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La Vierge de Sunam (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2018



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La Vierge de Sunam

On dit qu’au vieux David, pale et transi par l’âge,
Tandis qu’autour de lui fumaient les trépieds d’or,
Et que des grands lions la dépouille sauvage
S’enroulait à son sein, sans réchauffer encor,

Pour réveiller le maître, en sa couche glacée,
Un serviteur fidèle, un soir, vint amenant
Superbe et demi-nue, et la tête baissée,
La brune Abizaïg, la vierge de Sunam ;

Sur sa gorge ondoyante et dans sa chevelure
On répandit les flots de la myrrhe et du nard,
Comme la jeune épouse, elle ôta sa ceinture
Et se glissa, timide, aux côtés du vieillard ;

Des filles d’Orient aux formes enivrantes
C’était la plus ardente et la plus belle à voir,
Avec ses longs cheveux qu’en vagues odorantes
Sur le grand moribond, elle laissa pleuvoir.

Les tympanons d’airain frissonnaient autour d’elle,
Tandis que, suspendue aux lèvres du vieux roi,
La vierge souriait, comme la fleur fidèle,
Dont les bras embaumés pressent un tombeau froid.

Et versant à l’entour, les parfums de la nue,
La nuit, la nuit a vu, de ses prunelles d’or,
Ce qu’il faut de baisers et d’ardeur inconnue
Pour rallumer une âme et réchauffer un mort.

Vierge, je ne suis pas le vieux roi centenaire !
Le temps n’a point encor fait blanchir mes cheveux,
À peine quelques jours, j’ai paru sur la terre,
Et je vois mon berceau, quand je tourne les yeux.

Pourtant, comme un vieillard, j’ai l’âme froide et nue,
Voilà que tout mon cœur est éteint maintenant,
Et je m’en vais mourir, car tu n’es pas venue,
Ô brune Abizaïg, ô vierge de Sunam !

(Louis Bouilhet)

Illustration: Pedro Américo

 

 

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LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



    
LA TERRE, RÊVEUR SOLITAIRE

La Terre, rêveur solitaire,
Ne va-t-elle plus t’inspirer,
Ni plus t’inviter la Nature
Si nul feu ne peut t’embraser?

Sans cesse ton esprit parcourt
Des régions obscures pour toi;
Renonce à ces randonnées vaines :
Reviens demeurer avec moi.

Je sais que mes brises des monts
Toujours t’enchantent, puis t’apaisent;
Je sais que mon soleil t’est cher
Malgré ton ondoyant vouloir.

Quand le jour se fond dans le soir
Et déserte le ciel d’été,
J’ai vu ton esprit prosterné
Dans une idolâtre ferveur.

Pour t’avoir guetté à toute heure,
Je sais mon souverain empire,
Je sais mon magique pouvoir
De bannir au loin tes ennuis.

S’il est peu de coeurs ici-bas
Que dévore autant la langueur,
Nul plus que toi ne brigue un Ciel
A l’image de cette terre.

Laisse mes vents te caresser;
Laisse que je sois ta compagne;
Toi que ne satisfait rien d’autre,
Reviens demeurer avec moi.

***

SHALL EARTH NO MORE INSPlRE THEE

Shall Earth no more inspire thee,
Thou lonely dreamer now?
Since passion may not fire thee
Shall Nature cease to bow?

Thy mind is ever moving
In regions dark to thee;
Recall its useless roving—
Come back and dwell with me.

I know my mountain-breezes
Enchant and soothe thee still—
I know my sunshine pleases
Despite thy wayward will.

When day with evening blending
Sinks from the summer sky,
I’ve seen thy spirit bending
In fond idolatry.

I’ve watched thee every hour;
I know my mighty sway,
I know my magic power
To drive thy griefs away.

Few hearts to mortals given
On earth so wildly pine;
Yet none would ask a Heaven
More like this Earth than thine.

Then let my winds caress thee;
Thy comrade let me be—
Since nought beside can bless thee,
Return and dwell with me.

(Emily Brontë)

 

Recueil: Poèmes
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Gallimard

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Le Bloc de Marbre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



    

Le Bloc de Marbre

JE dormais dans le flanc massif de la montagne…
Ses tiédeurs m’enivraient. Auprès de mon sommeil
Sourdait l’ardent effort des fleurs vers le soleil.
Rien ne troublait la paix large de la montagne.

Je dormais. Je semblais un astre dans la nuit,
Et l’ondoyant avril que l’amour accompagne
Tremblait divinement sur l’or de la campagne,
Sans rompre mon attente obscure dans la nuit.

Blancheur inviolée au fond de l’ombre éteinte,
J’ignorais le frisson du nuage, et le bruit
Des branches et des blés sous le vent qui s’enfuit
En sifflant… Je dormais au fond de l’ombre éteinte,

Lorsque tu m’arrachas à mon calme éternel,
O mon maître ! ô bourreau dont je porte l’empreinte !
Dans la douleur et dans l’effroi de ton étreinte,
Je vécus, je perdis le repos éternel…

Je devins la Statue au front las, et la foule
Insulte d’un regard imbécile et cruel
Ma froide identité sans geste et sans appel,
Pâture du regard passager de la foule.

Et je suis la victime orgueilleuse du temps,
Car je souffre au-delà de l’heure qui s’écoule.
Mon angoisse domine altièrement la houle
Gémissante qui meurt dans l’infini du temps.

