turbulent nouveau-né
Me brûle de son nom et de sa flamme
Et que le mur ailé se déchire
Sous sa couronne torride et
Rejette l’obscur d’un
Coup de reins à
La lumière
Vive.

Quand
L’os d’oiseau
Se tordra et se
Brisera et quand la
Première aube en un flot
De colère essaimera les parages
De l’éternité de l’enfant qui éblouit
Le paradis et de la mère virginale
Eclaboussée qui le porta, avec un feu
De joie dans la bouche et sut le bercer
Comme une tempête, je fuirai à perte
De souffle en terreur soudaine et
En lumière de la chambre
Décapuchonnée hurlant
En vain dans le
Chaudron
De son
Baiser.

En
La vrille
Du soleil dans
Le cyclone écumant
De son aile, oui, j’étais
Perdu, oui, moi qui crie
Contre le trône détrempé de
L’homme dans sa fureur native
De ses flots et des éclairs de l’adoration
Dos tournée contre le noir silence mêlé
Des larmes, oui, j’étais perdu, moi
Qui parviens abasourdi
Au paradis et à son
Découvreur et le haut
Midi de sa blessure
Aveugle mon
Cri.


Couché sur l’autel
De sa poitrine
Flamboyante je m’éveillerai
Au Jugement divin des fonds sans
Cage de la mer au nuage montant de
La tombe qui s’exhale à la poussière
Qui s’élève et salue chaque grain
De sa flamme. Ô spirale de
L’ascension de l’urne-
Vautour du matin de
L’homme quand
La terre
Et

La
Mer
Génésique ont
Loué le soleil lui, le
Découvreur le juste
Adam nouveau-né chanta
L’origine elle-même! Oui, les
Enfants ont des ailes! Ô l’envol vers
La blessure des anciens enfants égarés
Dans les canyons de l’oubli! La foulée
Stellaire de ceux qui furent tués
Dans les batailles! Les saints
Nés de leurs propres
Visions! La maison où
Habite le monde!
La peine souffre
Ouverte et je
Meurs.

[…]

Le voeu et le feu de la prière me brûlent
Dans une soudaine bénédiction du soleil.
Au nom des damnés, je reviendrai
Et pourrai courir vers
La terre cachée mais le
Soleil, si fort,
Baptise le
Ciel. Je
Me
Trouve.
Ô laissez-le
M’ébouillanter,
Me noyer dans sa
Blessure-au-monde. Son
Eclair est une réponse à mon cri.
Ma voix brûle dans sa main.
Désormais je suis un égaré car il m’éblouit
Aussi. Le soleil rugit à la fin de ma prière.
(Dylan Thomas)

 

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Où le colibri suspend-il (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Entends-tu des détonations
jaunes au milieu de l’automne ?

Quelle raison ou déraison
fait que la pluie pleure sa joie ?

Quels oiseaux dictent l’ordre à suivre
par la bande au cours de son vol ?

Où le colibri suspend-il
sa symétrie éblouissante ?

(Pablo Neruda)

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Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour

D’aucuns disent que l’amour est un petit garçon,
D’autres disent que c’est un oiseau,
D’aucuns disent qu’il fait tourner le monde,
D’autres disent que c’est absurde,
Et quand je demandai au voisin,
Qui feignait de s’y entendre,
Sa femme se fâcha vraiment,
Et dit qu’il ne faisait pas le poids.

Ressemble-t-il à un pyjama,
Ou au jambon dans un hôtel de la ligue anti-alcoolique ?
Son odeur rappelle-t-elle les lamas,
Ou a-t-il une senteur rassurante ?
Est-il épineux au toucher comme une haie,
Ou doux comme un édredon pelucheux ?
Est-il dur ou plutôt souple sur les bords ?
Ô, dis-moi, la vérité sur l’amour.

Nos livres d’histoire en parlent
Avec des petites notes ésotériques,
C’est un sujet assez ordinaire
Sur les navires transatlantiques ;
J’ai vu la question traitée
Dans le récit de suicides,
Et je l’ai même vu griffonné au dos
Des indicateurs de chemin de fer.

Hurle-t-il comme un berger allemand affamé,
Ou gronde-t-il comme une fanfare militaire ?
Peut-on l’imiter à la perfection
Sur une scie ou sur un Steinway ?
Chante-t-il sans frein dans les réceptions ?
N’apprécie-t-il que le classique ?
Cessera-t-il quand on veut la paix ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

J’ai regardé dans la maison de vacances ;
Il n’y était même pas ;
J’essayai la Tamise à Maidenhead,
Et l’air tonique de Brighton.
Je ne sais pas ce que chantait le merle,
Ou ce que disait la tulipe ;
Mais il ne se trouvait ni dans le poulailler,
Ni sous le lit.

Peut-il faire des mimiques extraordinaires ?
Est-il souvent malade sur la balançoire ?
Passe-t-il tout son temps aux courses,
Ou gratte-t-il des bouts de cordes ?
A-t-il une opinion sur l’argent ?
Pense-t-il assez au patriotisme ?
Ses plaisanteries sont-elles vulgaires mais drôles ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

Quand il viendra, viendra-t-il sans avertissement
Au moment où je me gratterai le nez ?
Frappera-t-il à ma porte un veau matin,
Ou me marchera-t-il sur les pieds dans l’autobus ?
Viendra-t-il comme le temps change ?
Son accueil sera-t-il aimable ou brutal ?
Bouleversera-t-il toute mon existence ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

***

O Tell Me The Truth About Love

Some say love’s a little boy,
And some say it’s a bird,
Some say it makes the world go round,
Some say that’s absurd,
And when I asked the man next door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn’t do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It’s quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I’ve found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn’t even there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton’s bracing air.
I don’t know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn’t in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I’m picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.

