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Posts Tagged ‘oiseaux’

Les animaux ont des ennuis (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Les animaux ont des ennuis

Le pauvre crocodile n’a pas de C cédille
On a mouillé les L de la pauvre grenouille
Le poisson scie a des soucis
Le poisson sole
Ça le désole

Mais tous les oiseaux ont des ailes
Même le vieil oiseau bleu
Même la grenouille verte
Elle a deux L avant l’E

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les p’tits enfants briser leur tirelire
Laissez passer le café si ça lui fait plaisir

La vieille armoire normande
Et le vache bretonne
Sont parties dans la lande en riant comme deux folles
Les petits veaux abandonnés
Pleurent comme des veaux abandonnés

Car les petits veaux n’ont pas d’ailes
Comme le vieil oiseau bleu
Ils ne possèdent à eux deux
Que quelques pattes et deux queues

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
Sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les éléphants ne pas apprendre à lire
Laissez les hirondelles aller et revenir.

(Jacques Prévert)


Illustration

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Saisir (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 8 février 2017



Saisir, saisir le soir, la pomme et la statue,
Saisir l’ombre et le mur et le bout de la rue.

Saisir le pied, le cou de la femme couchée
Et puis ouvrir les mains. Combien d’oiseaux lâchés

Combien d’oiseaux perdus qui deviennent la rue,
L’ombre, le mur, le soir, la pomme et la statue.

Mains, vous vous userez
A ce grave jeu-là.
Il faudra vous couper
Un jour, vous couper ras.

(Jules Supervielle)

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PETITE FIN DU MONDE (Hector de Saint-Denys Garneau)

Posted by arbrealettres sur 1 février 2017



PETITE FIN DU MONDE

Oh ! Oh !
Les oiseaux
morts

Les oiseaux
les colombes
nos mains

Qu’est-ce qu’elles ont eu
qu’elles ne se
reconnaissent plus

On les a vues autrefois
Se rencontrer dans la pleine clarté
se balancer dans le ciel
se côtoyer avec tant de plaisir et se connaître
dans une telle douceur

Qu’est-ce qu’elles ont maintenant
Quatre mains sans plus un chant
que voici mortes
désertées

J’ai goûté à la fin du monde
et ton visage a paru périr
devant ce silence de quatre colombes

devant la mort de ces quatre mains
Tombées
en rang côte à côte

Et l’on se demande
A ce deuil
quelle mort secrète
quel travail secret de la mort
par quelle voie intime dans notre ombre
où nos regards n’ont pas voulu descendre
La mort
a mangé la vie aux oiseaux
a chassé le chant et rompu le vol
à quatre colombes
alignées sous nos yeux

de sorte qu’elles sont maintenant
sans palpitation
et sans rayonnement de l’âme.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Bénédicte Pontet

 

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Je sens voler (Émile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



Je sens voler en moi les oiseaux du génie
Mais j’ai tendu si mal mon piège qu’ils ont pris
Dans l’azur cérébral leurs vols blancs, bruns et gris,
Et que mon cœur brisé râle son agonie.

(Émile Nelligan)

Illustration: Michael Parkes

 

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Brève invitée (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2017


Brève invitée

Ma lande mon enfant ma bruyère
Ma réelle mon flocon mon genêt,
Je te regarde demain t’emporte
Où je ne saurais aller.

Ma bleue mon avril ma filante
Ma vie s’éloigne à reculons,
A toi les oiseaux et la lampe
A toi les torches et le vent.

Mon cygne mon amande ma vermeille
A toi l’impossible que j’aimais
À toi la vie, sel et soleil,
A toi, brève invitée.

(Andrée Chedid)


Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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En hiver (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 4 janvier 2017



oiseau-arbre-hiver

En hiver, les arbres
ne meurent pas : ils dorment ;
les oiseaux les veillent.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Te parler papa (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



Te parler papa j’ai pu te paparler un peu un petit peu paparce que nous n’avions plus tout le temps.
Dehors le monde ses oiseaux blancs comme des avions, le mur du son.
Tes mains sur le drap blanc jaunissaient jaunissaient.
Ils n’ont sûrement pas le droit de voler aussi bas pas pas le droit de voler aussi bas tu disais.
Même même le blanc de tes yeux était jaune nous alors nous sommes tout pardonné.

Ça va quand on demande moi je dis bien surtout s’il y a du monde je prends sur moi très bien.
On ne me voit pas chez l’épicière sangloter sur les pommes de terre.
Ni aux guichets de la poste retarder l’envoi pressé d’un colissimo.
Ça va je dis sans dire et la tête et la tête.
Ça rime à rien ta mort intérieurement pauvre chant.
De timbres je voudrais et de patates un carnet s’il vous plaît, un filet.
Merci beaucoup de monde.

***

Talk to you dad I managed a bit of daddychat a chitter ’cause we didn’t have that much time.
Outside the world its birds as white as planes, the barrier of sound.
Your hands on the white sheet were growing yellow yellow.
Surely they have no right to fly so low no right no fly so low you said.
Even the whites of your eyes were even yellow so we two forgave each other everything.

Okay when people ask I tell them fine especially when there are people round me yes I’m coping fine.
You don’t see me in the grocer’s weeping over the potatoes.
Nor waiting at the PO window when a portant package has to be packed off.
I’m fine it goes I say without saying my head my head.
It makes no sense your dying inwardly poor song.
Some stamps I need and some potatoes please a book, a bag.
Thanks a bundle.

(Valérie Rouzeau)

 

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Soir d’hiver (Émile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Soir d’hiver

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur, que j’ai, que j’ai !

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : Où vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !….

(Émile Nelligan)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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C’est demain dimanche (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2016



C’est demain dimanche

Il faut apprendre à sourire
même quand le temps est gris
Pourquoi pleurer aujourd’hui
Quand le soleil brille

C’est demain la fête des amis
Des grenouilles et des oiseaux
des champignons des escargots
n’oublions pas les insectes
Les mouches et les coccinelles

Et surtout à l’heure à midi
j’attendrai l’arc-en-ciel
violet indigo bleu vert
jaune orange et rouge
et nous jouerons à la marelle

(Philippe Soupault)

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Pour construire un poème (Georges Jean)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2016



Pour construire un poème
Il faut briser le temps

Il faut prendre les mots
Dans un autre panier

Ecouter les épées
Des oiseaux de l’aurore

Passer le lourd portail
Qui s’ouvre sur la mer

Enfoncer son talon
Dans l’argile du monde

Attendre que le froid
Gèle les bruits du coeur

Et contempler le mur
Où les signes regardent.

(Georges Jean)

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