Je te hais, créateur dont la pensée austère
A fait jaillir mon corps en de fiévreux instants,
Et dont je garde au coeur les rêves sanglotants…
Je connais les douleurs profondes de la terre,

Moi qui suis la victime orgueilleuse du temps.

(Renée Vivien)

Illustration: Alfred Jean Halou

 

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Savez-vous pas… (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Savez-vous pas quelque douce retraite,
Au fond des bois, un lac au flot vermeil,
Où des palmiers la grande feuille arrête
Les bruits du monde et les traits du soleil
– Oh ! je voudrais, loin de nos vieilles villes,
Par la savane aux ondoyants cheveux,
Suivre, en rêvant, les écureuils agiles,
Et voir sauter, sur les branches mobiles,
L’ara de pourpre et les bengalis bleus !

Savez-vous pas, sur les plages lointaines
Où n’ont jamais passé les matelots,
Une île heureuse aux suaves haleines,
Bouquet de fleurs effeuillé sur les flots ?
– Oh ! je voudrais, seul avec ma pensée,
Jetant au vent la poussière des jours,
Sentir mon âme aux vagues balancée,
Et m’endormir sur l’onde cadencée
Comme un enfant que l’on berce toujours !

Savez-vous pas, loin de la froide terre,
Là-haut ! là-haut ! dans les plis du ciel bleu,
Un astre d’or, un monde solitaire
Roulant en paix sous le souffle de Dieu ?
– Oh ! je voudrais une planète blonde,
Des cieux nouveaux, d’étranges régions,
Où l’on entend, ainsi qu’un vent sur l’onde,
Glisser la nuit, sous la voûte profonde,
Le char brillant de constellations !

Où fuir ? où fuir ? Par les routes humaines
Le sable est dur et le soleil est lourd.
Ma bouche ardente a tari les fontaines
Et l’arbre est mort où j’ai cueilli l’amour.
– Oh ! je voudrais, loin du temps et des choses,
Débarrassé de tout lien charnel,
Courir joyeux dans les métamorphoses,
Puis me plonger à la source des causes,
Où l’Infini flotte dans l’Éternel !

(Louis Bouilhet)

 

 

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Ode à la luciole (Contes Amérindiens)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2017



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Ode à la luciole

Luciole virevoltante,
Luciole tourbillonnante,
Donne-moi ta lumière vive
avant que je m’endorme.
Donne-moi ta lumière vive
avant que je m’endorme.
Viens, petite luciole ondoyante,
Viens, petite luciole clignotante.
Éclaire-moi avec ton escarbille,
Éclaire-moi avec ta flamme qui brille.

(Contes Amérindiens)

Merci à https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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L’Endormie (Gerard d’Houville)

Posted by arbrealettres sur 19 avril 2016



Elle dormait, pareille aux indécentes roses…
Et l’homme contemplait, parmi les grands coussins,
Cette femme, jetée en naïve pose:
Blanche flexible et double où fleurissent les seins.

Ah! comme il se penchait sur cette forme nue
Dont la ligne allongée et le nacré contour
Avaient l’éclat doré des lumineuses nues
Que l’on voit disparaître au soir d’un trop beau jour!

Soeur de la bête libre et des plantes captives,
Esclave de la lune, ondoyant océan,
Un homme est là, courbé sur tes dormantes rives,
Qui guette ton mystère et scrute ton néant.

Oui, dormeuse, le sage interroge ton songe…
Sa raison sur ton être élève sa lueur
Et, dans ta volupté, ta grâce et ton mensonge,
Cherche le vol posé d’une âme sur tes fleurs.

A l’aide de la froide et sévère pensée
Il voudrait te saisir, ô charme de la nuit,
Quand sur la ciel du rêve indolemment bercée
Tu sembles t’éloigner de la terre et de lui…

Douce belle aux yeux clos, on te trahit: Prends garde!
Un homme curieux sur ta couche est penché,
Hostile, il te surprend, te juge, te regarde,
Mélancolique Amour interrogeant Psyché.

… Mais elle, en son sommeil que veille sa malice,
A senti le reflet de ce regard voleur
Et tiré d’un seul coup la couverture lisse
De ce geste ennemi que l’on nomme pudeur;

Car, ainsi qu’il ne peut surprendre la nature
Dans l’auguste candeur de ses cruels secrets,
L’homme doit respecter ton innocence impure,
Femme, et croyant t’aimer, ignorer qui tu es.

(Gerard d’Houville)

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On dirait que vos yeux (Jacques Rabemananjara)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2015




On dirait que vos yeux, brunes Imériniennes,
Reflètent la langueur de vos collines tendres.
Et votre voix, mortelle à qui voudrait l’entendre,
A comme le regret d’une splendeur ancienne.

La douceur des chagrins, que votre terre enseigne
Par l’éclat rubescent des latérites molles,
Imprègne vos amours d’une couleur plus folle
Que l’extase fatale à vos lèvres qui saignent.

Sur les bleus mouvements et la grâce ascendante
Que les cimes des monts rythmiques éternisent,
Vos beaux flancs ondoyants que vos seins harmonisent,

O filles, par quels vers d’une eurythmie ardente,
Pourrais-je les nouer à ma Muse qui puise
Dans vos charmes profonds ses formes transcendantes…

(Jacques Rabemananjara)

Illustration: Paul Gauguin

 

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