(Wystan Hugh Auden)

 

Recueil: Dis-moi la vérité sur l’amour suivi de Quand j’écris je t’Aime
Traduction: Gérard-Georges Lemaire et Béatrice Vierne
Editions: Du Rocher

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Comment pourrait l’amour entre Vous et moi prendre fin ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

    

Comment pourrait l’amour entre Vous et moi prendre fin ?
Autant la feuille du lotus a besoin de l’eau
— vous êtes mon Seigneur, et je suis votre servant.

Autant l’oiseau de nuit Chakor toute la nuit devant la lune s’extasie
— Vous êtes mon Seigneur et je suis votre servant.

Depuis que le temps a commencé et jusqu’à ce qu’il finisse,
il y a amour entre Vous et moi;
comment un tel amour mourrait-il ?

 » Autant le fleuve entre dans l’Océan,
Mon coeur vous touche  » dit Kabîr.

***

How could the love between Thee and me sever ?
As the leaf of the lotus abides on the water:
so Thou art my Lord, and I am Thy servant.

As the night-bird Chakor gazes all night at the moon :
so Thou art my Lord and I am Thy servant.

From the beginning until the ending of time,
there is love between Thee and me;
and how shall such love be extinguished ?

Kabîr says : « As the river enters into the ocean,
so my heart touches Thee. »

(Kabîr)

 

 

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Parfois s’installe un oranger du Mexique (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Parfois s’installe un oranger du Mexique
dans l’oreillette droite de votre coeur

laissez-le
déplier ses odeurs, accueillir ses oiseaux
s’entourer d’herbe.

Il tiendrait aisément sur votre paume
parce que le coeur est petit, maniable

pourtant sa perspective n’en finit pas.

Jetez vos heures lourdes
au-delà de son horizon.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Ca couine dans vos os (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration
    
Ca couine dans vos os.

Seuls les oiseaux discernent
ce cri à l’intérieur des hommes
qui vont et viennent gravement
et croient se faufiler indemnes
dans les inconnues de la vie.

Vous ne savez pas que vous êtes
de papiers à rumeurs
chuchotantes en filigrane.

Mais les oiseaux, mais les oiseaux entendent
négations,
sortilèges,
énergie.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Jardin public (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration

    

Jardin public
ciel reflété
dans le regard d’un oiseau grave

il vous épie, ne sait
quel geste attendre
de vous, ses autres-et-mêmes.

Ne voyez-vous pas battre à sa gorge
une émotion si proche
de votre sang?

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Sur cet arbre est un oiseau (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



Illustration
    
Sur cet arbre est un oiseau;
il danse dans la joie de la vie.

Nul ne sait où il est.
Et qui peut dire quel est le refrain de sa chanson ?
Où l’ombre la plus épaisse tombe des branches, c’est là qu’il a son nid.
Il y vient au soir et s’en vole au matin; je ne le comprends pas.
Nul ne peut me dire quel est cet oiseau qui chante en mon âme.
Ses plumes ne sont ni colorées ni incolores.

— Il n’a ni forme ni contour.
Il se tient dans l’ombre de l’amour.
Il dort au sein de l’Inaccessible, de l’Infini et de l’Éternel
et nul ne sait quand il s’envole et nul ne sait quand il revient.

Kabîr dit : « Ô frère Saint ! profond est ce mystère.
Laisse les sages chercher où habite cet oiseau. »

(Kabîr)

 

 

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L’ange de verre est descendu Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



L’ange de verre est descendu, l’oiseau
géant, la sentinelle des brouillards,
et le sommeil d’amour en fut voilé,
l’ombre de l’aile troublant l’eau
des seins légers sur le sable entrouvert.

Insaisissable cri sur une bouche où rage
la tempête de plumes, et déjà voici l’heure
et la rosée pesante où se séparent
jour et nuit, chair et cristal.

Un soleil bleu s’accroît. L’ange de verre
emplit les chambres nues, griffes serrées
sur les épaules des amants qui se délient.

Dans le jardin, rampe sur les terrasses,
comme un grand félin noir, échevelé,
l’odeur très pourrissante de l’automne.

(Jean Joubert)

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Comment pourrait-on briser (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2017



 

 
    
Comment pourrait-on briser l’amour qui nous unit ?
Comme la feuille de lotus repose sur l’eau,
ainsi tu es mon Seigneur et je suis ton servant.

Comme l’oiseau de nuit le Chakor contemple la lune pendant la nuit,
ainsi tu es mon Seigneur et je suis ton servant.

Depuis le commencement jusqu’à la fin du temps,
l’Amour est entre Toi et moi.
— Comment un tel amour pourrait-il s’éteindre ?

Kabîr dit : « Comme la rivière entre dans l’océan,
ainsi mon coeur pénètre en Toi. »

(Kabîr)

 

 

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