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Locutions des Pierrots (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2019



Locutions des Pierrots

Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme?

Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon coeur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.

Ah! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’monde!

(Jules Laforgue)


Illustration: Raphaël

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Par délicatesse (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2017



Par délicatesse

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Devant les grilles
N’ai fait que trois pas

Si bref le début
Si tôt nié
J’ai dansé sur l’envers
Du temps cadencé

Danseuse j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Me suis enfermée
Dans la prison du roi

Où, la mer ouverte
Et le temps blanchi ?
Me suis perdue si près
Du jardin recherché

Ballerine j’ai été
Mais jamais n’ai dansé
Ma vie entière j’ai été
Comme aveugle à errer

Ma vie attachée
Jamais ne l’ai détachée
Comme Rimbaud
Moi aussi je dirai :

« Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie. »

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Pierre Corratgé

 

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Paysages intérieurs (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2017



Paysages intérieurs

Mourir près de la mer
Qui ne sort pas de ses lumières
Qui jette son sablier
Dans les roues de la fortune

Je fus marin

Mourir près de la mer
Immense qui rêve ses passions
Qui poudroie sa monnaie de sel
Dans les jambes du temps

Mais les voiliers étaient partis

Mourir près de la mer
Qui canonne le ciel vide
Qui lance les fusées pâles de son tocsin
A l’horizon levant les brumes

Le temps n’avait pas attendu
L’enfant leurré par la mer oisive

Mourir près de la mer
Son peignoir de pigeons stupéfaits
Ouvert comme un balcon
Par dessus le désespoir des rêves

(Robert Momeux)

Illustration

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Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



 

Ernest Pignon-Ernest  Rimbaud  42

Chanson de la plus haute tour

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la Prairie
A l’oubli livrée,
Grandie et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les cœurs s’éprennent !

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Chanson de la plus haute tour (Arthur Rimbaud)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017




Chanson de la plus haute tour

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent.

Je me suis dit : laisse,
Et qu’on ne te voie :
Et sans la promesse
De plus hautes joies.
Que rien ne t’arrête,
Auguste retraite.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie ;
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Ainsi la prairie
A l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies
Au bourdon farouche
De cent sales mouches.

Ah ! Mille veuvages
De la si pauvre âme
Qui n’a que l’image
De la Notre-Dame !
Est-ce que l’on prie
La Vierge Marie ?

Oisive jeunesse
A tout asservie,
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Ah ! Que le temps vienne
Où les coeurs s’éprennent !

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Rafal Olbinski

 

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Je suis à ma fenêtre (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2016



Je suis à ma fenêtre, oisive, depuis une éternité.
Sous la lune froide, le givre tombe.
Silencieusement, je baisse le store :
La lampe ne jette plus qu’une faible lueur.
Je n’en finis pas de poursuivre le passé,
L’âme égarée d’absence,
Le coeur broyé de peine.
Je reste assise à fredonner des airs sans paroles.
Les beaux jours peuvent bien revenir,
Mon front ne saurait plus se dérider.

Trop tôt et trop souvent j’ai été blessée.
Au fil des mois et des années,
Que d’abandons, que de ruptures !
Ah ! si nous pouvions nous revoir
Et de nouveau recommencer,
Comme par le passé !
Mais à quoi bon regretter, mon mal est sans remède.
La beauté de la nuit est hors d’atteinte
Pour moi qui ne suis plus que cendres.

(Liu Yong)


Illustration: Francine Van Hove

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Locutions des Pierrots (I) (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2015



 

Pietro Annigoni (1922)

Locutions des Pierrots

I

Les mares de vos yeux aux joncs de cils,
Ô vaillante oisive femme,
Quand donc me renverront-ils
La Lune-levante de ma belle âme ?

Voilà tantôt une heure qu’en langueur
Mon coeur si simple s’abreuve
De vos vilaines rigueurs,
Avec le regard bon d’un terre-neuve.

Ah ! madame, ce n’est vraiment pas bien,
Quand on n’est pas la Joconde,
D’en adopter le maintien
Pour induire en spleens tout bleus le pauv’ monde !

(Jules Laforgue)

Illustration: Pietro Annigoni

 

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